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Alouette

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Kitty Loney

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Hier soir – je ne sais pas pourquoi – j’avais à l’esprit la chanson de l’alouette. Vous savez, cette bestiole qu’on plume par tous les bouts.
Au dîner déjà, elle me trottait dans la tête ; je sais pas pourquoi vu que c’étaient des patates et des sardines qu’on mangeait.
Bref.
Vous connaissez le topo : un air idiot qui tourne en boucle, plus on essaie de s’en débarrasser moins on y arrive. On teste des trucs : remplacer cet air idiot par une autre chanson plus cool – mais du coup, c’est à peine si on se souvient de l’air ou des paroles, tout s’embrouille ; on se dit « faut qu’j’arrête d’y penser » – forcément c’est le meilleur moyen d’y penser à qui-mieux-mieux, voire à tire-larigot.
Alors donc, en faisant mes devoirs, l’alouette, toujours là.
En me brossant les dents, pareil.
En me déshabillant, en me couchant, en éteignant la lampe, idem.
Flûte de flûte. En plus, je poussai le vice jusqu’à essayer de me souvenir de tous les couplets :
Je te plumerai la tête
Je te plumerai la tête
Et la tête
Et la tête
Alouette
Alouette
Ah !
Je te plumerai le bec...
Les yeux, le cou... Je cherchai la suite, l’ordre de cet effeuillage complètement crétin. Impossible de m’endormir.
*
« Tu m’racontes une histoire ? » a baragouiné, pouce en bouche, ma petite sœur depuis son lit à côté du mien.
« Alors là, non. Pas ce soir ! J’ai pas la tête à ça ! »
Puisque j’étais focalisée sur cette ritournelle, autant en finir et rester concentrée. C’est ce que je pensai alors.
Ma sœur a pignoché un peu avant de finir par s’endormir pour de bon.
Moi, de mon côté, à force de tripatouiller ma mémoire, je crois bien avoir retrouvé tous les couplets. Si ça se trouve, j’en ai même inventé quelques-uns, allez savoir.

*

Eh bien, ce matin, je me réveille, et qu’est-ce que j’ai encore en tête ? Oui, c’est ça, bien deviné ! Alouette, gentille alouette ! Là, j’suis écœurée.
J’ouvre les yeux et... vous savez quoi ? Pendant la nuit - tenez-vous bien ! - on avait repeint la chambre en rouge.
Et c’était très, très mal fait, pas fini, plutôt genre ébauche ou tests de couleur. Des giclures sur les murs, la moquette... même mes mains et ma chemise de nuit pleines d’éclaboussures, des taches à moitié séchées. Un vrai travail de sagouin, si vous voulez mon avis.
Et la couette de ma sœur (qui dormait encore d’un sommeil de plomb apparemment, tête pendant hors du lit) : toute plumée.
Du duvet blanc, rose, rouge voletait joliment dans la pièce porté par la douce chaleur des radiateurs.

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