Ah de mon temps !

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Le pas hésitant, le vieil homme, progresse, sur le trottoir de la grande ville.
Il croise des passants dont l’absence de réaction, laisse à penser que l’espèce humaine est dénuée de toute émotion.
Et s’il se laissait choir là, sur le trottoir, étendu de tout son long,  ! Serait-il contourné, enjambé, piétiné !
.....

Au détour d’une rue, cinq adolescents, progressent, interdisant tout passage.
Aucun d’eux n’a amorcé le moindre retrait autorisant un couloir de pénétration.
Contrarié, mais prudent, celui-ci est contraint de faire un écart de côté et de se déporter sur la piste réservée aux deux roues.
Mais c’était sans compter sur l'arrivée d’un cycliste, lancé à grande vitesse et qui invective notre vieil homme, car il s’est permis l'impudent, d'emprunter ce passage qui pourtant, il y a peu de temps, était encore le sien.

Un peu plus loin, un jeune automobiliste s’est garé sur le trottoir, interdisant (lui aussi) tout passage de piétons, de même que l’accès au parking de l’immeuble, dans lequel il a arbitrairement engagé son bolide customisé.
​Au milieu de la chaussée, un autre automobiliste active timidement son avertisseur, afin d’alerter le gêneur qu’il souhaite rentrer chez lui.

Avec désinvolture, sans empressement, le responsable du tumulte sort du bureau de tabac, crache son chewing-gum sur le trottoir, jette négligemment et avec dépit, les six cartes à gratter qui, une fois encore, ne feront pas de lui le millionnaire que chaque jour, il rêve de devenir.

Un peu lâchement, le vieil homme se garde de faire la moindre réflexion, craignant des représailles dont les gros bras, les gens de mauvaise foi et les imbéciles (qui souvent, ne font qu’un), revendiquent la primeur.

Il contourne donc, avec difficulté le véhicule gêneur, au risque de faire un accroc à son pantalon, son honneur étant déjà fortement égratigné.
Dès lors, pourquoi notre vieil homme ne s’identifierait-il pas, lui aussi, au grincheux franchouillard hexagonal ; la baguette de pain sous le bras ; le guide touristique de Vichy sous l’autre ; le béret bien plaqué sur l’oreille ; le rictus délateur accroché au coin des lèvres, signes de l’affront national qu’il vient de subir ?
C’est au gré de ces événements récurrents que l’aîné en question devra réaliser qu’il est injuste d’accuser la désinvolture des jeunes générations.

La jeunesse n’est pas irrévérencieuse, elle ignore la signification du mot et si elle l’ignore, c’est qu’on ne le lui a jamais ou peu enseignée !
Par crainte du ridicule, au nom de la modernité, de mai 68 aussi, les seniors que nous sommes devenus aujourd’hui, ont cru bon expurger les règles élémentaires délicieusement désuètes de la société, des usages, de la courtoisie, des bonnes vieilles leçons de morale et d’instruction civique que nos parents et autres excellents maîtres respectables et respectés, répétaient inlassablement.
Dès lors, comment cette jeunesse pourrait-elle connaître, ne serait-ce que les rudiments de la « bonne conduite » que l’école, la famille, les médias, depuis des décennies, ont renoncé à lui enseigner ?
Mais pour être tout à fait honnête vis-à-vis de ce constat, notre vieil homme devra bien convenir que déjà, les jeunes de l’époque (de son époque), avaient eux aussi, vis à vis de leurs aînés, la même indifférence que ceux d’aujourd’hui, à son égard.

«....Les idées nouvelles déplaisent aux personnes âgées ; elles aiment à se persuader que le monde n’a fait que perdre, au lieu d’acquérir, depuis qu’elles ont cessé d’être jeunes... » (Mme de Staël,.....Corinne)
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