Ailleurs.

il y a
3 min
18
lectures
2

Bonjour à tous et toutes. Moi, c'est AL, 55 ans, pas toutes mes dents à l'instar de mon clavier auquel il manque des touches (mais je me débrouille), venue par chez vous raconter des histoires  [+]

Elle me dit de ne pas avoir peur et serre ma main très fort. II est encore tôt, le jour n'est pas levé. Pourtant nous marchons depuis des heures. Depuis que nous avons quitté le bar. Noctambules. Elle m'avait regardé. Elle m'avait tellement regardé. Je crois que j'avais... Je ne sais plus ce dont je me souviens. Il y avait le long bar ciré, rouge, et ces murs jaune violent. Or maintenant le paysage... Quel paysage ? Rien à voir par ici, il fait si sombre.
Elle me guide. Ferme. Décidée.
Je n'ai pas peur du noir.
Qui parle ?
Qui crie ?
Qui pleure ?
Je n'ai pas peur du noir.
Ce ne sont pas mes mains qui tremblent. Je crois qu'elle se retourne. Sans doute elle me regarde encore.
Est-ce moi qui pleure ? Elle a serré ma main si fort j'ai entendu les os craquer. Mes doigts sont poisseux. Du sang ? Du sang. Et puis voilà que quelque chose tourne autour de nous. Des yeux. Tous ces yeux qui nous observent. Ce sont mes yeux ? Je voudrais pouvoir rire : s'il se met à pleuvoir nous allons être trempés.

J'essaye de le lui dire. Mais elle demande tellement de choses. Elle me parle des accidents. Elle me parle des retards. Et de ceux qui ont oublié qu'elle a toujours tant à faire. Je n'ai pas le temps de répondre. Je ne sais pas sur quoi je marche. Le sol est inégal. Ce n'est pas de la terre. Ce n'est pas du béton. On dirait de la chair. De la chair entassée là. Nous marchons sur des ventres, peut-être, c'est mou.

Elle a serré ma main si fort qu'elle va rester là dans la sienne, le sang qui sèche va finir par nous souder. Quand arriverons-nous ?

Des heures et des heures de cette nuit qui n'en finit pas. Elle me dit que l'idée lui est venue du nom du bar. Elle ne me cherchait pas et c'est moi qui l'ai trouvée. Mais je ne crois plus désormais que tout cela ait un but. Un sens ? Le haut le bas devant derrière quand nous sommes passés au travers aussi bien je serais pendu au plafond m'en rendrais-je réellement compte ?

Chaque pas devient plus difficile. Ma tête a heurté quelque chose. Un mur ? Un arbre ? je n'y vois toujours rien. Et cette nuit qui n'en finit pas. Une nuit de vide.

Une nuit sans sons, sans odeurs. Pourtant la nuit, oh, quoi ? La nuit sent la nuit.

Je crois que le jour ne se lèvera pas. Le jour ne se lèvera plus. Lentement, si lentement que je m'en suis à peine aperçu il y a un des ? Je ne sais pas. Des choses. Des choses nous frôlent en murmurant. Je ne comprends pas leur langage. Il commence à faire froid. Je voudrais bien m'arrêter, un peu au moins, mais elle me traîne, m'entraîne toujours plus loin. Mes doigts sont engourdis, ma tête me fait souffrir, elle n'a pas cessé de parler. Et maintenant elle répète toujours la même phrase. Je ne peux même pas l'interrompre, je crois bien qu'elle ne m'entend pas. Voilà qu'il commence à pleuvoir.

Des petites boules de lumière dansent devant mes yeux. La fatigue et les élancements dans ma tête. Je n'arrive plus à avancer. Elle continue de tirer sur mon bras. Elle force, force et force encore. Je tombe. Quelque chose remue dans le sol, s'agrippe à mes jambes, mes hanches, mon cou. Ça peut être n'importe quoi. Je n'ai pas peur qu'elle me laisse là. Je voudrais m'allonger, mais elle me tire le bras si fort. Je n'irais pas plus loin. Je le lui dis. Je lui dis que je ne peux pas. Que je ne peux plus. Elle n'y prête aucune attention. Je ne vois plus rien, mais je le sais.
Mes jambes s'enfoncent, s'enracinent. La bête autour de moi (un insecte ?) se détache, grimpe sur mon dos, j'ai une de ses pattes dans les cheveux. Enfin elle cesse de me traîner en avant. Dans un sursaut je veux me redresser. J'entends mes genoux céder. Je les entends, je ne sens rien. Rien sinon cette main dans la mienne et la bestiole qui prend ses aises entre mes épaules. Une autre arrive, se pose sur mon bras tendu. Je ne peux même pas souffler dessus, je n'ai plus d'air, plus de souffle. Je ne respire plus. Je sais bien que je ne suis pas mort. Rien de tout ça n'est normal. Mais ça ne fait rien je vais m'y faire : elle ne peut plus lâcher ma main.
2

Un petit mot pour l'auteur ? 4 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Un "fantastique" fantastique ... Une véritable ambiance qui accompagne le lecteur par la main ...
Image de Alraune Tenbrinken
Alraune Tenbrinken · il y a
Merci Mirage. Pourtant il n'a pas plu pour le concours... Tant pis.
Image de Avaradatar
Avaradatar · il y a
Glaçant du début à la fin !
Image de Alraune Tenbrinken
Alraune Tenbrinken · il y a
Vous l'aviez déjà lu ailleurs celui-ci, si je ne me trompe...