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alfred

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Momo69190

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Alfred, est pensif c’est la fin de l’été le bois de Boulogne est jonché de feuilles mortes, l’automne approche, il va falloir plier la tente, et regagner le centre- ville. Durant trois mois il a eu l’impression de vivre un rêve éveillé, un instant d’égarement loin des désagréments de la vie citadine, entouré d’arbres, souvent dérangé, il est vrai que le bois souffre d’un étrange manège à la nuit tombée, des noctambules aux yeux rougis, déambulent vociférant des injures, des filles de mauvaise vie, calment leurs ardeurs, ils oublient le temps, qui passe sans se soucier de l’avenir, ici on vit au jour le jour, il se rit de cette misère, et contemple dans la quiétude de son espace réduit, ces êtres qu’il gauchit. Notre ami patauge, dans ce monde insignifiant, depuis toujours, c’est du moins ce qu’il prétend, à quarante-cinq ans, il n’attend plus rien de cette société, c’est un marginal, c’est ainsi qu’il est perçu, de tous ces badauds qui le narguent, par des moqueries dérisoires, qui ne l’atteignent pas, c’est un seigneur. Il méprise les regards posés sur lui, il a conservé au plus profond de son âme un peu de dignité, ça lui donne un air hautain, lui qui n’est rien. Et pourtant, il fut un temps où lui aussi rêvait d’avenir, d’un monde meilleur, mais les années ont passé, il ne s’est jamais remis de cette séparation, de cette nuit de cauchemar, de cette amère déception, l’illusion que l’on se donne, d’une vie rangée, un petit chez-soi auprès de l’être aimé, mais par un autre, dès qu’il avait le dos tourné. Alors il boit pour oublier, incompris délaissé, dans l’errance, du soir au matin, il se refuse de quitter cette ville qui la vue naître, Paris la ville lumière, si obscur pour certain, les gens ont un air fuyant, on se méfie, les rues sont désertes à la nuit tombée, ils se calfeutrent dans leurs ridicules taudis. La ville lui appartient, il ne craint personne, de toute façon il n’existe pas, il rode de rue en rue, les quartiers riches, dévoilent sans impudeur des poubelles garnies, il se ravitaille par habitude, entassant des restes souillés, dans sa besace, son ami un douze degrés, qu’il empoigne d’une main assurée, lui donne des vapeurs grisantes, de volupté il est ailleurs dans son univers, le futur n’a pas de prise, on tourne en rond, la faucheuse le traque, il la nargue, urinant dans le caniveau, salivant d’amères pensées, diffusant une insolente liberté, aux yeux horrifiés d’une population soumise, à un système dont il est exclu. Alors il crache au visage des passants apeurés, qu’il croise frôlant sans démesure l’indécence de son insignifiante candeur, le démon de minuit n’a pas pitié de lui et l’entraine dans la folie, la beuverie n’a de cesse que lorsque le sommeil le gagne, harassé il sombre dans l’oubli, sous un carton humide, au milieu des gravats, ce chantier désert couvrira ses lamentations, demain sera pareil à aujourd’hui, le futur peut attendre. Une lueur dans la nuit emporte, vers les cieux un esprit égaré, des lumières diffuses entrainent le malheureux vers un monde meilleur, d’étoiles en étoiles, les astres s’étirent devant lui, présentant une richesse infinie, le berçant dans sa nostalgie, il s’arrête un instant.

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