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Achat et budget voiture : anecdote lycéenne

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Julien Bernard

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Les années chômage sont dures : du fait, notamment qu'on soit entouré d'autres demandeurs, qui ne sont pas tous des lumières vives de la fibre estudiantine et c'est parfois pire qu'à la caserne. On est souvent harcelé de remarques bêtes, et il faut s'en défendre, comme on peut. Me concernant, récemment c'était au sujet de ma voiture : ayant dû l'envoyer à la casse j'essuie quelques reproches. On ne comprend pas plus que je ne m'en cherche pas une d'occasion. Alors voici un petit extrait de mes souvenirs de lycée, une anecdote qui, comme bien souvent ne s'arrête pas aux faits : elle a sa moralité, toute sa moralité. Ici nous sommes au chapitre « comptabilité », paragraphe « gestion de budget » : sujet très terre à terre.






C'est l'histoire de deux copains à moi, deux potes de terminale qui voulaient se trouver une voiture. Histoire (c'est le cas de le dire) d'aller faire les 400 coups, entre deux cours, entre deux jours d'école. Deux bons frimeurs, parfois durs à cuire, profil aventureux, casse-cou, de cuir noir vêtus comme des corbeaux.



Combien était leur joie lorsque, via un piston apparemment, ils firent acquisition d'un bijou pour une somme dérisoire ! Je n'ai pas souvenir exact, mais il me semble que c'était une Jaguar, pratiquement neuve (une occase, elle n'avait presque pas roulé), en excellent état et qui valait bien 55 000 francs voire bien davantage (plus de 7.500 euros). Un sacré bijou (pour nos deux corbeaux on dira un sacré fromage) ! Le prix payé avoisinait le 10ème du prix réel, c'était pratiquement un cadeau qui leur était fait, une transaction de rêve. Leur sourire était grand, mais alors, jusqu'aux oreilles et même jusqu'au plafond ! Vroum, vroum... c'est parti.




Un seul hic : ils s'y connaissaient encore moins que moi en matière de comptabilité (1), et n'avaient pas prévu le coût réel de leur acquisition. Eux qui venaient à peine d'obtenir leur rose certificat ! C'eût été trop leur demander. Inutile de vous dire que leur « sourire jusqu'au plafond » s'est vite retourné et changé en « grimace jusqu'à par terre ». La gestion de budget ne s'improvise pas et une voiture, ça coûte ! Je vous fais grâce du détail financier (2) – mais j'ajoute que le véhicule n'étant plus strictement neuf, certaines garanties ne s'appliquaient plus. Ils avaient beau chercher le carburant en Allemagne, la rive droite du Rhin (de Fribourg à Kehl via Offenburg) ne vous allège pas les charges.




En toute logique, mes deux camarades n'ont pu garder la Jaguar que quelques mois, le temps de s'arracher les cheveux de dépit. S'en débarrasser devenait impératif tant elle pesait – et bien lourd – dans leurs finances, dans leurs dépenses quotidiennes. Et quand on est lycéen, même riche on vit avec des bouts de ficelle.

Ils l'ont revendue à bon prix, pourtant : peut-être 40 000 francs, et même davantage. Alors qu'il l'avait payée 5 ou 6 mille. Wouaw, un bénéfice de plus de 35 000 francs, ça c'est du chiffre, sans compter un petit remboursement de l'assurance sur les mois payés en avance (c'était souvent obligatoire à l'époque quand on demandait à mensualiser la cotisation).





Mais quelle en a été l'utilité, de ce gros bénéfice ? Réponse : payer leurs dettes, celles-là mêmes qu'ils avaient contractées pendant ces quelques mois de voiturage hédoniste. J'ai dit que je vous faisais grâce du détail budgétaire, mais bon y'avait forcément des emprunts, officiels comme officieux, à la banque comme à d'autres particuliers : notamment à une vieille tante, qu'ils ont du supplier, eux qui s'étaient brouillés avec elle quelques mois au préalable par simple servitude de leurs instincts de jeunes caïds.



Autrement-dit – revenons à nos cigognes – ils n'avaient rien gagné du tout dans cette magnifique affaire juteuse, tant le carrosse leur avait coûté. Pour l'anecdote, urgence pécuniaire oblige, ils s'étaient cherché des jobs entretemps. D'abord en période scolaire, où ils ont été réduits à laver des autos, penauds pendant les récréations : aux quelques élèves équipés, aux surveillants, aux professeurs et même... au proviseur ! La honte. Puis pendant les vacances, où l'un d'entre-eux s'est fait embauché au supermarché du coin et expédié au rayon... accessoires de voitures ! Le gag. Ma main au feu qu'il en fait encore des cauchemars.

Qui sait si après leur bac, mes deux potes n'ont pas fini dans l'industrie automobile ? Service gestion de finances, ou au conseil budgétaire ?






Voilà, cette petite leçon de comptabilité et de gestion de budget n'était pas gratuite : tant il est bon de rappeler que tout coûte dans la vie. C'est pour cela que achat et budget restent indissociables, l'un impliquant l'autre. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute, pour nos deux corbeaux.

Oui, tout a un coût, que ce soit le tacot (finalement je n'ai pas envoyé ma fiat à la casse pour rien, moi pauvre RSA-iste), le logement, les voyages, l'hygiène, la santé, l'habillement ou surtout l'alimentation (3). Pas évident de se faire comprendre dans ce domaine quand on vit dans un monde de demandeurs d'emploi.

On peut même parier que bientôt, on payera une taxe sur l'oxygène qu'on respire quotidiennement !





JB - 2016







petites notes :

(1) Et pourtant, j'ai souvenir qu'au Certificat d' Études, en classe de quatrième, on nous posait déjà des petites questions sur les prévisions budgétaires

(2) Pour une voiture, c'est plutôt complexe la question budgétaire. Je ne vous apprendrai rien.

(3) Je reviendrai sans doute sur cette dernière, dans un article à venir









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Cath Lefebvre · il y a
Sujet toujours d'actualité, texte bien écrit avec humour , j'ai bien aimé le clin d'œil au Corbeau et le renard , les jobs pour payer leur achat. Au delà de l'humour, j'ai apprécié la réalité avec le budget et du "tout coûte dans la vie" et j'espère que l'on arrivera pas à devoir payer l'oxygène ! Une tranche de vie avec une morale. Merci
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