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A travers la brume

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Maakha

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Il y a des ombres de sang. Des formes sombres dominant ma vision. J’ai cette sensation de tout pouvoir. Je n’ai plus cette exubérante arrogance. Ce masque de mes peurs inavouables. L’humilité est de mise en ces lieux sans repère. Je suis comme libéré des prisons de contraintes qui cloisonnent l’existence. Mon corps, véhicule de mon âme, n’est plus ce lourd fardeau de chair, d’os et de fluide. Il ne subit nulle contrainte, je ne fournis aucun effort pour me mouvoir. Il est pour peu de temps encore l’indispensable vecteur de mon salut. J’avance vers le gris, vers ce flot qui brouille les sens. Il me semble possible de toucher l’horizon pourtant invisible. Mon voyage passe par ces falaises de volutes légères. Ondulations hypnotiques qui prennent vie au moindre souffle. J’en ai connu des brouillards insondables au milieu des mers gelées. Les relents opaques et pestilentiels des marécages gluants. Les avalanches cotonneuses courant sur les flans escarpés et qui isolent le voyageur solitaire dans une étreinte glacée. Mais rien ne se compare à la Brume.
Le chao, le tumulte, les cris, la rage des étreintes métalliques, les hurlements des chairs qui se déchirent tout ce qui faisait ma vie, tout cela s’estompe dans ce cocon de quiétude. Le sang nourricier des champs de bataille ne s’écoule plus de la plaie béante qui déchire mes flancs. Mes ultimes douleurs s’évaporent au milieu de ces flots de grisaille sans limite. On m’attend. Par delà cette paroi qui dissimule. On se prépare à ma venue. Je le sais. J’y consens. Je n’ai plus peur. Alors j’avance. Même sans repère, j’avance.
Je crois déceler un visage dans les flots d’air chargé. Celui de mes peines. Celui de ma haine. Celui de ma mère. Je n’ai jamais pleuré sa mort, bien au contraire. Mais à cet instant où ma main frôle les contours de brume de ce masque du passé je me sens emplis d’humilité et de pardon. Mais les traits s’estompent dans un souffle apaisant. Comme des ombres que l’on modèle apparaissent d’autres fantômes de frustration. Mon épouse et mon fils le plus jeune disparus dans les flammes de ma demeure incendiée par une tribu revancharde. Bien sur le sang de leurs bourreaux a teinté les lames de mes coteaux. Mais je confesse avoir refoulé le vide qu’ils ont laissé et qui à présent me submerge. Je dois accepter la vérité des émotions trop longtemps refoulées par les conventions tribales où elles passent pour de honteuses faiblesses.
J’avance.
Un passage se forme. Un tunnel au mur ondulant. Les regards des grands guerriers du passé m’enveloppent comme un encouragement à les rejoindre. La brume se referme derrière mes pas. Et bientôt se dessine les contours de la porte aux inconcevables proportions.Ce n’était qu’un passage, une étape. Je sais inutile mon geste mais je lance un ultime regard par dessus mon épaule. La brume frontière de la vie et du salut limite ma vision. J’y laisse mes regrets, mes hontes et mes erreurs. Je largue ce leste corrosif pour continuer plus léger. Les portent s’entrebâillent. Je suis accepté parmi les braves. Mon glaive à la main comme un étendard je gravis ces marches célestes. Bientôt je serais en toi, Walhalla.
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