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À portée de mains

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Pauline Eirwen

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L’impact des gouttes sur le métal formait une musique de plus en plus lente que plus personne ne pouvait écouter.
La belle est morte et avec elle toutes les nuances de vert qui habitaient encore ses yeux quelques heures plus tôt. Ne reste que son sang qui s’écoule, qui s’échappe, qui la fuit comme si sa dépouille avait constitué la chose la plus effrayante qui soit, mais qu’il ne craignait plus rien à présent.
Pourtant, il n’y a pas grand-chose à voir à cet endroit. Juste une flaque sombre et quelques petites éclaboussures du liquide à la surface brillante et à l’épaisseur écœurante. Même le chat Tere, qui tourne autour n’en a pas encore repéré l’origine...
Et pourtant il a de l’expérience le matou, des années qu’il lui rend visite, qu’elle le nourrit mais qu’il repart chaque soir dans les profondeurs bleutées des nuits de Californie.
Mais cette fois il ne flaire rien, si ce n’est que son habituelle assiette remplie de croquettes et recouverte d’huile de noix n’est pas à sa place. Tere est contrarié, il tourne, il vire mais en bon chat délicat malgré les apparences, à aucun moment il ne touche le sang qui commence déjà, sur certains bords à sécher.
Pourtant, cette odeur lui dit quelque chose, il la reconnaît. La mort est passée par ici et Tere comprend vite qu’il devra trouver une autre maison où se ravitailler. Aussi, presque boudeur mais toujours soupçonneux, le félin s’éloigne t-il en ondulant de la queue...
Mauvaise soirée.
En repartant, Tere franchit le seuil de la porte fenêtre toujours ouverte pour lui à cette heure-ci et se dirige vers les buissons qui entourent la maison sous l’unique œil hideux de son ancienne maîtresse.

Ce que Tere n’a pas trouvé ce sont les restes de la belle jeune femme qui le matin même étendait encore un linge impeccable dans le jardin, sa peau dorée sous le soleil.
Il faut dire que ce n’est pas elle qu’il cherchait mais son assiette, qu’il n’a d’ailleurs pas trouvée, faute du temps nécessaire pour avoir été préparée.

Pourtant Lee, en fait ce qu’il reste d’elle, attend mollement dans un coin de la pièce d’être découverte pour retrouver un semblant de dignité et espérer reposer en paix.

L’appartement de Lee est petit mais propre et bien agencé, de ce fait il existe peu d’espaces vides ou la jeune femme aurait pu se cacher, et même si ça avait été le cas, rien n’aurait pu la protéger de l’acharnement auquel elle avait du faire face plus tôt dans la soirée.

Un peu avant l’arrivée de Tere une douce odeur de sauce bolognaise flottait dans l’air chaud et paisible, elle mijotait depuis un moment déjà.
Légèrement vêtue sous les 28°qu’affichait encore le thermomètre accroché au mur, son débardeur lui collait à la peau à cause de la vapeur qui s’échappait de la casserole. Lee le sentait plaqué dans son dos et voyait bien les petites gouttes de sueur qui coulaient entre ses seins libres de toute entrave. Un short en jean élimé complétait cette tenue portée pieds nus. Un vieil air de George Michael dansait autour d’elle et elle se dit que finalement la soirée ne s’annonçait pas si mauvaise.

Alors que la jeune célibataire remuait sa préparation à l’aide d’une cuillère en bois qu’elle tenait de sa mère, « Jesus to a Child » mourut lentement sur la stéréo.
Il lui fallu quelques secondes pour s’en rendre compte et cette anomalie lui fit froncer les sourcils. Comment une chanson pouvait-elle ainsi s’évanouir alors que la chaîne était toujours branchée à sa prise ? En s’approchant un peu plus, elle pu avec une surprise prolongée déjà des prémices de la peur, constater que le bouton du volume était « simplement » placé sur le minimum.
D’une main hésitante elle le tourna dans l’autre sens. Celui-ci fonctionnait parfaitement bien. La voix de George reprit ses notes. Et Lee retourna à sa cuisine, du moins ce fut son intention.

À mi-chemin entre la petite salle à manger et le plan de travail, tout prêt des étagères remplies de romans noirs, une force herculéenne vient la frapper en plein visage et la mettre au sol. Sous l’effet du choc plusieurs dents de devant volèrent et la lèvre supérieure éclatât inondant le joli visage d’un sang encore rouge vif.
Complètement sonnée, Lee le regardait couler sur sa poitrine et se faufiler entre ses jolis seins dorés, là où plus tôt la transpiration glissait beaucoup plus discrètement. Ce flot là n’avait rien de discret, à tel point qu’on on aurait cru que Lee perdait tout son sang, son haut déjà largement imprégné.
Malgré tout et en se disant que la sauce bolognaise n’aurait dans son esprit plus jamais le même goût, Lee s’était relevée pour voir, trouver un miroir, découvrir l’ampleur des dégâts, savoir si vraiment, elle était gravement blessée.
Debout devant son psyché, la belle se disait qu’elle était défigurée et que plus jamais elle n’aurait le plaisir de sourire à la vie comme avant. Elle ne savait pas encore à quel point elle disait vrai.

