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Adrénaline !

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Mirgar Garrigos

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Ce matin de juin 2007, réveil au petit matin. C'est Kévin. Il chevauche une Honda « blackbird », une CBRI 100XX. J'ai compris le message avant d'entendre :
-Tu viens faire un tour ?
J'enfile ma combinaison en cuir, mon casque et saute à l'arrière de l'engin.C'est parti...Que me réserve-t-il encore?

Je n'ai jamais douté de la sincérité de mon grand copain Kevin. Depuis la maternelle, nous sommes liés par une amitié indestructible. Mais chacun dans la vie a poursuivi sa route. Lui, vrai casse-cou, cascadeur de son métier, photographe sportif aussi pour la revue « Ma moto ». Moi, plutôt les lettres, journaliste et romancière. Nous ne nous sommes jamais mariés, ni l'un ni l'autre, pensant que notre métier essentiel valait bien toutes les chaînes du monde. Quelques aventures amoureuses émaillent nos soirées. Nous en rions tous les deux...

Sur l'autoroute du soleil, nous filons à deux cents à l'heure. Personne. Personne ne pourrait nous rattraper sauf la gendarmerie nationale. Il exagère Kévin ! Pourtant, accrochée à son torse, tous deux ne faisant plus qu'un avec la machine, une griserie ineffable nous submerge, une griserie ineffable qui bloque toute critique. Le soleil, lui, pense se lever dans peu de temps pour égayer un ciel couleur ardoise.

Une heure plus tard, nous conversons grâce à notre micro intégré :
-Elle est parmi les plus rapides du monde. Pas loin de 20000 euros...Qu'en penses-tu ?
-Je te vois venir Kévin...
-Je n'osais pas te le demander.
-J'ai compris...Combien il te faut ?
-Dix-mille..Je te rembourserai dans un mois .

Ah ! C'est bien Kévin ! Je l'ai toujours connu en rupture financière, toujours obsédé par un contrat à signer, toujours scotché aux échéances, toujours saturé de dettes, toujours en pourparlers de plénipotentiaires avec sa banque. Mais vous allez vous dire que je ne suis pas là pour jouer les dames patronnesses, jouer à l'héritière qui ne compte pas. En fait, nous avons un accord tacite, tous les deux : lui prend en charge mes baisses de tension, mes déprimes passagères et moi ses découverts. Comment ? Soyez patients !

Contourner Lyon est un bonheur grâce à cette bretelle... Nous nous arrêtons quand même sur une aire près de Valence. En ôtant nos caques, nous éclatons de rire.C'est quand même incroyable de voir ses yeux rieurs et sa bouche gourmande, prête à mordre à pleines dents dans la vie même à quarante- cinq ans. Il me regarde en hochant la tête et en souriant avec sa fossette :
-Alors, tu ne veux pas me dire où nous allons ?
-Ce n'est pas dans le contrat ma belle, me dit-il en se penchant vers moi pour m'embrasser sur le front.
-Tu as raison : à chaque fois, j'ai pu survivre au moins six mois ensuite grâce à tes impromptus.

En un éclair, je me souviens du col de la Forclaz quand j'ai eu droit à mon baptême de parapente au tout début...Au dessus du lac d'Annecy. La première rencontre avec la sensation. Celle d'être légère, dans un silence dominant cette étendue d'eau bleu foncé dans un paysage éblouissant de beauté. Trop courts instants. Après, la montgolfière au-dessus de Vézelay. Au soleil couchant, échapper à la médiocrité pendant, hélas, une trop courte ascension.celle qui transforme ces maisons , ces routes, ces champs en modèles réduits. Se sentir libérée de sa finitude, de la mesquinerie de nos existences rongées par un quotidien délétère. Et le saut à l'élastique pour mes quarante ans? C'était au Pont de Ponsonnas , en Isère.L'épreuve ultime. La chute vers l'abîme, le coeur qui remonte au cerveau. Le cri primal instinctif, mélange de terreur et de plaisir. La victoire : je l'ai fait. Je pourrai tout réussir...

L'adrénaline. Il m'en faut. Une drogue dure. Pas n'importe laquelle. Celle qui est liée à mon métier accompagnant le bon stress existe, certes, pour agir, être efficace. Mais l'adrénaline que Kévin me procure me permet de me sentir vraiment vivante. Je ne suis pas matérialiste et mes revenus, associés à des placements bien rentables venant d'une assurance-vie paternelle me permettent de vivre bien et de le dépanner...Je le regarde qui boit un café au comptoir : un vrai adolescent. Sa grande taille, son corps musclé endurci par le sport ne laissent pas la gente féminine indifférente. Serais-je moi aussi concernée ?Je suis un peu troublée...

Sur l'autoroute, le soleil baigne le décor dans une fuite qui nous dope. Circulation plutôt fluide. La machine puissante, racée se moque des distances. Solidaires, nous en sommes devenus sans doute ses esclaves consentants. Nous sommes les cavaliers du futur. Je me serre contre Kévin. Mais nous voilà déjà en vue de Cassis. L'engin ronronne maintenant comme un gros chat. Il nous entraîne vers la calanque. Il s'arrête. Kévin se déshabille lentement en me regardant. Je l'imite. Il m'entraîne vers l'eau couleur de rêve. Il a dans la main un boîte rouge. Il l'ouvre et me glisse une alliance à l'annulaire en m'embrassant. Mon coeur bat à cent quarante !

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Michaël ARTVIC · il y a
Un récit comme on aimerait en lire plus souvent. J'adore. 🌹❤Je me permets de vous inviter à lire et soutenir
L'empreinte des souvenirs
Vos voix seront les bienvenues.
MERCI

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RAC · il y a
Pas évident de vous suivre à cette allure mais comme c'est bien écrit, ce fut un plaisir ! A bientôt ...
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AKM · il y a
Je m'abonne au plaisir de vous relire très vite !
Je vous invite à lire ma nouvelle et à apporter vos critiques :
« ...- Il m’a embrassé par surprise, je me suis laissée faire comme pour voir jusqu’où il voulait aller, il m’a déshabillé mais avant que le pire ne se produise je me suis sauvée.
Au fur et à mesure qu’elle me décrivait la scène, une peur grandissait en moi, la peur de l’entendre sortir les mots : « J’ai couché avec un autre homme », et à la fin elle laissa bientôt place à des suspicions... »
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/les-mots-du-coeur-1
Merci

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Dimaria Gbénou · il y a
Je trouve votre œuvre bien saisissante. De la saveur de lecture s'y dégage et le lectteur que je suis n'a fait que prendre un plaisir, du grand plaisir. Je like et m'abonne à votre page pour ne rien rater de vos nouvelles publications... Lors de vos virées de lecture, n'hésitez pas à visiter ma page. J'ai surtout un en compétition.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sous-le-regard-du-diable
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/malchance ( en finale)

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Utilisateur désactivé · il y a
Une oeuvre très belle et originale ! Une histoire d'amour avec une fin bien heureuse ! J'adore "tout est bien qui fini bien" ! J'aime naturellement et je m'abonne !
Si l'envie vous prend je vous invite à découvrir mon oeuvre en compétition, catégorie des nouvelles, "Jeunes écritures".
https://short-edition.com/fr/auteur/assmoussa

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Fabregas Agblemagnon · il y a
Migar, j'aime bien votre texte. vous pouvez lire la mienne et me dire aussi ce ,que vous en pensez si vous voulez (https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/amour-impossible-12)
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jusyfa *** · il y a
Bonjour Mirgar, " Pour un dernier sourire " est en compétition pour le prix de la DUDH.
Si votre temps vous le permet, j'aurais apprécié votre avis sur ce texte.
Je profite de ce message pour vous souhaiter une belle année.
Julien.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/pour-un-dernier-sourire/votes

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Adjibaba · il y a
Très belle histoire avec une fin absolument remarquable.
J'aime et je m'abonne avec plaisir.
Si toutefois le temps vous le permet, passez donc me lire dans "Entre justice et vengeance" : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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Gérard Aubry · il y a
Je reviens te chercher pour lire "Liberté". Si tu le veux bien, évidemment. Merci! G.A.
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Guy Bellinger · il y a
A 45 ans, il a dit le mot tard. Mais mieux vaut motard que jamais.
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Mirgar Garrigos · il y a
Vous avez raison, Guy Bellinger!Merci pour le clin d'oeil...
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