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À travers la baignoire

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Francesca Fa

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Attention ! Il convient de prendre une grande inspiration... et de plonger et de lire à toute vitesse jusqu'au dernier mot sans respirer pas même un quart de seconde... Un deux trois, prêt ? Partez


Je me tenais debout sur la jambe gauche lavant le dernier pied le droit donc de la dernière personne qui devait jamais se laver dans cette baignoire quand je sentis en même temps que vis le fond se creuser se tendre sous mon poids pour assez vite s’effondrer m’emportant mal rincé de mon savon glycériné qui aida beaucoup à me propulser au cœur du tourbillon plus cyclonique que nature et dont le fond touchait m’y faisant atterrir un champ mais un vrai champ d’yeux grands ouverts dont les cils gracieusement perlés battaient au rythme des Leçons de Ténèbres de François Couperin allez savoir pourquoi mais pourquoi pas puisqu’il avait été mon maître lorsque j’apprenais le clavecin et que j’avais justement songé à mettre le CD avant de passer à la douche et avais dû y renoncer étant assez pressé et même disons-le foutûment à la bourre si l’on considère que pour aller de chez moi à pied car le métro est en travaux ah tiens y’ avait longtemps au café des zieubleus où j’avais rendez-vous avec Aurélie à onze heures moins douze il me fallait à peu près quarante-sept minutes et qu’il était moins trente-deux il est évident encore à présent que j’étais grillé absolument grillé et que l’Aurélie Jolie jamais elle me le pardonnerait pour la bonne raison que je devais lui rapporter son violon qu’elle avait oublié chez moi un après-midi où enfin bon vous me comprenez et qu’elle filait direct à sa répète ensuite pour la générale fixée au soir même à laquelle elle m’avait prié d’assister vous pensez comme j’étais content et tout et tout et voilà patatras le retard ne suffisant pas la baignoire s’y était mise et je me retrouvais au beau milieu d’un immense champ d’yeux qui faisaient comme des baisers de papillons avec leurs grands cils battus si bien que finalement ça n’était pas désagréable et qu’on avait même envie d’y passer un moment parce que des baisers de papillons géants c’était plein de chatouillis partout encore qu’on était un peu gêné d’être tout nu mais ce n’était pas le vrai problème le vrai problème c’était que je ne trouvais pas de panneau sortie et que le retard vu que j’avais laissé ma montre sur le bord du lavabo je ne savais pas de combien il était mais c’était clair qu’il était giga et que mon Aurélie elle n’aurait jamais son violon à temps si bien qu’elle aurait une excellente raison d’être fâchée à mort et que je ne devais plus espérer l’accompagner à son concert auquel d’ailleurs je commençais à entrevoir que je n’arriverais pas même pour les dernières mesures pas même pour les applaudissements et qu’à des concerts je n’irais plus jamais vu que je sentais soudain mes yeux s’agrandir s’agrandir s’agrandir et si lourds parce que tellement agrandis ils s’affaissaient oui oui ils s’inclinaient se coulaient vers le sol qu’ils atteignaient enfin avec leur taille définitive et que le reste de mon corps qui ne pouvait plus les supporter s’enfonçait à son tour sous le tapis d’herbes qui invitait mes yeux à s’allonger dans autant de confort qu’il leur plaisait c’était drôle il n’y en avait que pour eux tous les autres yeux battaient de plus en plus vite plus rien à voir avec Couperin plus de mesure ni rien ils applaudissaient si bien que mes yeux vous voulez savoir ce qu’ils ont fait à ce moment-là mes yeux eh bien ils se sont mis à se fermer puis à s’ouvrir lentement coquettement le genre regardez-nous bien nous sommes les petits derniers comment nous trouvez-vous pas mal hein oh là là le malaise c’était hier et depuis je ne suis plus qu’une paire d’yeux aux cils perlés mais je ne sais plus s’il s’agit de rosée ou de larmes et il ne me reste qu’un espoir c’est qu’Aurélie traverse sa baignoire au plus vite comme ça je pourrai lui expliquer pour son violon et puis et puis enfin bon on se fera enfin si elle veut bien des baisers de papillon mais elle voudra sûrement parce qu’à part ça je ne vois vraiment pas ce qu’on peut faire ici c’est mortel.

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Dolotarasse · il y a
Glouglou... cela se lit bien quand même d'une traite !
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Francesca Fa · il y a
ça ne m'étonne pas de toi Dolo, brava ! et encore merci de ton intérêt pour mes textes !
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Guy Bellinger · il y a
Bien obéissant j'ai lu tout d'une traite que ça m'en fait une de plus à payer cette glissade que le héros aurait préféré sémantique plutôt que de s'apothéoser en chute qui me rappelle celle de reins de Valentine dans la baignoire en me disant que quand on écrit des trucs aussi déjantés on doit aussi peut-être bien pouvoir apprécier le texte barré que j'ai écrit et qui s'appelle "Encore une petite partie" (http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/encore-une-petite-partie). Et plouf ! Et bing !
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Francesca Fa · il y a
Je prends ma baignoire la plus rapide et je file pour Encore une petite partie ... Merci Guy et bravo pour ce commentaire qui me plaît beaucoup
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Brocéliande · il y a
Fort étonnant original et.....ravie d'avoir croisé vos lignes et votre univers ...ne lâchez pas la plume ...
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Francesca Fa · il y a
Merci Brocéliande, j'aime aussi beaucoup votre univers ... à bientôt
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