A ses côtés

il y a
1 min
49
lectures
1

Assise au bord de la page blanche, depuis l'enfance, pour y souffler mes mots, les faire couler entre pleins et déliés, leur donner vie, pour me soulager... L'écriture, un rendez-vous entre soi  [+]

Je marche jusqu'à l'arrêt du tram. Décembre me saisit au visage dans sa morsure du soir. Comme une gifle.
Je sens mes joues vivantes, sous le feu de l'air glacial. Mes jambes aussi.

Je marche, je respire et je veux le savoir, me le redire encore.
Je l'ai laissée là-haut, dans sa chambre du 9ème étage. Son souffle était plus apaisé qu'hier soir. Elle a réclamé un calmant pour la nuit, pour s'endormir moins angoissée. Elle a peur de mourir étouffée m'a-t-elle dit, de manquer d'air pendant son sommeil. Elle en fait des cauchemars. J'ai été touchée par sa petite voix pour me dire ça, comme une petite fille qui avoue ses craintes à sa maman. Je lui ai pris la main pour la rassurer, je lui ai parlé doucement. Et à cet instant, je ne savais plus bien qui était la mère et qui était la fille.
Je l'ai regardée dans son lit, plus petite qu'autrefois, amaigrie, affaiblie. Elle s'est mise de côté pour s'endormir, toute recroquevillée dans la position du fœtus, en tenant un angle de drap comme le font beaucoup d'enfants. Elle m'a paru minuscule et vulnérable. Une "petite chose" confiée à une équipe médicale. Je n'ai pu m'empêcher de repenser à la femme qu'elle a été, grande et forte, solide, rassurante. Qu'on pouvait craindre aussi par son autorité. Aujourd'hui, c'est elle que l'on gronde si elle n'a bien mangé ou si elle crie la nuit.
L'heure de fin des visites était dépassée. J'ai du me résoudre à quitter sa chambre. Avec un pincement au cœur.

Je m'installe dans le tram. Il est presque vide à cette heure tardive. Il glisse, rapide dans les rues qui l'avalent. Je regarde les immeubles qui défilent, avec leurs fenêtres éclairées. Derrière elles, des gens, des couples, des familles au chaud dans leur intimité.
Je regagne la mienne, dans mon havre de paix, juste un peu fatiguée d'avoir pris vingt ans en quelques heures.
Mais la vie se faufile et bat dans mon corps en pleine santé et c'est un cadeau que j'emporte dans mon nid.
Demain, je serai de nouveau à ses côtés, pour lui souffler ma force, sa main dans la mienne.
1
1

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !