Aimer malgré tout

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Mon hypersensibilité , mes émotions me font vibrer, alors j'aime les mots pour essayer de traduire ce que je ressens...L'essentiel est de partager ce que l'on écrit... Désolée pour mes silences  [+]

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Cette lumière pâle qui sourd du ciel se répand dans la chambre et en chasse l'ombre complice.Grande ouverte, la fenêtre laisse entrer une odeur de foin coupé. Ils sont nus, enlacés et plongés dans le sommeil qui a suivi l'amour. Puis, elle ouvre les yeux, attentive, les sens en alerte. Elle écoute la respiration de l'aimé. Elle devine ses traits parfaits et son coeur tressaute dans sa poitrine.Elle se souvient de ses caresses et son corps frémit encore .
L'aube ravive la vie du dehors : pépiements, aboiements lointains, ronflement d'un engin agricole. Paula déguste cette volupté tranquille.La beauté de ce dernier matin.Trois ans auparavant, ils s'étaient dit, quand ils s'étaient connus, que si l'un d'entre deux, devait se trouver devant un combat perdu d'avance, devait disparaître alors, il serait préférable de quitter la scène en pleine gloire.Ne pas se voir dégradé par la maladie devant l'être élu.Ne pas s'affaiblir, s'enlaidir avec ces drogues, ces poisons qui doivent guérir, ces examens et ces machines qui auscultent les parcelles de vie qui restent.
Elle tourne la tête vers son amour , sa flamme.Sa vie. Il respire toujours régulièrement dans l'innocence. Elle ne lui a rien dit. Ne pas se corrompre à expliquer, à avouer , à imaginer à deux le supplice à venir. Leur amour est bien plus grand, plus intense que cet aveu qui aurait comme pulvérisé leur attachement. Leur complicité de tous les instants.Leur amour en perpétuelle métamorphose pour renaître plus fort à chaque rencontre, chaque union des corps. Il n'y aurait plus de place pour cet amour, la maladie s'inviterait au quotidien.
Paula reconnaît le chant des horneros. Toujours invisibles et pourtant si proches. Se trouvent-t-ils dans le vieux pommier de la cour ? Leur chant, crescendo, se développe en trilles harmonieuses et cette beauté originelle lui fait monter les larmes aux yeux.Ces vocalises se poursuivent un instant et soudain, cessent pour renaître un peu plus loin.Mâles et femelles se répondent. Un chant d'amour. La jeune femme s'interroge soudain : Comment ne pas faiblir ? Comment se blinder ? Comment tarir les larmes ? Comment ralentir ce coeur si émotif qui bat si fort ? Comment éviter de crier sa peur, de renier son engagement, de jeter aux orties cet idéal projet celui qui épargne ceux qu'on aime ?
Alors, elle se remémore la visite chez le spécialiste.Un jeune médecin. Elle avait songé qu'il n'avait pas d'expérience.Un autre collègue plus âgé l'avait rejoint dans le cabinet.Ils avaient parlé à voix basse derrière le paravent. Et puis l'insupportable attente qui a précédé la nouvelle, avec ces maux de tête, cette fatigue. Sa pâleur. Leucémie aiguë.Tout était allé très vite.Alors, elle avait tout décidé :Matias étant disponible après ses partiels de troisième année de médecine, ils pouvaient passer quelques jours , tous les deux à la campagne, dans l'hacienda rénovée de ses parents.Après cette oasis enchantée, elle partirait à la fin de leur séjour se faire soigner à l'autre bout du pays, dans le silence et l'oubli.Et c'était ce matin-là.
Dès le début du séjour, elle avait rosi ses pommettes avec du blush même avant de dormir le soir, elle se forçait à avaler la nourriture pour limiter sa perte de poids. Et l'insidieuse maladie avait comme exacerbé sa passion , lui avait comme octroyé un répit .Leur rencontre charnelle prenait , de jour en jour, une telle intensité qu'elle en avait eu peur.La séparation... un arrachement. Elle regarde de nouveau Matias. Il a posé son bras sur sa poitrine comme s'il voulait la retenir. Le sommeil profond des hommes après l'amour les replonge dans une sorte d'enfance. Elle lui sourit mais rampe vers le bord du lit pour se lever en évitant de provoquer un rebond du sommier. Enfile ses vêtements sur le palier.
Elle descend l'escalier qui craque à la troisième marche. Elle retient son souffle.Et soudain, elle sent un liquide chaud qui coule de son nez.Du sang.Vite.Elle se dépêche. Elle file vers la salle de bains .Se confectionne des mèches de coton qui doivent arrêter ce flot.
-Qu'est-ce que tu fais là, mon amour?
Matias se trouve dans l'encadrement de la porte.Il va vers elle et l'embrasse dans le cou.Elle ne s'est pas retournée avec sa narine droite déformée.
-Tu es une petite cachottière , mon amour.
-Ce n'est rien.Un éternuement...J'ai dû prendre un peu trop de soleil hier !
--Dis, mon amour, tu voulais te sauver comme ça ?
-Me sauver?Mais je suis là et j'ai faim!Et toi ?
-Moi aussi. Bon, je prépare tout...
Ils déjeunent maintenant dans la cuisine.Paula s'est maquillée.Plus trace d'hémorragie. Elle est très belle dans les rayons matinaux.Son amaigrissement l'a rendue encore plus fine. Chacun offre à l'autre des portions de fruit et de tartines .Ils se regardent en souriant tout en mastiquant.La jeune femme joue son rôle:elle est en pleine forme .Elle va certainement réussir haut la main son concours .Il y aura l'incertitude de l'affectation à la rentrée.Mais elle est sûre d'être nommée près de Buenos-Aires.La conversation est devenue plus réaliste, plus banale.
-Quand est-ce que nous nous reverrons, mon amour ?
-Dans deux jours..J'ai besoin de toi, Matias.
Et la voilà qui fond en larmes..
-Matias, je suis malade.La leucémie...On avait dit qu'on ne se verrait plus si l'un deux...
-Tu sais bien que je serai toujours là. Nous ne sommes plus des enfants.J'ai beaucoup changé depuis trois ans. Et tu guériras...-Il se lève, la serre contre lui.

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