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À personne

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Paul

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C’est la fin du monde et pourtant j’ai envie d’écrire cette lettre sans savoir à qui l’envoyer, sans pouvoir la remettre à celui où vont mes pensées.
J’aimerais tant que tu la lises mon fils, toi mes yeux, mon cœur, ma raison de vivre mais nos destins sont liés. Nous allons subir le sort de nos congénères les humains ainsi que celui de la plupart de ce qui vit sur Terre. Cette fois la catastrophe annoncée n’est pas un canular. Depuis quelques jours les oiseaux ont disparu. Plus un chant, plus un sifflement, plus un piaillement dans ce qui reste des arbres et plantes de notre jardin qui dessèche sur pied. La puanteur, le relent pestilentiel des cadavres de poissons et mammifères échoués sur le littoral empeste l’air, pourtant nous habitons à cinq kilomètres du rivage. Les espèces s’éteignent une à une. Aucune ne résistera.

Aujourd’hui, tu as quand même voulu aller à l’école pour dire au revoir à tes copains. Je pleure des larmes de sang depuis que tu es parti. Je n’ai croisé que des gens hagards dans la rue en allant chercher quelque chose à manger chez l’épicier du coin. Il m’a donné une des dernières boîtes de conserve qui lui reste. J’ai bien dit donné. Il distribue ses produits depuis quelques jours. Les gens donnent tout mais personne ne veut plus rien prendre. Pourquoi faire ? disent-ils. Les plus affamés acceptent seulement de la nourriture pour attendre. La Terre a été traversée par de la matière noire invisible m’a dit l’épicier. On disait n’importe quoi pour annoncer la fin du monde. Des prophéties décrivant des catastrophes en tout genre avaient annoncées le pire mais à une seconde de l’horloge de l’apocalypse, la dommsday clock de l’université de Chicago, on ne peut pas savoir ce qui a provoqué l’effondrement subit et irréversible des écosystèmes terrestres. Des rumeurs racontent qu’il y a des suicides collectifs de la population dans certains pays mais comment vérifier, il n’y a plus aucune communication internationale qui fonctionnent et les avions ont désertés le ciel.

Reviens vite de l’école mon fils. Reviens vite pour que je te serre dans mes jusqu’à la dernière seconde pour traverser ensemble le miroir. Il y a encore tellement de choses que je dois te dire, tellement de conseils que je n’ai pas eu le temps de te donner. Je veux être avec toi, poussière parmi les poussières. Si nos âmes se tiennent par la main tu auras moins peur du noir tandis que l’accélération de la matière nous propulsera à travers la galaxie, vers l’infini dans le vide de l’univers. Tu auras moins peur avec moi pour affronter le cosmos sans toit ni plancher. L’essentiel est invisible pour les yeux disait le Petit Prince de Saint Exupéry. Nous allons peut-être le découvrir et faire un beau voyage. Nous ferons attention de ne pas tomber dans un trou noir. On ne revient pas d’un trou noir.

Reviens vite de l’école mon fils, c’est la fin du monde, mais on part ensemble.
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Paul · il y a
Merci, ça fait peur, demain fait peur, le covid-19 m'a un peu détruit. Mon fils est dans la nasse coincé en France pour ses études. Il me manque, je vis à Nouméa (fin loin !)
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Sylvie Talant · il y a
Ce récit catastrophe fait froid dans le dos. Le ressenti du narrateur est bien communiqué.

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