A petit pas

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Je tente l'aventure de vous écrire quelques lignes, alors je vous laisse l'envie de me lire! Avec les mots et le cœur partageons ensemble de jolies histoires  [+]

Je marche le long du fleuve comme l’aiguille fait le tour de la pendule. Un pas devant l’autre, je marche en cadence. J’ai la tête dans la lune et j’aime ça. J’observe le moindre détail de ce qui m’entoure. L’oiseau posé sur la branche qui me fait de l’œil. La poubelle déborde, elle est remplie comme une oie qu’on aurait gavée. Elle me ramène a des questions politique et économique. Et ce cailloux qui s’est coincé sous ma semelle. Il grince contre le pavé. A chaque pas, il griffe le sol de son rebord aiguisé comme une lame de couteau. Tout en marchant, je respire un semblant d’air pur. Mes poumons se remplissent à leur guise et c’est déjà le principal. J’aurai peur d’un monde où on respire dans un masque ou pire encore dans une bulle. Mais ça, personne ne l’imagine. Pas même les grands pays industrialisés. L'air est pollué par ce besoin de production à tout va. Produire plus, pour consommer plus. Mais c’est supportable, on tolère , on accepte, tant qu’on arrive a respirer on ne dit rien.
Cet instant où je me promène au bord de la Seine me fait oublier le train-train quotidien. Tout ralenti, je prends le temps. Je n’ai pas de montre et mon téléphone au fond de ma poche ne me dictera pas ma journée. Non, pas aujourd’hui en tout cas. Il est là, à portée de main en cas d’urgence, mais il est éteint. Tout attendra demain. Fini pour aujourd’hui la bobologie de comptoir. C'est comme ça que je nommes les histoires des uns et des autres, les problèmes en tout genre qui n'en sont pas vraiment. Aujourd'hui, je suis devenue sourde de tout. Sauf du bruit que fait la terre quand elle tourne. Je n’entends que mes pas et ma respiration. C’est que je suis encore en vie. Il me reste encore un peu de mon cœur pour qu’il batte.
Au milieu de tous ces badots, je déambule. Dans cette foule je me sens seule. Je suis seule et pourtant se joue une musique dans ma tête. Je la fredonne avec ce que ma mémoire veut bien me donner comme note et comme rythme. Le flow s’installe et m'ambiance au fil de mes pas. Je danse de l’intérieur. Un balai s’invite dans ma tête et d’un coup, j’ai cette sensation de liberté qui se propage comme à l’époque de mes 7 ans où je me la jouais petit rat de l’opéra. Il est loin ce temps là, il s’en est passé des choses dans ma vie. Quand papa a quitté maman pour tata Lulu, c’était fini les cours de danse. Pour des raisons géographique on m a proposé l’équitation. C’est quand-même pas le même rêve, pas le mien en tout cas. Je n’ai pas trop aimé. Mais Bombonne je l’aimais bien. Elle était belle et si douce. Il y avait une sorte de sympathie entre nous. J’avais confiance en elle, mais rien de plus. Ce n’était pas de l’amour. C’était mon petit poney à moi pour une année.
Et puis mon petit frère est arrivé. Et là, plus rien. Maman n’avait dieu que pour lui. C’était sa nouvelle vie, comme elle disait. Il n’y avait plus le temps de rien. Et papa, lui il était loin. J’ai grandit dans une famille avec beaucoup d’argent mais finalement peu d’amour. Enfin une famille si on peut dire. Je n’ai jamais été proche de Joël, il a eu ses parents et moi j’ai eu sa mère et un beau père. Je ressens encore les coups sur ma peau. Cet homme qui devait être un second père, ressemblait lors de sa fin de vie, bien plus à un cadavre ambulant imbibé d’alcool qu'autre chose. Quelque chose avait vrillé dans sa tête. Lui, le brillant chef d’entreprise, il avait aussi bien fait couler son business que son corps et son esprit. A mes yeux il ne pourrait jamais remplacer mon père. Même si avec le temps mon géniteur était plus un homme argent de poche qu'un papa poule. Et pour cette mère je n’étais que le reflet de celui qui l’avait trahit. En sommes, je n’étais pas grand-chose dans leur vie. On me retenais par l'argent mais on négligeait mon âme. Ils sont morts, tous les trois sans exception, et les années sont passés.
Alors que je marche encore avec cette musique en tête, je pense à Rémi. Rémi m’a fait danser de nouveau il y a 44 ans. Une danse envoûtante, amoureuse, précieuse. Je nous y revois encore. Il avait ce beau costume que mettaient les jeunes hommes, il y a peu de temps encore. On s'était rencontré avec Rémi au mariage de Marie. Mais le jour où Marie a marié son fils, c’était tout autre chose. Les jeunes étaient en chemises bariolés, sans la cravate. Pour les plus proches du marié, le nœud papillon se refaisait une jeunesse. Elle était belle cette jeunesse insouciante. Qu’est-ce que j’aurai aimé voir mon fils Thibault à ce mariage. Qu’est ce que j’aurai donné pour les avoir lui et son père ce jour là à mes côtés. Avec Rémi nous n’avons eu qu’un seul enfant. Je lui ai donné la vie un jeudi matin dans les années 80. Il s’en est allé un jeudi en soirée. Et le mois suivant c’est Rémi qui partait. Et une partie de moi surtout . J’en serais morte de chagrin si ma raison n’avait pas pris le pas sur mon cœur.
Aujourd’hui je me retrouve seule au bord de la scène. J’avance tout doucement car l’aiguille de la pendule ralenti à mon âge, et elle n’est plus aussi joyeuse qu’avant. A pas discret, j'avance dans une vie qui m’a échappé. Plus j’avance et plus je m'approche des hommes que j’ai perdu. Et c’est d’ailleurs ma seule lueur d’espoir dans ce monde.
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