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J'écris depuis très longtemps par passion et surtout pour m'amuser . Vous pouvez me retrouver sur Amazon. Merci à Toutes et à Tous  [+]

Il la tenait enfin cette victoire ; victoire sur la vie ; victoire sur les autres ; victoire sur Odette. Ses grands yeux noirs ne pouvaient plus  désormais l'atteindre, le blesser, l'humilier. Il était né en cette matinée de printemps,à l'heure où la campagne s'éveille à la vie. Sa voix, pourtant si douce et qu'il aimait, ne vomirait plus ces mots terribles emplis de moquerie, et ses mains, si belles, ne brûleraient plus jamais sa peau et son âme. Non, à tout cela, il tournait le dos sans regret, sans amertume, mais avec détermination.
La lumière qu'il avait cru magnifique auprès de cette silhouette souple, gracile et follement envoûtante, n'était devenue au fil des années, qu'un rayon blafard et ennuyeux.
Les mains tremblantes et le cœur échauffé, il relut le papier qui faisait de lui un homme libre, fier et plein d'assurance.
Le plateau, balayé par un vent frais, venait à sa façon, saluer cette naissance et, les bras ouverts, il offrit son avenir au ciel chargé de pluie et d'espoir. Il fit plusieurs tours sur lui-même répétant à l'infini, le nom de sa future grande école.
Soudainement, Brussière s'effaça et fit place à la grande ville, à ses trottoirs pavés, à ses maisons bourgeoises aux façades travaillées, à ses rues foisonnantes de monde et d'inconnu.
Tout entier à la vie nouvelle qui l'attendait, il baisa la lettre, l'étreignit comme si ce fut une maîtresse, la replia, et religieusement la glissa dans sa poche.
La chemise gonflée d'air pur et de promesses, il respira fortement, laissant entrer dans sa poitrine jusque là oppressée, un souffle libérateur.
Rassasié, repu de joie et de contentement, il embrassa la campagne alentour, coupa une herbe folle,la porta à ses lèvres puis regagna Brussière.
Le pas ferme, l'esprit dorénavant bien rangé, il traversa le village, passa la grille de la ferme avec une allégresse qui l'étonna fortement, tant il y était si peu habitué. Sa mère, femme rompue aux travaux agricoles, l'attendait sur le seuil, le visage fendu d'un sourire au creux duquel, il lui sembla déceler comme un peu de malice. S'arrêtant devant elle, il lui baisa le front et la serra férocement contre lui, afin de lui témoigner toute sa gratitude. Quand il sera ingénieur, elle n'aura plus à s'épuiser de la sorte, la ferme ne sera plus qu'un lointain souvenir pour eux deux. Voilà ce qu'il voulait pour ce corps fatigué, pour cette épaule qui jamais ne l'avait trahi.
La vieille femme, silencieuse, partagea sa félicité, point besoin de mots sous ces toits de lauzes, pour témoigner de son amour et de sa fierté. Elle glissa sa main rugueuse dans la sienne et l'entraîna dans la cuisine sur la table de laquelle, se trouvait un colis ficelé grossièrement. Un simple regard lui fit comprendre qu'il était pour lui et qu'il lui fallait l'ouvrir. Lâchant promptement la main de la doyenne, il défit le colis et découvrit avec surprise, un belle chemise blanche accompagnée d'un pantalon taillé dans un velours fin tirant sur le grenat. Elle avait mis dans ce cadeau de fortune, toutes ses économies, « mais il fallait bien ça pour son petit, lui, le futur ingénieur », lui expliqua-t-elle sans détour. Pudiquement, il lui baisa à nouveau le front et sortit deux verres, qu'il remplit de liqueur de myrtilles. La vieille femme, se remémorant d'anciens jours heureux, laissa sa langue glisser sur son palais sans âge sous l’œil reconnaissant de son fils.
Tandis qu'ils se régalaient de cette sucrerie toute naïve, quelqu'un frappa à l'une des fenêtres. Odette était là, sur le pas de la porte, coiffée d'un chapeau de paille duquel s'échappaient ses jolis cheveux châtains et ondulés, et vêtue d'une robe blanche à dentelle qui mettait en valeur ses galants poignets . Elle lui sourit et entra sans attendre qu'on l'y invitât, fixa vivement la chemise et le pantalon et, ôtant son chapeau, s'assit. « C'est donc bien vrai, tu as été reçu » fit-elle désenchantée. « Je m'en vais demain par le train de sept heures. Je prendrai un travail en plus de mes études, et je reviendrai chercher ma mère, et c'en sera fini de la ferme et de Brussière » répliqua-t-il bien décidé. « Je vois » déclara-t-elle s'approchant de lui. « Laisse-moi alors te féliciter et te souhaiter bonne chance » ajouta-t-elle lui mordillant la joue. « Oh! ma tendre Odette, voilà qu'il va falloir te trouver un autre jouet » lui renvoya-t-il insensible à cette fausse camaraderie.
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M. Iraje · il y a
Comme le commencement d'une longue et belle histoire ...
Rastignac in Paris ... !

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Albane Charieau · il y a
Rastignac je ne sais, vais volonté de réussir certainement. Merci pour votre passage.
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Atoutva · il y a
Un morceau d'une histoire plus longue ?
Oui, parfois, il faut savoir couper les ponts avec le passé.

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Albane Charieau · il y a
Non juste un petit texte écrit par rapport à un tableau. Heureuse que cet instant de vie vous plaise. Merci beaucoup.
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Lange Rostre · il y a
La franchise, comme une libération....
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Albane Charieau · il y a
Absolument!
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Joëlle Brethes · il y a
Il est des chaînes qu'il faut impérativement rompre dès qu'on le peut ! ;)
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Albane Charieau · il y a
Absolument, les briser avant qu'il ne soit trop tard. Merci infiniment.
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Long John Loodmer · il y a
Toutefois l'avenir est encore incertain
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Albane Charieau · il y a
oh oui très incertain mais enfin, le premier pas est fait, là est le plus important. Merci.
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Ginette Flora Amouma · il y a
C'est le moment où tout bascule dans un sens qui signe un destin .
Une écriture très prenante qui s'attache aux détails pour restituer la sensibilité des cœurs écorchés.

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Albane Charieau · il y a
les cœurs écorchés mais ils panseront leurs plaies, soyez-en sûre. Merci Ginette pour votre lecture.
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JFG Sanshiro · il y a
Superbe cette évocation d’un nouveau départ et de la libération de ce harcèlement moral.
J’aIme votre écriture, un délice.
Quel bonheur que de vous lire.

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Albane Charieau · il y a
c'est très gentil à vous. Merci beaucoup pour votre passage. Excellente soirée.
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Philippe Barbier · il y a
Cela me rappelle bien des choses....Mes compliments
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Albane Charieau · il y a
Merci infiniment Philippe. Bonne soirée
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Flore · il y a
Une revanche sur celle qui n'avait rien compris, des mots touchants vers celle qui lui a donné la vie et bien plus...Un texte doux au ton suranné.
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Albane Charieau · il y a
une revanche, c'est tout à fait ça. merci de votre visite.
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Marie Francois · il y a
Ce sentiment de liberté quand on quitte quelqu'un de malsain...
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Albane Charieau · il y a
un sentiment délicieux. merci

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