Aire d'ivresse

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Image de Le flacon et l'ivresse
Je bois des litres et des fioles pour ne pas éteindre le feu, je me consume en pintes, je me réduis en chopes et je vide mon carafon de flammes pour oublier mon corps, pour sublimer ta peau. J'engloutis des jarres de fine et fais valser les souvenirs dans des flacons où scintillent encore ton regard et tous mes rêves de fillette. As-tu vu couler la lave jusqu'au plus profond de mon flanc ? As-tu senti les effluves d'un amour dissous dans un cocktail aux couleurs de lagon bleu ? Tu ne bois pas, tu crains tellement de te perdre dans un tonneau d'eau de vie. Moi je me bourre l'esprit de vin de paille, je me tords les boyaux à force de blanc, de rouge, de mélange infâme qui me donne envie de crier ton nom, de mordre dans ta chair. Je n'ai pas peur, j'engloutirai des litres, embraserai nos fantômes et tu seras mien. Tu vivras dans mes braises et nous serons bien au creux du feu qui brûlera nos corps enfiévrés. Mais tu ne réponds pas. Pourquoi ce silence que tu brandis comme une oriflamme de dégoût ? Tu détournes la tête, la bouche ne veut pas boire et tu ne veux pas voir ma dépouille déposée au milieu des torches vives. Alors je continue à boire, seule, et à façonner mes illusions et mes déboires d'amour. J'absorbe des boissons liquoreuses qui me restent sur le cœur et je crie ton nom. Maintenant, tu t'éloignes, la lumière manque mais il reste ton ombre douce et tendre qui s'étire lentement. C'est drôle, les sons se résorbent derrière tes pas, ta présence devient liquide, mes plaintes se perdent dans une coupe d'oubli. J'ai dû boire le calice car je ne ressens plus rien. Me suis-je dissoute dans l'espérance vaine de te rejoindre ? Ai-je brisé le beau verre de Murano où nos lèvres se rejoignent ? Attends un peu, je ne laisserai pas la gondole se noyer, car rien n'abolit ce trouble qui m'étreint quand je pense à l'incendie de nos chairs, aux secousses d'un corps à corps. Non, je ne veux pas d'abîme, ni de débris. Je veux le vertige fou de nos sens affolés et de nos mains jointes au bord du vide. Et je ne veux pas non plus de nos cendres, ce serait vraiment trop navrant de disperser ainsi nos vies, nos manques et nos ébats. Non, je ne veux pas. Je vais continuer, le feu, le vin, les cris, l'espoir, je vais continuer.

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Jean Calbrix · il y a
Un beau cri d'amour noyé d'alcool ! Bravo, Giliane ! +1 Un seul vote et pas de commentaire, c'est incompréhensible !
J'ai un fauteuil qui conte à l'oreille des histoires... coquines, ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

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Giliane · il y a
Merci beaucoup !