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Adieu, nous ne nous reverrons pas demain

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Victoire Lewis

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J’ai cherché cent fois ton regard dans la foule et la vérité dans le vide, j’ai imploré la raison pour qu’elle me donne les réponses que je croyais connaître si bien, en me mentant à moi-même comme tu mentais à tous, comme toute notre histoire n’était qu’un mensonge auquel j’ai cru aveuglément, parce que je l’aimais plus que n’importe quelle autre peinture qu’il m’ait été donné de voir, n’importe quelle mélodie que j’ai pu entendre, n’importe quelle statue que j’aurais dû admirer.

Tu m’as donné les lignes de mes plus belles histoires, les vers de mes plus beaux poèmes, tu m’as offert l’amour sur un plateau d’argent, avant de t’enfuir en ne laissant derrière toi que quelques fleurs fanées et des phrases écrites à l’encre noir qui cherchaient en toi un peu d’éternité. Je te croyais immortel, transcendant, idéel, au dessus de toute matérialité. Tu tenais toute ma foi entre tes mains. Tu étais plus allégorique que réel, ton nom lui-même était un principe. Tu étais plus une silhouette qu’un corps, et j’aimais plus tes mots que ta voix, tes idées que ta façon de les dire, tes gestes plus que ta peau. Je les retrouverai ailleurs, ils ne t’appartiennent plus.

On dit souvent que l’espoir meurt en dernier; je crois plutôt que c’est le souvenir qui m’appelait hier encore, me demandait de t’attendre, mais sans vraiment y croire, ni à toi ni à ce qu’il reste de nous; très peu de choses finalement, rien qui ne puisse s’échapper de toi pour se plaire dans les bras d’un autre.

Parfois je doute encore lorsque tout est perdu, que plus rien n’a de sens, que ton visage se grave dans la pierre froide de l’indifférence, quand le récit de ta peau n’est plus rien qu’un livre qui se referme, que le dessin de tes doigts se trace sur une feuille qui se froisse et se déchire, et pour finir, que je trouve toujours en toi un millier de choses, des plus jolies sans doute, autrefois unies dans chaque craquelure de ton corps et de ton être, aujourd’hui éparpillées en d'innombrables petites parcelles de toi qui s’envolent et glissent entre mes dix doigts.

J’ai foulé mille fois les rues pavées de mon ennui, passé des nuits blanches entières à rêver de tes yeux noirs, j’admets que parfois encore ton prénom résonne entre les murs des rues vides, sourit à mon esprit avant s’enfuir. Je vois toujours ton visage dans les gouttes d’eau qui meurent sur la fenêtre, qui glissent sur elle comme tes mots caressaient mon coeur. Toutefois je ne m’y noierai jamais plus. Je te veux plus invisible qu’un voile dans une flaque d’eau, pourtant mes yeux ne voient que par toi quand ils regardent en arrière. Heureusement que mes paupières se ferment quand je pense à demain.

Tu n’existes plus, comme un vase de cristal dans la maison de mon enfance, c’est tout ton être qui s’est brisé, dans un ultime orage, valse finale de longues années de pluie fine et de brume. Toutes mes certitudes se sont envolées en des milliers de questions, qui de leurs ailes m’ont fendu l’âme avant de se poser sur l’autel de ma passion.

Il me faut te dire au revoir et c’est bien mieux ainsi, il me faut te dire salut pour sourire enfin à un autre, qui rendra à tout mon être l’euphorie qui lui revient, il me faut te dire adieu, nous ne nous reverrons pas demain.
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