Aline

il y a
2 min
5
lectures
0

écrire pour se vivre encore et encore, pour jouer avec ses miroirs et ses mémoires. Ecrire pour se voir dans l'autre, pour voir l'autre en soi  [+]

Jarnac, 20.05.86

Aline,

Le printemps est là et tu es venue avec lui. Si ce n'avait pas été toi, je crois que les nuages, le gris, les doutes, tous les monstres de l'hiver qui se cache, auraient falsifié – oui, c'est ça, falsifié – ma possible renaissance. Je n'aurais rien vu de mes possibilités de me recréer, de me fusionner.
Tu es venue belle comme je t'avais rêvée, infinie comme je le souhaitais, les yeux comme une poésie sans limites. Nous avons fait l'amour comme deux personnes qui s'aiment profondément. Et je crois que nous nous aimons profondément. Si je ne t'avais pas aimée, ou si je n'avais pas cru à notre relation, mon sexe lui-même n'aurait pas fonctionné. Oui, sincèrement, je t'aime.
Mais l'amour est une chose curieuse. Surtout pour moi. Tu m'as révélé, en même temps que mon élan immodéré vers toi, l'impossibilité de franchir mon cap naturel, c'est à dire ma solitude – ma liberté. Je ne peux pas te l'expliquer autrement, car c'est la vérité de mon existence. Je peux t'aimer très profondément, peut-être même exclusivement, pendant des années, pendant toute mon existence. Mais je crois que je ne pourrai pas ré-envisager une vie de couple.
Beaucoup expliquent qu'aimer c'est vouloir vivre ensemble, sinon il n 'y a pas de véritable amour... Pourtant je le sais, moi, que c'est parfois le contraire. Et que je pourrai t'aimer sans t'emprisonner dans mon alcôve – et moi avec. En tout cas, c'est une chose que je ne crois pas être capable de faire. Le temps qui viendra me dira si ces mots n'étaient qu'illusions.
Notre amour est née dans la liberté et dans la magie des regards qui se croisent soudainement. Je ne crois pas qu'il pourrait s'épanouir dans le secret d'une maison fermée à l'extérieur.
Et pourtant – écoute-moi bien, Aline – je t'aime. Ton corps et le mien, ton maquillage et ma révolte, ton existence et la mienne, tes secrets et les miens sont faits pour aller ensemble. De cela, je ne doute pas parce que j'ai fait l'amour aussi avec le reste de ta vie. J'ai senti ton corps et joué avec lui comme on porte sa foi sur le monde. J'ai communiqué en même temps avec l'herbe et le vent, avec les rios des montagnes et le soleil de ma liberté. Tu m'as donné tout cela sans le savoir. Ces choses-là sont faites pour ne pas les oublier. C'est pour cela que je t'aime et c'est aussi pour cela que je ne peux te promettre une vie à deux.
Je peux continuer à t'aimer comme cela. Il faudra que tu me dises si tu l'acceptes ou non. Je ne t'en voudrai pas si tu disparais. Je pense que ça me fera mal mais nous deux, c'est quelque chose qui ne peut disparaître. Si tu pars, je continuerai à aimer une absente, comme une toile de bonheur qu'on caresse mélancoliquement pour recréer la magie.
Tendresse. Tendresse, Aline.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Josepha

Jean Beged

Elle est la fille du sultan. Elle a été adoptée, sa famille juive disparue. Elle grandit comme une glycine, et entoure le palais. Tous les regards convergent : elle danse, et le mouvement de... [+]


Très très courts

Fœtus

H.C. Cardouing

L'horloge du bar indiquait qu'il était déjà deux heures et demie, à quelques minutes près. Dans ma tête, il était minuit et quelques verres. Je ne savais plus ni où j'étais ni où j'allais... [+]