À nos cris inaudibles

il y a
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Magnifiquement sombre, cette scène de vie et de mort est sublimée par une écriture poétique travaillée, torturée. Libre au lecteu

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J’écris pour tuer les mots mais ils reviennent toujours. Mon premier recueil "IN VIVARIUM" est disponible sur Bookelis.com, le second est en cours d'écriture. :) SHOP : debruvisso.com  [+]

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Dans ses haillons glacés, pourris par le soleil et le vent et la pluie, danse un épouvantail au milieu des ténèbres. Il a des dents en or, le bougre, longtemps après la mort il est ostentation ; il déverse, il exhibe. Sa chemise bat l'air comme un pavillon noir. Elle claque comme un fouet accablant ses esclaves.

Empalé sur un vieux manche de pelle, il semble encore creuser des sillons dans le sol. Il veut planter des graines dans sa tombe. C'est ce que font les vivants. Il penche, l'ivrogne unijambiste, on dirait bien qu'il va tomber. Sur sa carcasse, un vent s'acharne, plein de drache et de crachats. Dans les cieux colériques des tourbillons caressent des hurlements. Ça siffle gris, en résonnant dans ses oreilles de choux.

Dans un bruyant éclair, sa jambe se brise en le jetant à terre. Et le voilà qui tend ses bras, qu'il les plante dans le sol, en lançant leurs racines jusqu'au coeur du monde ; par elles, il boit le sang de la roche, comme un bouillon il slurpe la lave en ses tréfonds, et se relève. Il marche sur les mains. Ou plutôt il se traîne en tirant derrière lui des lambeaux de chemise et de passé. Il se met à grogner, puis pousse un cri strident, des oiseaux par milliers sortent de la saillie qu'il ouvre dans la terre et se jettent en tournoyant dans l'azur inondé.

Et le voilà qui pense, qui repense, qui ressasse. Dans les flammes de son cauchemar il retrouve de vagues silhouettes d'enfants, leurs rires méchants et leurs cailloux, les gens de la ville qui lui lancent son fumier dans la gueule, les galants qui se pâment, les rires méchants, les rires méchants, encore les rires méchants. Et sa brûlure est vive. Les feux de l'Enfer sont si bien ranimés que lui-même il s'enflamme ; en étouffant ses plaintes, il se consume, et avec lui ses souvenirs et son histoire. À l'aube un tas de cendres a pris sa place, et l'aube est son tombeau, et l'aube est son berceau.

Quelques matins plus tard, le soleil a séché tous les pleurs et le vent fait voler la poussière. Il s'échappe, il s'évade, il s'envole. En un million d'étoiles minuscules, il s'évapore. Il se disperse. Il est là dans les champs, il est là dans les eaux, dans les fleurs, dans les mers, dans les peaux. Avec les pissenlits, il envahit le monde. Et son histoire n'est oubliée que par les sourds, les sourds qui n'entendent pas en eux résonner sa douleur et qui pourtant la portent. Les sourds multipliés, chemises au vent et bientôt empalés sur de vieux manches de pelles.
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François B. · il y a
Beaucoup de rythme, beaucoup d'images ; un texte étonnant qui m'a beaucoup plu

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