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Ailleurs et maintenant

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Lyszag

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C'était le 12 mars 1968 à Gretna Green. Quand on nous a mariés on nous a demandé si on aimerait posséder le don simultané d'ubiquité. Dans l'euphorie du moment on a dit oui à un vieux prêtre forgeron qui juste après la cérémonie nous a conduit dans le champ d'à coté où se trouvait plantée une vieille tour en ruine appelée tour de la repentance. C'est à ses pieds que les nouveaux accouplés dont nous étions et qui avaient accepté cette étrange option ont été rassemblés. Deux par deux à la queue leu leu, ça voulait dire une robe longue et blanche à coté d'un tube en costume bleu, nous avancions d'un même pas vers un même lieu.

A chaque temps d'arrêt de deux minutes environ et pour chaque duo il s'échangeait près de l'autel en plein vent comme au guichet d'une gare des propos dont nous ignorions la teneur. Mais viendrait notre heure quand un pas de deux glissé sur un mince tapis gris comme la terre nous rapprocherait de l'oracle mystérieux.

Une bouffée d'encens nous asphyxia autant qu'elle nous aveugla nous séparant par son opacité odorante de la voix qui nous disait "l'existence est illusion..."et un tas de paroles auxquelles je ne comprenais rien. Il nous promettait ce fou d'être en même temps là et ailleurs mais il parait qu'on se verrait même à cent kilomètres d'éloignement. On acquiesça, pour en finir, surtout pressés de nous enfuir et de se retrouver nus et entiers.

Ca fait vingt ans que nous sommes mariés et que nous prononçons quels que soient les moments des plus rares aux plus communs des paroles telles qu'aujourd'hui :
- Dis moi Chérie, je sais que tu nous prépares un bon petit plat mais mes pensées me disent que tu n'es pas là, en fait tu viens de t'évader au milieu d'un champ, une ombre te suit et l'ombre se couche en bout de sentier...je n'en vois plus qu'une...
- Et toi alors que tu fermes les yeux en savourant mon curry je me sens réduire comme un bouillon quand dans ton imagination des femmes dansent autour de toi. Ton regard plein de concupiscence fixe leur nombril ondulant où se niche un brillant rouge ou vert
- Tu dit n'importe quoi depuis que ce vieux nous a ensorcelés. Arthur, c'est comme çà qu'il s'appelait ? Derrière son écran de fumée ! Invisible ! Et bien moi je dis que la vraie vie c'est la réalité
- Oui à condition que la vraie vie ne soit pas ailleurs...
- Tu ne vas pas recommencer ?! Je ne comprend rien à ce que tu dis
-...Je me souviens bien moi de ses derniers mots à lui :

"Ah que le temps vienne
où les coeurs s'éprennent"...

PRIX

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Ch. Deguerrelasse · il y a
Je découvre enfin cette "étrange option" d'ubiquité - à peine utopique en fait, selon votre conclusion. Bravo ! (seules quelques fautes de frappe m'ont gênée, fautes vénielles sans doute...).
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