ABONDANCE DE BIENS...

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Par un étrange caprice du destin, plus il dépensait d’argent, et plus il en avait.
Tout avait commencé à l’âge de six ans, lorsque avec la première pièce de monnaie reçue de ses parents, il acheta un numéro de Pif-gadget, publication qui organisait alors un concours dont il fut le gagnant.
Doté d’un vélo flambant neuf, ses parents revendirent l’ancien, et lui redistribuèrent une partie de la somme ainsi gagnée.
Trente ans plus tard, il avait acquis Pif-gadget et une soixantaine de publications diverses, il possédait entre autres une compagnie d’aviation, une chaîne de restaurants, une maison de production de disques, les magasins pour les écouler, et il était fatigué... Oh, si fatigué... De voir le montant de sa fortune s’allonger inexorablement.
Il avait pris conscience de sa fatalité lorsqu’en pleine euphorie, pris d’un délire de toute-puissance (il était jeune alors, il n’avait pas encore mille ans), il avait investi, certains de craquer du fric, dans la brosse à dent musicale. Il s’était amusé d’avance à l’idée de ces centaines de salariés, cadres arrogants sortis de Harvard, virils ouvriers fiers de n’être pas cadres, syndicalistes grincheux, tous occupés à produire des objets aussi grotesques. Mais ce fut un succès foudroyant. Un peu éberlué, il avait généreusement subventionné le génial inventeur du soutien-gorge à hélice. La fortune qu’il en avait tiré lui restait encore en travers du gosier. Et depuis, ses coups les plus fumeux avaient été à l’avenant : de sa vie, jamais il n’avait connu l’échec.
Sa richesse était une tumeur. S’achetait-il une flotte de Ferraris, pour les jeter après le premier usage, qu’il apprenait qu’une des ramifications de son empire venait d’acquérir la firme italienne, dont le cours des actions avait bondi suite aux commandes qu’il avait lui-même avait passé.
Il avait une fois donné cent mille francs à un clochard, pour se débarrasser de ce fric qui lui brûlait les doigts, et ce clochard, devenu patron d’une florissante firme d’informatique, s’était mis à clamer partout le nom de celui qui, un soir, avait permis sa résurrection. Gros effet d’image, gains de parts de marché pour toutes ses compagnies. Terrifiant.
Son palais de marbre prenait peu à peu à ses yeux des allures de tombeau. Il avait voulu rejoindre les Guacamols, heureuse tribu d’Amazonie, que l’O.N.U. avait classée monument historique. Hélas, lors d’une semblable escapade dans le Larzac, où le troc était de rigueur, il s’était retrouvé en deux mois à la tête de trois mille moutons. Au moment d’embarquer pour l’Amérique du Sud, la vision de vingt mètres cube de têtes réduites encombrant sa hutte l’avait terrassé.
Il avait aussi essayé de ne plus rien dépenser. Fatalement, il avait fait des économies.
Il n’osait même pas imaginer ce qui se passerait s’il liquidait tous ses avoirs et jetait son argent à la mer. Il tomberait sûrement sur l’Atlantide et ses fabuleux trésors, que tout le monde lui attribuerait d’office. On ne prête qu’aux riches.
Mais là, il tenait la solution. Fuir l’humanité, de la plus radicale façon. Il venait d’acheter la Compagnie Spatiale, et avait ordonné la construction sur la face cachée de la Lune d’une base destinée à son usage exclusif.

- Herr Professor, je crois que la lune est en train de décrocher de son orbite.
- Klaus, vous n’êtes plus étudiant depuis longtemps, épargnez moi vos plaisanteries de potache.
- Herr Professor, regardez plutôt.
- Himmel ! Elle part à la dérive ! Il n’y aura plus de marées ! Les sacs plastique vont rester sur les plages !
- Les gens vont donc devoir devenir propres ?
- Oui, Klaus. Ca va être terrible.

Il regardait le clair de Terre qui s’amenuisait là-bas, comme si un fondu au noir de cinéma l’engloutissait. C’était peut-être une bonne chose, après tout, qu’il parte ainsi vagabonder dans les étoiles, puisque de toute façon, sur une Lune bien stable sur son orbite, il avait échoué.
Rien d’étonnant à ce que le fil entre la Terre et la Lune se soit rompu : un milliard de Bloutoks pèsent 26000 giga-tonnes.
Tout avait commencé trente ans avant, quand il avait rencontré cet extra-terrestre...
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Kolgard Sino · il y a
Le début est très accrocheur, l'ambiance est posé, le riche qui en a marre d'être riche, mais je dois admettre que la fin est abrupte et obscur, comme si des étapes avaient-été sauté
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Valdemar Belloc · il y a
Well, j'ai souvent un problème avec les fins. Je vais y réfléchir.

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