Acte final, seconde partie

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Si j'écrivais une autobiographie, ma vie serait une feuille blanche, terne, insipide, où aucune possibilité de la voir s'agrandir s'ébauche et où la profondeur n'existe. C'est justement pou  [+]

Image de 4ème édition
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Les flammes du feu de bois dansaient dans le foyer incandescent. Petit à petit, elles s’amincirent jusqu'à perdre leur grandeur et leur vertus lénifiantes. Le flux de chaleur constant mais inégal se diffusait par la vitre jusqu'à envelopper les alentours de la pièce, dont le canapé juste devant. Sur ce dernier, un homme et une femme étaient assis, chacun à une extrémité. La femme était à genoux, le buste droit et sa chevelure descendait jusqu'au milieu de son dos. Elle avait un visage fin, angélique, avec un sourire enjoliveur. L'homme, lui, était tout simplement assis. Son visage, imprégné de traits coléreux, montrait une jovialité sincère et une normalité parfaite. Parfois, un crépitement s'échappait de l'âtre, brisant le silence instauré par les deux amants, se dévorant du regard. Puis, sans signe avant-coureur, elle se jeta sur lui, pour laisser un doux baiser sur ses lèvres. L'homme s'approcha et passa sa main dans les cheveux de sa madone, pour l'embrasser avec passion. La femme écarquilla les yeux avant de se laisser aller aux caresses de son partenaire, non sans fébrilité. Ce dernier commença à descendre sa bouche et atteint le cou frissonnant de sa conquête. Il y déposa un suçon pourpre et difforme, tout en léchant sa fine et hâve peau. L'exploration de ce corps divin continua par le déboutonnage de sa chemise.

- Oh Jeanne, tu es si belle...

Le regard vif et galvanisé, l'homme déliait les boutons tenant secret les formes prestigieuses de sa vierge. Ils glissèrent à mesure que la chemise découvrit des parcelles de chairs blanches, laissées en jachères.

Soudain, alors que le tissu n'était tenu que par un ultime verrou, la femme arrêta la folle course de celui qui se tenait sur elle. Elle posa sa main sur la sienne puis l'embrassa d'un rapide baiser sur les lèvres.

- Soit plus doux, dit-elle d'une petite voix. C'est ma première fois...

A ces mots, la bête se réveilla. Avec une brutalité féroce, il arracha la chemise, dévoilant toute la sensualité cachée des vers de Ronsard. Les armes baissés, il se laissa tomber corps et âme dans les abysses de la luxure, cet endroit coupé du monde réel, où rien n'a plus de sens, à part le désir et les pulsions bestiales.

Jeanne, spectatrice de cette déchéance, esquissa un sourire de satisfaction. Puis, d'un coup, elle sortit une sorte de teaser et électrocuta l'homme par le flanc. Paralysé, il s'écrasa sur le sol, dans un bruit sourd. Le feu s'était considérablement aminci, ne reflétant plus que deux petites flammes.

- Mais... que fais-tu, susurra le malheureux ?

Jeanne se leva, le soutien gorge à l'air libre et la chemise complètement déchirée. Elle se pencha puis s'assis sur son ventre imbibé de sueur.

- Tu sais ce qu'est un "Détracteur", demanda-t-elle en approchant son visage dédaigneux près de l'individu ? Ce sont des personnes rattachées au ministère de la justice. Avec l’aide d’une certaine machine inventée par nos pères, ces quelques miraculés formés pour ce boulot peuvent s’immiscer dans l’inconscient d’un suicidé pour voir les raisons de son acte.

- Quel est le rapport avec moi, questionna l'humain reprenant peu à peu ses esprits ?

- Tu n'as toujours pas compris ? Tu es mort. Tu t'es suicidé par pendaison.

L'homme se tut. Il n'arrivait pas à encaisser la nouvelle. Son monde s'écroula. Ses yeux s'écarquillèrent. Des larmes roulèrent sur le côté de ses joues. Ses lèvres se courbèrent. Petit à petit, la vie quittait ses yeux.

- Mais... pourquoi me suis-je suicidé...?

- C'est normal que tu ne t'en souviennes pas, clarifia Jeanne.

- Qu'ai-je fait à la fin !? Dis-moi !!

La jeune femme s'avança, pris ses joues entre deux doigts et les serra tellement fort que ses ongles rentrèrent dans sa peau.

- Tu veux vraiment le savoir pauvre merde, dit-elle en le fusillant du regard ? Tout les soirs, quand tu rentrais du travail, tu jouissais à l'idée de battre ta femme et ton fils. Pendant deux ans, ils ont été soumis à ton autorité et à tes poings. Mais, hier, ils ont voulu en finir avec ça. Ils se sont suicidés. Alors, toi aussi à cette vue, tu t'es pendu juste devant la cheminée. Seulement, nous n'avons pas retrouvé les corps, malgré les recherches faites par la police. Il a donc été décidé d'envoyer un agent dans ta tête pour retrouver leurs corps. Car, sous tes ongles, le médecin légiste a trouvé des morceaux de peau leur appartenant. Maintenant, tu dois t'en souvenir vu que je t'ai rafraîchis la mémoire. Dis-moi, où sont-ils ?!