Dans son affolement, le cœur battant, Lee n’avait même pas songé à la cause de son agression, à ce qui, ou celui qui avait pu entrer si discrètement chez elle et la blesser si vite et à ce point.
Devant son miroir, Lee avait également remarqué que le soir était tombé dehors. Le magnifique soleil du jour n’était presque plus et le crépuscule envahissait chaque recoin de l’appartement. Recouverte de son propre sang, elle avait frissonné puis elle l’avait aperçu.

Avant qu’elle n’ait pu tenter le moindre mouvement ni émettre le plus petit son, il avait utilisé ce qu’elle avait pris pour un taser afin de l’immobiliser. Lee se trouvait donc toujours debout, presque nue, face à son reflet abîmé, un homme immense au cheveux longs si près de son dos qu’elle pouvait en sentir la chaleur.
Incapable de bouger elle ne pouvait pas non plus lâcher les yeux qu’elle apercevait au dessus de ses cheveux. Elle les implorait du regard, faisait passer toutes les émotions qu’elle ressentait à travers ses magnifiques prunelles vertes dans l’espoir qu’elle savait stupide, de peut-être changer l’avenir.

Malheureusement pour Lee il aimait ça. Il la regardait et appréciait le spectacle de son impuissance tout pressant une main trop large et trop forte sous le tee-shirt, entre les seins, dans le sang.
Elle était à lui, il le savait personne ne viendrait. Elle ne préviendrait personne non plus, il avait donc tout son temps même s’il ne le prendrai pas.

Après quelques instants Lee distingue l’étincelle éphémère d’un couteau dans l’éclairage doux de son intérieur.
Malgré toute la volonté dont elle fait preuve, il la maintient toujours. Pour elle rien n’est possible sinon assister à son supplice comme le ferait la spectatrice d’une scène qui ne voudrait pas vraiment savoir.
Puis la douleur vient, de tous côtés partout en même temps. La lame trace son chemin sur la peau bronzée, lacère, découpe, tranche et pénètre partout où elle peut.
Entre chaque côte un coup de couteau, sur chaque pli du corps une entaille, le supplice n’en finit plus de durer dans un silence étourdissant des cris que Lee ne peut pas pousser.
Puis quand la finesse de la découpe le lasse, il se met à frapper. De toutes ses forces, de toute la haine qu’il a en lui et de tout le plaisir que l’acte lui procure. Il cogne tout ce qu’il peut, partout où il peut atteindre le corps de Lee et bientôt, elle n’est plus qu’un tas de chairs saignantes et meurtries. Le reste des dents y passe ainsi que l’œil droit, que personne ne retrouvera.
Le corps de Lee est à présent tellement informe, tellement poisseux de plaies et de sang que lorsque d’un geste rageur il l’envoie valser loin derrière lui en partant sans même se retourner sur ce qu’il vient de faire, les membres en partie disloqués viennent retomber sur la grande table qui occupe presque toute la place de ce qui a été, un charmant petit appartement.
C’est de là que l’impact des gouttes sur le métal finira par intriguer le chat...

PRIX

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Arlo · il y a
A L'AIR DU TEMPS d' Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.
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Remy Le Moigne · il y a
J'avais oublier de voter!!!!!Maintenant c'est fait, encore bravo !!!
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Pauline Eirwen · il y a
Merci beaucoup Rémy. Je n'ai pas été sélectionnée, mais pour un premier essai ce n'était pas forcément le but visé. Par contre j'ai eu beaucoup plus de bons retours que je ne l'aurais cru :)
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Pat Andco · il y a
Bravo
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Pauline Eirwen · il y a
Merci !
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Pauline Eirwen · il y a
Un grand merci ! Votre remarque me va droit au cœur !
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Sandrine Falzon · il y a
Bravo, texte hypnotique qui ne peut se lire que d'une seule traite tant on a hâte d'arriver au bout !!!!
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Chantane · il y a
cela fait froid dans le dos, bravo, mon vote
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Pauline Eirwen · il y a
Je vous remercie beaucoup, belle journée à vous :)
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Chantery Nithalom · il y a

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Pauline Eirwen · il y a
Merci pour votre vote : )
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Heiwa · il y a
Très bien écrit ! J'ai beaucoup aimé même si c'est carrément flippant!
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Pauline Eirwen · il y a
Merci beaucoup ! J'ai essayé de ne donner de cauchemars à personne ;)
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Dorothée Souvignet - Joy · il y a
Flippant! Bravo
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Pauline Eirwen · il y a
Merci ! Merci beaucoup, c'était un premier essai :)
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Arlo · il y a
Breuh!!!! Peur panique à la lecture de votre texte. But atteint. Bravo. Les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir son dernier poème " à l'air du temps" retenu pour le prix été poésie. Bon après-midi à vous
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Pauline Eirwen · il y a
Merci beaucoup ! J'irai lire votre poème avec plaisir.
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