Albert le suicidaire

il y a
2 min
29
lectures
2
René avait mal au cul. À la base il y avait des démangeaisons, peut-être dû à une hygiène douteuse, suivi d’un vigoureux grattage, tout d’abord source de plaisir, puis de douleurs, voire de saignements et d’égratignures. Il finissait par en avoir le postérieur en feu, définitivement rongé par l’irritation provoquée par ses ongles déchirant le fragile épiderme de sa raie.
S’arrêtant 5 secondes pour constater les dégâts, il se mit à renifler ses doigts, maculés de sang, de matière fécale et de poils de derche arrachés. Étrangement cela sentait la merde…
S’il en avait eu les moyens il aurait pu consulter un dermatologue, mais ce n’était pas le cas. Il y avait bien un truc dans le genre sécu ou CMU, mais René n’était pas très fort pour la paperasse et il n’était pas très sûr que ce genre de système d’aide existe encore.
Dans cette époque à chier il n’avait plus qu’à se gratter le cul au hachoir. De fil en aiguille ces idées dérivèrent de son outil de travail à son nouveau contrat.
Albert, dit le suicidaire, rencontré au coin d’un bistrot de banlieue lui avait confié cette affaire moralement délicate.
Dépressif de naissance, amoureux solitaire, névrosé et désespéré du gland, il en était à sa Xème tentative de suicide. Toutes ayant lamentablement échouées, il s’en était pas pour autant totalement raté, et avait finit par atterrir dans un fauteuil roulant, une partie du visage défigurée par un coup de pistolet qui mieux calibré aurait du l’envoyer « ad patres ».
De chute vertigineuse, mais pas mortelle, en cocktail médicamenteux qui n’avait eu pour résultat que de l’envoyer plusieurs fois se faire faire des lavages d’estomacs à l’hôpital, endroit fort différent du paradis qu’il espérait, il avait finit par échouer dans ce bar où il fit la connaissance de René.
L’assassin libéral, sur commande et à prix discount, était son ultime solution. « Suicide à toute heures » lui avait-il même précisé en lui tendant sa carte de visite.
René pensa, alors qu’il se saisissait du dossier d’Albert, « qu’elle tristesse d’en arriver là pour des errements sentimentaux alors que la poupée gonflable qui cligne des yeux est en vente sur la toile »
Il s’apprêtait donc, une fois encore, à faire œuvre de charité et d’offrir une euthanasie bien mérité à cette âme en souffrance. Mais comment trucider se sympathique désespéré sans coup férir et sans trop se salir les mains ? Tout simplement au hachoir ou dans un accident bien maquillé ?
Les Japonais se font Hara-kiri, s’est une façon noble de suicidé une connaissance, par contre c’est salissant, et puis René n’avait jamais compris le rapport entre le suicide japonais et ce petit fromage carré que l’on vend au supermarché…
Il était temps qu’il se renseigne un peu sur la culture japonaise…

René décida d’appeler Albert dés le lendemain.
« Albert je te donne rendez-vous sur ton lieu de promenade dominical habituel. N’oublie pas les packs de bières, j’amène les parpaings » avait-il précisé au téléphone.
Le lieu de promenade en question était en l’occurrence le port à l’anglais, à Vitry-sur-Seine. Des quais de Seine presque champêtre bordés d’une zone industrielle, joyeusement déprimante par un dimanche d’automne. Mais heureusement ce jours là nous étions en semaine.
Une fois sur place en fin d’après-midi, ils vidèrent une bonne partie des bières en attendant que la nuit tombe et que les quais soient désertés. Puis René garda le reste des bières comme acompte, accompagné des maigres économies d’Albert.
Il poussa gentiment le fauteuil de son ami tout en chantonnant, tel Omar Sy dans « Intouchables », vers un coin un peu plus obscur. Là il sortie son hachoir, bien tranchant, de la poche de son imperméable et décapita Albert d’un coup sec mais sûr, tandis que se dernier tentait péniblement de s’éventrer avec un couteau de cuisine usagé.
Il plaça la tête avec les parpaings qu’il avait amenés sur les genoux d’Albert. Le tout fixé au fauteuil avec du « Gaffer » extra large, il prit son élan et éjecta le fauteuil le plus loin possible du bord.
« Adieu monde cruel »marmonna-t-il dans sa barbe de trois jours.
« Si jamais, un jour il remonte à la surface, c’est que les poissons font la fine bouche. De la viande attendrie à la bière, comme le bœuf de Kobe, quand même… »
2

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,