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Allo? Nabilla?Amanda? Eau de là...

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Polotol

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L’été indien aurait on dit dans le sud, ici ,c’est la toussaint à st-Trop. Bientôt Noël au balcon.
Une jeunesse des années soixante dix comme toutes les autres, pétrie d’espoir, de fantasmes et de contestations.
Le w-e, je courais les bals pour pouvoir approcher la gente féminine que j’aguichais surtout grâce aux farandoles et slow langoureux.
Ce soir-là , j’ai planqué ma mobylette chez Christine pour la prévenir que j’allais à la ducasse. C’est sa mère qui a reçu le message car Christine est déjà partie avec Patrick qui est toujours sur le coup, devant moi.
Dans ce village éloigné du fond des Ardennes, le chapiteau des fêtes est toujours dressé sur la place centrale devant l’église, non loin du cimetière . là-bas, les jeunes participent toujours à son érection.
Les dents de la mère , me décapsulent une à une, des canettes de bière et me voilà déjà chambré pour entamer la chasse aux alouettes. Nous sommes en Novembre, la pluie chaude, sous le perron, me réjouit en se mêlant à la transpiration qui me rafraîchit . Je me fais un film sur ce qui va arriver et je quitte la quinquagénaire en refusant la boisson qu’elle me tend à nouveau en insistant à la recherche du temps perdu. Elle est d’accord avec moi sur le principe. Alors profites- en tant que t’es jeune.
Patrick, déjà en pleine embrouille avec un quidam de son âge , prétend être majeur et l’autre refuse l’entrée du bal à des morveux comme lui. Chris, excitée à l’encontre du parvenu , est prête à faire don de son corps en théorie, improbable?. Patrick n’est pas très baraqué et n’a pas encore sa taille adulte.
Coucou, c’est moi qui sans rien dire mets une tête à la fenêtre et puis... où il est passé le fanfaron ? Il est plus là, crie-t-il en s’enfuyant la tête entre les jambes... C’est du joli, me lance Patrick, toujours la violence avec toi.. Heureusement qu’on est pas venu pour se battre ? Make love not war, my frend... Ici , On est pas au Vietnam..
On se racle les poches pour se payer l’entrée et une fois à l’intérieur, au bar, en lorgnant sur les bières orphelines, on regarde la scène où l’orchestre joue ses premiers accords. Ils ont pas l’air manchots les artistes, Patrick est déjà en train de rouler une galoche pas piquée des vers à Christine qui embraye de son corps d’albâtre , l’étalon ardennais.
De mon côté, j’ai trouvé de la compagnie en la personne d’Isidore qui fait des paris stupides au comptoir en offrant des verres à tout le monde.
Je feins de m’intéresser à son jeu débile, , comme aux deux trois autres jeunes que j’imite et à qui je laisse la primeur...une fois l’obole liquide acquis. Ensuite La musique enclenche une série de jerks à couper le souffle et me voilà en train de me trémousser comme un beau diable sur la piste.
Dans mes contorsions et entre les mouvements syncopés de la transe corporelle, j’aperçois une fille étrange qui ondule dans la foule. Sublime. Elle se faufile dans une troupe de personnages qui semblent être là pour m’empêcher de la voir. Je dois moi-même me découper pour la suivre des yeux. Elle me fascine. D’où sort elle ? Est-elle bien réelle ? Rien que la voir bouger m’hypnotise. Je ne peux la décrire. C’est une ombre qui luit. Ses bras et ses jambes fuselés, sa taille de ses seins galbés, ses hanches chaloupées, ses épaules enchantées, tout semble assorti d’ une toile rythmée par une artiste céleste . Je suis damné, je serais capable de tout pour seulement elle m’aperçoive. Je m’approche, elle n’est plus là. Je ne me suis pas rendu compte que j’avais la danse saint Guy, je suis toujours dans le tempo de la danse ” get Ready “de James Brown, mais j’ai quitté la piste et je vais devant moi en me dandinant comme un zombie. Je crois que je fais du M. Jackson en avant première. Je n’ai toujours pas vu son visage, mais derrière sa chevelure de Cléopâtre sertie d’un diadème cobra royal, la poudre d’or s’en échappant, elle doit être extraordinaire. Je scrute l’assemblée pour la cerner visuellement dans un coin sombre de la tente, près des bancs de brasserie supplémentaires empilés en vrac. Sa robe de cuir, sans faire exprès, se moule comme les cordes d’un violon sur son corps de déesse et comme une carte au trésor, m’attire encore.
Ca brûle, . Je n’ai jamais autant désirer me retourner tel un Fred Aster dans” singing in the Rain”. Je sens un courant d’air m’assécher le visage, un appel aspirant mon regard vers la porte de sortie où je la vois s’effacer alors que dans mon dos... ? ?... Je fais volte face. Un chiffon de soie flotte encore en suspension, glissant sur la musique et j’ai le temps de l’attraper avant qu’il ne touche le sol, recueillant ainsi les parfums de l’ivresse. Je porte aussitôt le trophée à mes lèvres inhalant le nectar qui me fait tourner la tête. Affolé , Je cours à l’extérieur du chapiteau. Près de l’église, dans le noir, quelques lucioles virevoltent vers l’arrière du bâtiment. Une pleine lune magistrale se découpe sur le clocher. Les étoiles s’ajoutent aux clignotements des insectes lumineux. Comme je m’y rends, j’entends une ritournelle cristalline et des chuchotements . Des bruits de source derrière l’église et dans le fond du cimetière un mausolée s’ illumine comme le phare de Byzance.
Une bande de jeunes costumés en gentilhomme m’entoure, des jeunes filles travesties en courtisanes font la ronde autour de moi en chantant . Un pierrot de la lune joue du pipo. Zorro passe au galop. De l’église monte un air d’orgue de barbarie et la pêche au canard ferme ses portes , quelques auto-tamponneuses se garent ça et la. Les lampions colorés se balancent sur leur guirlande au gré du vent qui se lève. Il est tard.
Patrick débarque : T’as pas vu Christine ? Elle te suivait pour te demander si on pouvait emprunter ta meule. On a rencard avec Paulo dans le patelin d’à côté, ici on se les casse, ce carnaval à la toussaint, c’est ringard. Chez Paulo, c’est un Oberbayern. On va s’éclater !
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M. Iraje · il y a
Souvenirs, souvenirs ♫♫♪♫♪♪♪♫ Et les bals itinérants de campagne sous chapiteau que les moins de 20 ans ...
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Polotol · il y a
Merci d'être venus dans la sphère. Il y en a d'autres..https://short-edition.com/fr/auteur/polotol
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Eva Dayer · il y a
Un joli récit, une envolée de souvenirs, et,c'est vrai, un soupçon de Ferré ...
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Patrick Gibon · il y a
ah! nostalgie des ducasses, biloute, mi aussi surtout que ce kon de patrick à l'époque ça pouvait être mézigue! sinon, hormis ces réminiscence de ma Thiérache de l'époque, ton texte est vraiment bon, virevoltant comme la danse, brinquebalant comme une caisse de trappistes, et surtout rêve suave et évanescent d'une fille "sans faire exprès" du vieux Léo! bravo, came à rade!
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