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Gaspard Bonhomme

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Ce matin, on va faire du vélo. Ma mémé, elle aime bien le vélo, avec pépé, elle a fait plein, plein de voyages en tandem. Le tandem, c’est comme un vélo, mais avec deux places. Ma mémé m’a dit que les gens, ils la regardaient bizarrement sur le tandem parce qu’elle avait un pantalon ! Elle est chouette ma mémé ! Mon pépé, je l’ai jamais vu parce qu’il est parti à la guerre, mais le tandem lui, il est resté dans le garage.

Allez, je descends les escaliers et je fonce au garage. Je connais bien le garage, mon auto à pédales, elle est dans le garage. Elle est rouge. C’est une DS, ça va vite. Je la sort souvent pour aller dans le jardin.

Le jardin, il est bien parce qu'il y a une grande pelouse, avec un grand saule au milieu. Et autour de la pelouse, il y a une allée, c’est comme un circuit, et avec mon auto, je fais des courses.

Mais maintenant, je suis trop grand. J’ai les genoux qui cognent quand je pédale et ça fait mal, alors ma mémé, elle a dit qu’elle allait m’apprendre à faire du vélo avec le vélo à maman, parce que dans le garage, il y aussi le vélo à maman, quand elle était petite.

C’est un vélo militaire. Je dis ça parce qu’il est tout vert, vert kaki. Il y a un peu de blanc aussi, sur le garde-boue, mais juste un peu. Ma mémé m’a montré les photos avec ma maman dessus. Ma maman, c’était une petite fille avant la guerre. Je ne l’ai pas reconnue sur le vélo, mais aussi, c’est des photos en noir et blanc.

Le vélo à maman, il est bien parce qu’il est à ma taille. Hier, on a commencé, Mémé, elle dit que je vais y arriver, que j’y suis presque. Le vélo, il est marrant, pour tenir les roues il y a des écrous papillons. Avec ça, tu vas t’envoler m’a dit ma mémé en rigolant. Et puis la selle, elle sent bon, derrière, c‘est écrit “Brooks”, c’est drôle comme nom, il paraît que c’est anglais. Les Anglais ils aiment le cuir, c’est souple et confortable, pas comme le siège en métal de mon auto.

Allez, on y va ! Ma mémé, elle se met derrière pour me tenir. Je mets les mains sur le guidon, le pied sur la pédale, la pédale bien en haut, et hop, je monte sur la selle. C’est parti, je penche un peu, mais ma mémé, elle est là et après trois tours de pédales, je tiens presque tout seul.

Oh là là ! Mais ça va vite ! Mais mémé, t’es où ? Je me retourne, elle n’est plus là ! Je perds l’équilibre, la roue avant butte sur la bordure de la pelouse et je m’envole, roulé-boulé, le vélo reste dans l’allée.

Ça va, j’ai la tête qui tourne, mais la pelouse est toute douce. Je reste allongé, les feuilles du saule s’agitent dans le vent, c’est joli. J’entends ma mémé, elle rigole beaucoup, beaucoup. Elle vient me chatouiller, j’ai le bide à l’air, la chemise sortie de la culotte. Du coup, je rigole aussi, ma mémé, elle est vraiment chouette.

– Et bien ! Tu y étais presque, regardes donc où tu vas ! Allez, maintenant essaye de faire un tour complet.

Je me relève et je reprends le vélo. Mains sur le guidon, pied sur la pédale, et c’est parti, je ne penche presque plus, je frôle les bords de l’allée. Ça y est, je passe sous le saule, encore un demi-tour et j’y serai presque.

Oh là là ! Ça s’emballe, ça penche, ah cette roue, pourquoi elle tourne ? Zut ! Le massif de fleurs ! Je suis plein de terre et ma mémé, elle ne rigole pas. À oui, il y a des tiges cassées. Elle n’aime pas quand j’abîme ses fleurs ma mémé. Ah, ce n’est pas grave, on les mettra dans un vase. Moi aussi, je me suis égratigné les genoux, ça saigne, mais juste un peu.

– C’est le métier qui rentre ! Qu’elle me dit ma mémé pour me consoler.

Allez, il faut que je m’applique pour me faire pardonner. Je repars, mains sur le guidon, pied sur la pédale, un, deux, trois tours de manivelle, le vélo roule tout seul.

– Regarde devant ! Regarde devant !

Le vent me caresse le visage, c’est agréable, c’est vrai que quand on regarde devant, c’est plus facile, je reste bien dans l’allée. Oh là là, déjà un demi-tour, et mémé n’est plus derrière moi.

– Regarde devant ! Regarde devant !

Oui, je passe sous le saule ! Et maintenant c’est presque tout droit. Là-bas, je vois mémé, elle m’attend. Je fonce vers elle, fier de mon exploit ! Ça y est, j’y suis ! J’ai fait un tour tout seul ! Ah, mais le frein, il marche comment ? Tant pis, boum dans la pelouse pour m’arrêter, et un nouveau roulé-boulé.

Ma mémé, elle a un grand sourire et moi, je suis content, car cette année, le père noël va pouvoir m’apporter un vélo rouge tout neuf !

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Kyou · il y a
toute autre ambiance que "quelle crise"!...et j'aime mieux ce texte qui sent bon l'enfance!
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Gaspard Bonhomme · il y a
Et oui, pourtant ce texte a été refusé par le comité de lecture.
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Kyou · il y a
je me demande bien pourquoi, quand je le compare à certains autres!
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Bisaigue12 · il y a
dire qu'on avait pas demandé si ta grand-mère faisait du vélo! quel sens de l'équilibre !
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