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Adieu

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Ellyne

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Ton départ il laisse une douleur sourde dans ma poitrine. Et parfois c’est une armée de souvenirs qui prend en otage ma boite crânienne. Comme autant de morceaux de verre qui me lacèrent. Ça enserre mon cœur. Ça l’écrase. Ça le piétine. Ça le broie. Mais jamais assez pour me tuer. Juste ce qu’il faut pour me réduire en minuscules morceaux. En miettes.
Cette souffrance, c’est comme un fantôme. Une apparition qui me suit depuis ta disparition. Un spectre qui vient remplir le vide que tu laisses.
Ce fantôme c’est ma peur. Ma peur du monde sans toi. Ce manque. Cette impression d’être déchirée.
Ce fantôme c’est cette certitude que je ne suis pas faite pour être sans toi.
Ce fantôme, je crois que c’est un morceau putréfié de mon cœur. Mon cœur qui crie. Mon cœur qui crie et moi qui hurle.
Mais qui écoute un cœur ? Ça réfléchit pas un cœur, c’est pas fait pour ça.
Qui écoute un petit cœur tout mou, qui a décidé, on ne sait même plus pourquoi, de se faire une cabane avec des émotions trop fortes pour lui ?
Et ce débile qui appelle le grand manitou en haut, parce qu’il ne sait plus quoi faire. Parce qu’il ne sait plus qui il est, ni où il doit aller, ni même où il voulait aller.
Mais le cerveau de toute façon, ça fait longtemps qu’il ne comprend plus rien. Il a lâché l’affaire.
Alors on demande son avis au corps. Mais le corps il est aussi déréglé que le cœur. Le corps il veut juste retrouver la chaleur, la douceur. Les secondes de tendresse qui coulent, qui battent infiniment lentement.
Ma peau veut juste retrouver la chaleur de tes bras.
T’es gravé jusque dans mon âme que t’as laissé vide. Vide à l’intérieur, somme d’une succession de destructions à chaque fois que surgit ton nom.
Mémoire bloquée et émotions désarticulées. Cœur en chute libre et raison à la dérive.
Je vois encore ton ombre qui s’éloigne, sans que je puisse la retenir. Mon monde qui s’effondre.
J’étouffe, torturée par mon amour. Poignardée à chaque battement de cœur. Tuée à coup de toi. Perdue dans ton absence.
A corps et à cœur perdus noyée dans ce fantôme de nous.
Le fantôme c’est le seul qui sait ce qu’il fait alors on l’écoute.
Attendre. Attendre quoi ? Attendre rien. T’attendre toi.
Le cerveau, au fond, il sait que tu ne reviendras pas. Mais il ne le dit pas au cœur, à quoi bon ? Il arrive même plus à comprendre ce qu’il fait le cœur.
Avec le fantôme, ils ont fabriqué un mur autour de la cabane. Un mur de regrets et de projets jamais aboutis.
Il est très haut ce mur. Ils n’arrêtent pas de rajouter de nouvelles pierres. De mémoire de cerveau, ça n’avait jamais été aussi sombre chez le cœur.
Il essaie de crier assez fort pour qu’on l’entende de l’autre côté, mais il commence à fatiguer. Il sent bien que ça rime à rien de vivre par procuration dans le passé. Mais finalement, il est dans le même état. Il a peur que le présent ne soit plus à la hauteur. Et il finit par se complaire comme les autres dans cette souffrance. Quitte à ne pas être à la hauteur.
Alors le corps reste seul. Il continue à avancer parce qu’il faut bien quelqu’un pour le faire mais au fond, il tourne en rond. Il fait des rondes autour du mur. Parce que lui aussi il ne veut de personne autour de la cabane. Et surtout, il ne veut pas que le fantôme s’en aille. Ils se sont mis d’accord avec le cerveau : si le fantôme s’en va, on n’aura plus rien pour nous rattacher à toi.

