Air mélodieux

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Et la littérature vaincra  [+]

Le long son de son violon réchauffa mon cœur empli d'une douce mélancolie faite d'ombres de doutes et d'espérances. Ce musicien maniait son archet avec doigté et virtuosité, touchant les cordes de son instruments pour faire s'envoler des milliers de notes qui envahissaient ce lieu obscur que lui seul pouvait illuminer. Je me tenais debout sans savoir si j'étais spectateur d'un grand moment ou juste un vague passant qui vivait un moment assez banal, celui d'un artiste sans public, jouant pour lui et pour les autres, pour un monde en mouvement qui arpente ces sombres couloirs qui mènent les hommes vers d'autres lieux.

Dans cette station métro aux allures délabrées, sa musique avait ce don de suspendre le temps, de détendre les esprit torturés et d'alléger le poids affolant de nos problèmes. Il m'impressionnait par son courage, il prestait devant une foule immense mais ne jouait pour personne. Il ne vivait que pour sa musique sans rêver de fausse gloire ou bien d'amère admiration. Moi, je ne songeais qu'à devenir connu, apprécié, acclamé. Je rêvais de me voir sur scène, sentir l'attente du public monter fébrilement, vivre la levée du rideau et rejoindre les spots de lumière.

Au son de sa mélodie, j'imaginais mon nom en lettres capitales dans les journaux, les séances d'autographes à n'en plus finir, les interviews pour toutes sortes de magazines et la reconnaissance de mon talent par mes pairs. Lentement, je fermai les yeux et j'entendis les applaudissements de la foule, je perçus son émerveillement, pour un bref instant je me vus Artiste ! Mais, au fond de moi, je savais parfaitement que la peur m'avais toujours rendu incapable d'effectuer la moindre note devant un public, que mes mains étaient bien trop fébriles pour envoyer des vagues d'émotions comme semblait réussir admirablement ce violoniste.

Je glissai un billet dans son étui qui tomba solitairement au milieu de pièces en bronze, témoignant du manque de reconnaissance de son génie. Il me fis un signe discret de la tête et je m'en retournai vers d'autres aventures. Je sortis de la station et m'engouffrai dans les rues froides de cette fin d'année. Les décorations illuminaient les alentours et m'arrachèrent un sourire, cette période de l'année me procurait un apaisement agréable pareil à une mère tenant son enfant pour la toute première fois. La neige virevoltait tout autour de moi et ses flocons majestueux m'encerclaient dans une danse aux parfums de défi.

Je tournai autour de moi, émerveillé, redevenu enfant pour un court instant. Quand je m'arrêtai, je découvris une annonce pour des musiciens à l'occasion du concert de noël. Je restai figé sur place, sans savoir quoi faire ? Était-ce un message du destin me rappelant de mon rêve oublié ou simplement une coïncidence sans répercussion me remémorant d'une tâche impossible. Depuis combien d'année maintenant jouais-je du violon dans l'espoir d'être écouté d'un public ? Une dizaine ? Plus ? Mon heure était peut être venue, allais-je enfin pouvoir démontrer mes aptitudes au monde extérieur ?

Soudain, la peur me rattrapa. Et si je n'avais aucun talent ? Ou si je faisais une faute durant le récital ? Le courage me manquait, c'était indéniable. Je continuai mon parcours retenant l'adresse située sur l'affiche pour le cas improbable où je participerais à ce concours de musique. Le froid piqua mon visage mais la douleur ne se ressentait pas, mon cœur était torturé, pris entre le feu et la glace. Dans un moment de témérité, je changeai mon parcours et me dirigeais vers le la salle d'audition qui deviendrait le théâtre de mon succès ou de mon plus profond échec.

Je rentrai dans l'immeuble où je fus accueilli par une douce sensation de chaleur. Je déboutonnai mon manteau et m'assis sur une des chaises prévue à cet effet. Je donnai un bref bonjour aux autres concurrents et sortis l'étui de mon sac à dos. Je gardais toujours mon instrument sur moi, trop peureux à l'idée de le perdre. Décidément le courage et moi, cela faisait deux. Pourtant, j'étais là, prêt à effectuer une performance devant un semblant de public.

Quelques minutes plus tard, une personne cria «  Au suivant » et je dus surmonter toutes mes craintes pour réussir à me lever et à la suivre jusque dans la salle d'audition. Une fois devant le jury, je commençai une musique de mon cru, écrite il y a quelques années. Le temps sembla se suspendre, je ne faisais qu'un avec mon violon, les notes dansaient autour de moi, la pièce se noyait dans un air mélodieux dont j'étais l'investigateur et j'en éprouvé de la fierté. Je venais de braver mes inquiétudes et je pouvais enfin ressentir toutes les émotions que les vibrations musicales envoyaient au monde.

Ma performance fut applaudie par les jurés. Une larme perlait au fond de mes yeux, heureuse de cette libération. Je ressentais une profonde joie d'avoir surmonté mes peurs, d'avoir enfin franchi le pas. Ce concert de noël fut le premier d'une longue série mais m'apporta toute la confiance pour tous ceux qui arriveraient. Aujourd'hui encore, quand je dois remonter sur scène, je repense à cette journée où le long son d'un violon dans un métro changea ma vie, débuta ma vrai carrière.
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RAC · il y a
Sympa cette histoire ! A bientôt chez vous ou chez moi...
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Rtt · il y a
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Marie-Hélène Maritaud · il y a
Bravo Mélanie. C'est magnifique
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Mélanie Roland · il y a
Merci <3
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Marie Roland · il y a
Nice Melanie, j'aime beaucoup :)
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Mélanie Roland · il y a
Hey hey merci ;)