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À toi qui rêve encore...

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Florianebh

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À la Lune il parlait, dans l’air folâtrant dans ses poils on pouvait percevoir la finesse des intentions, les fils des étoiles et de leurs amours galactiques, électriques ou peut-être aqueuses, de cet air qui est chargé de vapeur quand la chaleur s’empare des cœurs.
Mais le plus important est qu’il parlait, il la regardait, elle était plantée sur la plus haute branche du plus bel arbre qui soit en cet instant. Elle respirait avec tout ce qui bougeait pour soulever ou faire écouler la vie dans un mouvement lent et frénétique, dans une danse qui, discrètement, effaçait toute trace d’avant pour ne faire percer que le futur et l’idée d’une vie à raconter.
Il entrouvrait sa bouche, la refermait, il soufflait et l’air en brume s’élevait comme pour démontrer la ferveur de son brûlant discours, d’amour ? D’espoir ? Tout bruissait pour l’accompagner, la musique même des craquements du vent dans les bois, dans les épines, dans les plumes, les pelages, tous ces détails s’alliaient pour qu’hypnotique et puissant son message et le nôtre soient portés.
Aucun son ne sortait de sa bouche et finalement, c’était le plus troublant, car on l’entendait, mais pas comme on s’y entendrait pour cela.
Les mots sous formes d’images se dessinaient dans l’haleine cristallisée et suffisamment légère pour monter comme sur un pont de corde lancé vers là-haut. Pont qui s’élancerait pour retomber et lierai les deux éléments qui, se croisant enfanteraient les images de cette pensée.
J’ai vu monter coquelicots, agneaux, lierres et rivières en ruisseau, mais pas une fois je n’ai compris d’où ils venaient, jamais ils ne les avaient fréquentés, jamais il n’y était allé, pourquoi alors nous le dessiner ?
Une âme se serait insinuée dans ce corps qui au clair de la cime suppliait ? Cet être dont les crocs, dont les ailes, dont le sang salissant, coulant, chaud de la vie des châteaux désenchantés réanimés, dont les coups de cœurs avaient été autant de coups de tambour, autant de danses effrénées avant que le prochain glas ne sonne. Un battement pour une battue, un changement pour une bataille perdue, une perte attendue pour un souvenir gagné... À chaque foulée il avait grandi et sans pitié on l’avait décrit, décrié il était, aux pupilles acérées, à la panse démesurée, à la couronne sans effets ni majesté mais aux allures de divinité.
Tous ils s’asseyaient, par le passé, pour le chanter, le penser, le panser par leurs mots, leurs vœux qui à son endroit devaient le percer mais qui ne faisaient que le renforcer. En lui tout avait été mis, les enfants, les brutes, les chétifs à dévorer, les méchants à étriper, tous à entendre gargouiller car tous ils n’étaient les fleurs de personnes et qu’aux orties on préférait les lancer.
Mais en cette soirée il n’avait plus personnes à écouter gargouiller, il ne pouvait plus voir que l’envers de la peau tannée, la peau des années, ridée puis tirée, dessinée par les pages de légendes et de magies, d’alchimie, de sciences réitérées et renommées.
Mais il était fatigué, personne pour le chasser, personne pour penser encore à sa portée, quelqu’un pour l’appeler, le chanter, le médire, l’accuser... Cela n’était plus du goût de la sauce servie dans les forêts qui doucement se déracinaient, s’envolaient. Qui le remplaçerait ?
Qui étaient encore de la magie qui le constituait ?
Il allait les rejoindre et il le savait, il avait choisi cette nuit car tous les deux, sous nos latitudes, avec nos lassitudes, nous avions consignés, cosignés, de ne pas nous laisser effacer sans rien dire. Moi je l’ignorais, mais lui le savait, et puis nous étions, nous sommes si peu encore, à pouvoir l’apercevoir, quand on cherche un autre lieu pour s’évanouir, pour rêver, pour nous laisser couler pesamment entre les doigts du temps.
Je ne sais pas pourquoi, mais ce soir-là, de mon perchoir à breloques, baldaquins ouverts et bougies éteintes, cils écartés pour m’orienter dans une mer de possibilités, à côté du corps chaud et tant aimé, je l’ai vu... Puis il a disparu. Mais ici il demeurera et si vous en parlez, si vous l’imaginez, si vous lui donnez encore une histoire, il renaîtra.
Il n’y a pas que le phénix qui en renait...
Il n’avait pas besoin de dire ou d’écrire qui il était, je le savais, pour celui qui le veut il peut le deviner. Il s’est tourné, d’un demi degré, mais ce fut un grand écart après un tel arrêt... Il m’a croisé, je l’aurais serré...
Mais ailleurs il s’était appelé...
Chimère...
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