Avec le temps, de la mousse a poussé sur les pierres. Au début, le corps essayait de l’enlever mais bon...
Parfois il croise le cerveau. Ils ne se disent plus rien depuis longtemps.
Et un jour, le corps s’assoit contre le mur. Il n’a juste plus envie de faire ses rondes. Et il en a marre de cette obscurité. A quoi ça sert au fond ? On a attendu. On a même finit par arrêter de regretter. Le fantôme et le cœur ont arrêté d’ajouter de nouvelles pierres quand ils se sont rendu compte que c’était toutes les mêmes. On n’entend plus le cœur crier.
C’est curieux d’ailleurs.
Et le cerveau secoue le corps. Une pierre est tombée.
Qu’est-ce qu’on fait ? On la remet ? Non c’est trop haut.
Comment ils faisaient le fantôme et le cœur pour aller aussi haut ?
Ils l’ont vu que la pierre était tombée ? Et là cette fissure, ils l’ont vu ?
Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce qu’on fait ?
Ils ont peut-être un problème ? Il faut aller voir.
Oui mais comment on passe derrière le mur ? Il est toujours trop haut, même là où la pierre est tombée.
Alors on fait tomber d’autre pierres ? On fait tomber d’autres pierres.
Et on crie, pour leur dire qu’on arrive.
Les pierres tombent, le mur s’effondre. Il fait moins sombre, c’est curieux. C’est curieux mais c’est agréable cette lumière.
Derrière le mur, la cabane n’a pas bougé. Elle est peut-être juste un tout petit peu moins colorée.
Devant la porte, il y a le fantôme. Il attend. Il est rouge d’être resté si longtemps avec le cœur qui a trop saigné.
Il faut entrer dans la cabane, sortir le cœur de sa prison.
Le cœur, il est devenu tout petit, il est recroquevillé sur lui-même. Ça fait longtemps qu’il essaie de disparaître. D’arrêter de battre.
On traine le cœur dehors. Il est ébloui. Il regarde partout.
Il pleure, peut-être à cause de la lumière. C’est curieux, la lumière sur les ruines du mur.
Et soudain il crie.
Le fantôme s’en va. Il flotte au dessus des morceaux de pierres brisées.
Il s’éloigne, sans qu’on cherche à le retenir.
Au fond, on le laisse partir.
Le cœur a crié une dernière fois.
C’est curieux, comme ce fil qui me rattachait encore à toi me glisse entre les doigts.
C’est curieux comme j’ai eu mal à l’âme de devoir renoncer à toi et comment maintenant c’est...
Il est temps que je parte aussi c’est ça ?
C’est curieux ces larmes sur mes joues.
Regarder ce fantôme de toi qui s’en va, c’est comme te dire adieu.
C’est curieux de te dire adieu. Le cerveau ne savait pas que c’était possible, le corps ne voulait pas, et le cœur en avait peur.
Mais je crois que je n’ai plus peur de moi sans toi. Je crois que je vais te laisser là.
Alors adieu.
Mais une dernière chose, le fantôme. Je vais garder notre cabane et les ruines de son mur dans mon cœur. Parce que si tu ne veux pas être ma plus belle histoire, je veux que tu sois ma plus belle déception.
Je t’aime. Merci. Je t’aime.

PRIX

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Artvic · il y a
J'adore !! que d'émotion !!
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RAC · il y a
Tendre !
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Jean Calbrix · il y a
Un beau texte plein de jolies formules sur l'absence et le vide. Bravo, Ellyne. +5
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Francky EA · il y a
Texte plaisant à lire. Je vous offre mes voix en vous invitant à me lire.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/heroine-3

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ARAR71 · il y a
J'ai beaucoup aimé ce texte poétique, d'une grande force expressive, où l'intensité et la confusion des sentiments prend la forme originale d'un combat entre les diverses ressources du corps pour avancer. Félicitations. Je vous donne toutes mes voix. Si vous avez le temps d'aller lire mon texte, il est à ( https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/8h08-14h14-1 ). Merci d'avance.
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Keith Simmonds · il y a
Mon soutien et bonne chance, Ellyne ! Une invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en compétition pour la Matinale en Cavale. Merci d’avance et bonne soirée! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1
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JACB · il y a
C'est une introspection infiniment douloureuse qui s'insurge finalement contre son propre chagrin en mettant au pied du mur son fantôme. Une écriture spontanée au rythme des ressentis.
Ma cavale est en bleu et jaune et il me tiendrait aussi à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme# en finale de la DDHU.
Merci et bonne chance.

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JARON · il y a
Bonjour Ellyne, je vous découvre à travers ce texte qui est un pur moment de poésie. Un poème à corps et à cri, et en même temps à cœur ouvert, c'est émouvant et très touchant, il y a une réelle tendresse dans votre plume. Je vous offre mes 4 voix avec grand plaisir. Si vous avez 2 petites minutes pour mon poème "émergence" je crois qu'il pourrait vous plaire. En attendant, belle journée à vous, sous la neige apparemment. Jacques.
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Deldel Pratini · il y a
Quelles belles émotions décrites
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