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A travers la barrière

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Mikael Eon

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A travers la barrière, entre les vrilles des fleurs, je pouvais le voir frapper. La voiture de Jack n’était pas dans l’allée. J’avais parcouru à pieds les quelques deux kilomètres depuis le village. Pour marcher.

Il balança une main large ouverte, et je la vis qui vacillait. Elle saignait, les yeux agrandis, pas de peur mais de rage. Elle gueulait. Son nez saignait.

Pour atteindre la maison sans être vu j’ai dû m’allonger, ramper. Une moto reposait sur ses béquilles derrière la haie. Maintenant je l’entendais.

- J’en sais rien je vous dis, tirez vous !

- Tais toi....

- Non, fous le camp, et ton adjoint minus aussi, fous le camp.

- Pas avant

- Merde si je ne sais rien je ne sais rien.

Elle s’affala, j’entendis une chaise ou un fauteuil tomber.

- Lâche moi petit con.

Saint Cézaire, c’était son idéal. Avec la baie de Cannes et la baie de Saint Tropez à l’horizon lorsque le ciel est dégagé. Oui Jack avait bien choisi son coin, les oliviers, le silence. Une bastide en ruine remontée pierre à pierre. Pour l’isolement, la méditation, le parfum des mimosas, c’était bien l’idéal en effet.

Je me suis accroupi dans la caillasse. Assez près.

Il ne ressemblait pas à un joueur des Springbok. Elle était à genoux, s’essuyait le nez d’une main, et de l’autre s’appuyait au mur pour se relever. Il tenait son rasoir à l’horizontale, coude au corps.

- Accouche et on barre.

Elle n’a pas répondu. Elle fichait son regard, comme pour le détruire, sur le type au rasoir. Un petit brun. Je la vis esquisser un pas en arrière contre le mur. Il avait avancé sa lame et lui empauma le cou de sa main libre.

- Alors merde ?

Elle ne dit pas un mot. Le rasoir trancha une bretelle de sa robe.

- Allez vas y qu’est-ce que tu peux faire ?

Elle se taisait. Repousser un danseur éméché qui serre de trop près, rien de sorcier. Là pas de marin en bamboche, plutôt un barbier almoravide.

- Il y a ton môme là haut, alors tu vois.

Il fit sauter l’autre bretelle de la robe. Elle retenait le tissus. Son nez coulait toujours. Elle inclina la tête en arrière, longtemps. Longtemps elle garda la tête levée vers le plafond lambrissé.

Puis d’une détente et en un seul mouvement elle lança ses deux poings en crachant à la gueule du type une bouillie de salive sanguinolente. Elle tenta de s’enfuir, s’empêtra dans sa robe et tomba dur une nouvelle fois.

- Debout !

Il lui donnait des coups de pied. Il agrippa ses cheveux et la fit se lever. Elle pleurait.

- Mais je ne sais rien, merde, je ne sais rien.

Elle pleurait, prise de soubresauts, éperdue d’angoisse, aux trois quarts nue. Il maintenait la lame près du cou sous le menton.

Il devait se demander si oui ou non elle avait vraiment assez de cran pour résister ou si elle ne savait rien.

Il lui saisit un sein et en vrilla la pointe. Elle se mordit les lèvres en hurlant dents serrées. Son regard s’était porté sur l’escalier. Elle voulait éviter de trop affoler son gamin.

Le type abaissa le rasoir vers la fleur du sein qu’il tournait toujours et prit l’air interrogateur. Elle lâcha un fleuve de sanglots, une infinie débâcle de terreur et d’impuissance, et son ventre tressautait.

Le type la gifla en aller retour, lui écrasa la bouche de la main et traça une ligne rouge sur la peau, toute fine, du nombril au sternum, une éraflure.

Elle ouvrit la bouche sans émettre un son. Il la regardait d’une autre manière. Toute l’arrogance de Lisbeth avait fondu. Il savait.

Il coupa au rasoir les deux côtés de sa culotte et approcha la lame qu’elle ne cherchait même pas à éviter. Elle haletait, le regard fixe la peau du visage tendue comme on voit celle des folles en extase, des amoureuses perdues de plaisir, ou des femmes qui accouchent.

Il ouvrit le bouton de son jean et se débraguetta.

- Dis tout de suite ou j’appelle ton fils pour qu’il voie un peu. Tu notes que je ne l’ai pas encore touché hein ?

Lisbeth marmonna en remuant la tête.

Alors il remonta le rasoir vers son cou et se serra contre elle en gueulant vers l’escalier : « fais descendre le môme ! »

Je m’élançai contre la porte dont le battant n’avait pas été fermé. La surprise le fit se retourner. Lisbeth bondit. Je frappai du pied le poignet qui tenait le rasoir.

L’adjoint minus apeuré descendait l’escalier tenant le fils de Jack en manière de bouclier. Il fit marche arrière dés que je me dirigeai vers lui. Pendant que je le maitrisai Lisbeth s’occupait de son agresseur que j’avais laissé allongé assommé ou très abasourdi.

- Des amateurs Lisbeth !

J’ai appelé la police. Voilà à peu près tout ce que j’ai raconté aux flics.

Maintenant la maison de Saint Cézaire est fermée. Les types sont peut-être encore en prison, ça n’est pas sûr. Lisbeth a été jugée, et même si elle a été acquittée on conservera d’elle le souvenir d’une femme qui a émasculé un arabe avec les dents.

J’ai laissé s’écouler quelques semaines avant de venir chercher les dix lingots que j’avais planqué avec Jack. Il avait choisi des fourgues à la manque, et si maintenant il a cédé sa chair aux poissons, de mon coté aujourd’hui je ne suis pas à plaindre.

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Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
J'aime ce texte si bien écrit! Bravo! Mon vote!
Je vous invite à venir voir et apprécier mon “Été en flammes” si le cœur
vous en dit, merci d’avance!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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