Adaptation

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Un air de suspense plane sur ce texte d'anticipation à l'univers bien dessiné dès les premières lignes... On suit avec intérêt la journée d'un

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a la retraite, gros lecteur et un peu d'imagination ! j'espere regaler un max de lecteurs et m'eclater dans le genre que j'adore : le tres tres court ! merci a tous et a bientot  [+]

Image de Hiver 2018

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C’est une journée horriblement banale qui commence. Je quitte le clapier où je vis, perdu dans une barre d’immeubles pourris qui sentent le chou et le rance à tous les étages. Je ne me plains pas car ce clapier est pour moi tout seul, ce qui n’est pas le lot de beaucoup de célibataires. Je me rends en bus jusqu’à l’énorme bunker grisâtre qui abrite le siège du ministère de la Police. C’est là que je travaille, je suis fonctionnaire. Je ne suis pas dans un bureau, non, j’exécute ma tâche dans les sous-sols, dans une petite cellule de trois mètres sur trois avec pour seul mobilier une chaise en fer fixée au sol. Je suis affecté aux interrogatoires des suspects, et des suspects, dans ce pays, il y en a partout.
Il faut à tout prix qu’ils avouent, car une fois dans nos murs ils sont forcément coupables, le système ne peut pas se tromper. Et, sans vouloir me vanter, je suis très bon dans mon travail, j’ai ma petite réputation et je tiens à la conserver. Donc, les gens que l’on me confie avouent et après cela on s’occupe de leurs familles. Déportation en camp de travail, cela évite la propagation des mauvaises pensées.
Celui dont je vais m’occuper aujourd’hui fait partie d’un réseau d’opposition au régime et il nous faut le nom de son responsable. Avec mes méthodes, il va cracher le morceau.
Moins de deux heures plus tard, j’ai le nom. Aramis. Et là, j’ai un problème parce qu’Aramis c’était le surnom que ma mère donnait à mon petit frère, quand nous étions enfants. Dans sa jeunesse, avant le nouveau régime, ma mère avait lu un seul livre étranger, Les Trois Mousquetaires, et le personnage d’Aramis l’avait séduite au point qu’elle avait affublé mon frère de ce surnom.
Maintenant, le problème est le suivant : soit je donne l’information à mes supérieurs qui feront leur enquête, découvriront qu’il s’agit effectivement de mon frère et là je suis bon pour les camps de travail, autant dire la mort, soit je ne dis rien et j’agis seul.
Je regarde le prisonnier sur sa chaise. Il est inconscient. D’une torsion rapide, je lui brise la nuque. Je dirai qu’il n’a pas supporté l’interrogatoire, cela arrive parfois.
Maintenant, pour mon frère, je ne peux pas prendre le moindre risque. S’il est vraiment impliqué, il représente un danger pour toute la famille, moi y compris malgré mon travail au ministère. Je me suis adapté aux conditions de vie dans ce pays, j’ai choisi mon camp et je suis tranquille. J’ai envie que ça continue.
Je ferai passer ça pour un accident, dans le métro par exemple. Adieu Aramis. Je n’ai pas d’état d’âme. Ici, pour survivre, il faut s’adapter, toujours s’adapter.

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