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Cléa Barreyre

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Je garai la voiture que j'avais louée la veille dans la petite allée de graviers menant à la maison. De pars et d'autres, la pelouse éblouissante et les arbustes fleuris donnaient l'impression de se trouver dans un jardin typiquement américain. C'était une jolie petite maison, dans un joli petit quartier, d'une jolie petite ville.
C'est pour ça que je l'avais choisie.
J'éteignais le moteur, descendais de la voiture, et marchai sur la pelouse le long du chemin de graviers. Mais avant que je puisse pousser la porte, une voix m'interpella.
"- Bonjour Monsieur !
- Bonjour Madame, dis-je tout en me retournant vers la vieille femme qui s'adressait à moi.
- Pardonnez ma franchise, mais j'ai pu remarquer que vous habitiez la maison depuis quelques jours. Vous l'avez acheté ?"
Comme une enfant, elle portait sur moi de grands yeux écarquillés par la curiosité. Qu'importe ma réponse, celle-ci lui conviendrait, car elle pourrait ensuite raconter au voisinage, et à qui souhaiterait l'entendre, qu'elle avait discuté avec le nouvel habitant de la maison aux lauriers en fleur. Je ne constituais pour elle qu'un sujet de commérage.
"Pas vraiment, répondis-je, j'ai loué une chambre chez vos voisins pour quelques jours. Je ne suis que de passage."
Sur ces quelques mots je tournais les talons pour entrer dans la maison, laissant la vieille femme me jeter une dernière question :
"Mais où sont Georges et Émilie ?"
Ne prenant pas la peine de répondre, je passais le pas de la porte avant de la refermer derrière moi.
Tout me semblait si agréable et accueillant dans cette maison. Georges regardait la télévision dans le salon, et le grésillement de la radio m'indiquait qu'Émilie se trouvait dans la cuisine. Je lançais un "bonjour" dans la maison, sans attendre de réponse. Il n'y avait jamais de réponse.
Je posais mon sac au sol, mon blouson dans la penderie, et laissais mes baskets le long du grand couloir avant de rejoindre Émilie.
Une forte odeur émanait de la cuisine... comme une odeur de sang.
Poussant la porte en verre, je la trouvais à même le sol, les genoux repliés contre le torse et la tête dans les mains. Elle avait probablement dû avoir une journée difficile ou s'être disputée avec Georges. Elle pleurait. Je ne l'entendais pas, elle était discrète, mais j'en étais intimement persuadé. Je commençais à la connaître un peu après ces quelques jours passés ensemble.
Je trempais le bout d'une cuillère dans la casserole et goûtais le repas du soir. C'était froid et sans beaucoup de goût, mais je ne dirais rien, je ferais semblant d'aimer, sa journée avait déjà dut être assez désagréable pour ne pas en ajouter. Sans un bruit je sortis de la cuisine pour la laisser tranquille, et m'assis sur le canapé à côté de Georges.

Au fil des jours j'avais croisé plusieurs voisins dans l'allée de graviers. Ils parlaient de la pluie et du beau temps, de leurs familles, de leur travail, de Georges et Émilie qu'ils n'avaient pas vu depuis plusieurs jours... puis plusieurs semaines. J'avais fini par ne plus vraiment les écouter.
Un soir je m'étais assis sur le canapé pour regarder la télévision avec Georges. Il regardait toujours la même chaîne, probablement par peur de rater son émission préférée, ou simplement pour ne pas passer à côté de l'actualité. Alors on regardait...
Il y eut quelques coups frappés à la porte, alors je me levais pour aller ouvrir.
Une jeune femme blonde, la vingtaine, avec une robe courte et élégante se trouvait sur le perron. Elle semblait chercher quelqu'un et l'angoisse pouvait se lire dans ses yeux clairs.
"- Euh... Vous n'êtes pas Georges, dit la jeune femme.
- Bien vu, lui répondis-je en souriant, j'ai loué une chambre ici pour quelques jours. Georges est dans le salon.
- Parfait, j'ai besoin de le voir."
Sans demander l'autorisation, elle pénétra dans la maison et disparut dans le couloir. Je n'essayai même pas de la retenir, et sans lui adresser un regard, je récupérai mon sac posé au sol, sorti de la maison, et fermai la porte à clef derrière moi. Marchant doucement le long de l'allée de graviers, je me dirigeais vers la voiture en observant une dernière fois le quartier endormi. Je n'étais pas pressé car je n'avais plus rien à craindre... il n'y avait plus personne.
J'entendis un bruit sourd puis un hurlement.
À quoi bon hurler ? De toute façon il était trop tard.
En démarrant la voiture j'aperçu par la fenêtre son visage déformé par une grimace de terreur. Elle avait compris vite la petite... Elle avait compris plus vite que la plupart des gens.
Une odeur de sang commençait à régner dans le quartier.

PRIX

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Florent Paci · il y a
Les apparences du quotidien cachent souvent bien des horreurs... J'ai été pris en peu de mots, mes votes ;)
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Aurélien Azam · il y a
Wait what ! Oo Alors compte tenu du calme du narrateur, soit c'est lui l'assassin (et je ne comprends pas pourquoi il revient sur le lieu du crime), soit ce type est le plus grand des blasés de la vie :D L'ambiance est génialement absurde, j'ai adoré !
Merci pour ce texte, Cléa :)
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Chloé Goupille · il y a
J'ai vraiment ressenti l'angoisse monter au fur et à mesure, même si on se doute très vite de ce qu'il se passe.. Quoi que, je ne pensais pas qu'il s'était attaqué à tout le quartier ! Toutes mes voix, c'était parfait !
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Keith Simmonds · il y a
Un thriller mouvementé, brutal et terrifiant, Cléa ! Mes voix !
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Francine Lambert · il y a
Louer une des chambres de sa maison est très imprudent avec vous ! Une histoire terrifiante racontée sur un ton assez bon enfant, le contraste est saisissant . . . Bravo Cléa, c'est très réussi, à bientôt !
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Sophie H. · il y a
Je suppose que le narrateur a tué tout le monde du coup? :p 'Sympa', et très bien écrit. J'aime beaucoup comment tout laisse à croire que Geroges et Emilie sont toujours là et comment on se rend compte des choses au fil des choses.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Brrrr !!
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Ginette Vijaya · il y a
Pour le coup , on est tétanisé ! C'est juste sinistre ! Court et noir !
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Randolph · il y a
Du noir noir ! Bravo !
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Vallerie · il y a
un p'tit noir bien glacé!
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