L'homme baissa la tête, comme un acte de rédemption. Mais, d'un coup, il se mit à rire, d'un rire macabre et dérangeant. Les yeux vifs, il défia du regard la femme qui venait de le soumettre. Jeanne, mal à l'aise, retira ses mains et se releva. L'homme était pathétique. Il semblait jouer un bouffon de pièce vénissiennes.

Après s'être calmé, il commença :

- J'aimais les taper de toutes mes forces, chaque soir. Sentir leur peau s’aplatir sous mes poings, rien n'était plus jouissif que ça. Leurs regards, en plus, le désarroi et la peur... je me sentais vivre quand je voyais ça...

- Je me fou de ton discours morbide, cria Jeanne ! Où est leur dépouille !?

A ces mots, l'homme se tourna vers la cheminée. Plus aucune braise n'était visible. Il ne restait que des cendres, d'un noir intense et poreux, comme le spectacle qu'offre un champ de bataille après la guerre. Il se retourna vers Jeanne, puis sourit malicieusement.

Elle venait de comprendre. La stupeur se grava sur son visage. Elle eut une soudaine nausée et tressaillit. Son regard croisa une dernière fois celui de l'homme. Ce dernier reprit son rire, comme une hyène.

- Alors, contente de ma ré...

Il n'eut pas le temps de répondre. Jeanne sorti un pistolet de son jean et logea une balle dans la tête de l'individu. Tout était fini. Une seconde fois.

- Bravo, vous avez accompli votre mission, annonça une voix dans sa tête.

D'un coup, elle se retrouva dans une salle blanche, avec un casque à visière sur la tête. Elle se sentait fiévreuse, sans énergie. Mais, elle reconnu cet endroit. La voix masculine continua :

- Bon retour sur terre Jeanne. Comment s'est passé votre exploration ?
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Soseki · il y a
Je ne découvre ce texte que maintenant ...cette enquête de science fiction est tout à fait étonnante et au delà évoque si bien la violence sur les femmes et les enfants ..;ai beaucoup aimé !
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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup à vous Soseki! :-)
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Francine Lambert · il y a
Une enquête peu ordinaire et une histoire très originale qui nous conduit de surprise en surprise, mon vote !
Et je vous invite à découvrir " Majeure" et " Imparfait" . . . bientôt !

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Eric Vain · il y a
Merci Scribette :-)
J'irai quand j'aurais un peu de temps :-)

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Francine Lambert · il y a
A très bientôt donc !
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Jean Calbrix · il y a
Un excellent moment de science fiction ! Quand on arrivera à ce stade, la police n'aura plus grand chose à faire ! Restera à trouver des remèdes pour guérir ces détraqués ! Bravo, Eric ! Vous avez mon vote.
Si vous aimez les aventures de Lucky Luke, j'en ai une rapide et percutante, et si vous avez une fraction de seconde à m'accorder, c'est ici : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/ouaip

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Geny Montel · il y a
J'aime cette exploration qui dénonce un bourreau de famille, comme il en existe malheureusement encore tant...
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Eric Vain · il y a
Oui l'idée était vraiment de travailler sur ce thème, mais avec un peu plus d'originalité ^^
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Geny Montel · il y a
Le pari est gagné !
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Eric Vain · il y a
J'en suis ravi :-)
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T. Siram · il y a
Mérite le prix d'excellente imagination et même plus...
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Eric Vain · il y a
Ce serait un prix qui m'irait droit au coeur, merci beaucoup T.Siram! ^-^
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Sylvie Loy · il y a
Arf, quel voyage, quelle expédition ! Tu mélanges les genres et j'adore ça !
Excellent !

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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup Sylvie ! :-D
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Yannickclaude · il y a
Bravo c'est original
j'ai participé également dimanche à la matinale dans la catégorie BD
http://short-edition.com/oeuvre/strips/pere-noel-explorateur-1
si cela te tente ...

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Hortense Remington · il y a
Quelle exploration ! Quelle imagination !
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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup Hortense !
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Virgo34 · il y a
Une fiction dans la fiction...
Je suis moi aussi en compétition dans la Matinale :
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/les-caravelles
et j'ai un haïku en finale :
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/deux-ecureuils-roux
Merci

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Eric Vain · il y a
Merci Virgo ^^ Je suis passé voir votre Haïku !
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Virgo34 · il y a
merci, Eric !