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A nos espoirs

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Gaiashort

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Le temps d'une chanson, ma vie a basculé.

Basculé.

Le mot me renvoie à mon enfance. Cheval à bascule dans un coin de ma chambre.

C’était le 11 Juillet 1969.

La chanson en question, Space Oddity, par un jusque-là inconnu, une certain David Bowie, comme un ovni a atterri dans ma vie.
Un ovni, oui, mi-perroquet coloré, mi-alien, ni homme, ni femme.
La bande-son de ma génération. Nous étions jeunes et naïfs. Nous pensions que nous pouvions refaire le monde. Mai 68.

Ma mère, Marie-Chantale, quand elle a entendu la chanson à la radio, dans notre petite Renault 12 TL rouge, m’a dit, et je me rappellerai toujours de ses paroles:
- Qui c’est ce gars qui ne sait pas chanter ?

Moi, je me suis tu. Emu. Abasourdi.

A partir de ce moment là, j’ai commencé à fréquenter les disquaires dans les environs de la Sorbonne, Crocodisc et compagnie. A chaque passage, je revenais les bras remplis de perles rares, Deep Purple, Cat Stevens, The Byrds, la liste continue.

Je suis tombé, la tête la première, dans le monde de la musique.
Je ne parlais pas à cette époque. J’avais décidé que le monde aller finir, et il n’y avait plus rien à dire. Tout avait été dit auparavant. Pourquoi ajouter du bruit futile dans ce monde? La musique était ma seule consolation. Mon seul refuge. Mon seul langage. De l’extérieur je devais sembler une pierre sèche et exsangue. A l’intérieur, tout fourmillait d’émotions brulantes et en attente d’éruption comme le monde a l’extérieur qui semblait sur le bord d’une révolution permanente. Le Vietnam, la Guerre Froide, les hôtages en Iran.

C’est drôle comme la mode change, un pantalon se rallonge, puis raccourcit, puis s’évase, puis se resserre. Une coupe passe d’ébouriffée à soigneusement laquée sur le côté, à frisée, à rasée. Chaque variation le signe visible d’une époque. Cela me fait rire quand je vois des jeunes gens nostalgiques, qui sont restés bloqués dans les années 50, 60, 70 ou 80. Comme les modes retournent et puis repassent. En ce moment, c’est les 90’s, le grunge qui re-surface. J’étais déjà adulte dans les 90’s. Nirvana m’a laissé en froid.

Maintenant je suis vieux. Les jeunes me laissent leur place dans le métro (parfois). Mais dans mes écouteurs - si seulement ils savaient - raisonnent les hauts et les bas de Jimmy Hendrix, des Stones, Leonard Cohen et les Beach Boys. Ah si seulement ils savaient. Alors oui, je suis nostalgique du temps qui passe et des années qui se raccourcissent. Le soleil s’éteint sur les années de ma jeunesse, et le court instant d’une chanson, c’est comme si le temps s’arrêtait, en suspension, comme si les rides aux coins des yeux, les cheveux poivres et sels, s’effaçaient miraculeusement. Et que revenait les épatantes années de ma jeunesse.

Ah jeunesse!

Je ferme les yeux, et tous reviens.
Tout.
Et je suis heureux.
Je suis comblé.
J’ai vécu.
J’ai aimé.
Maintenant je suis prêt pour ce qui vient après.
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