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A l'oeuvre de Magdalena

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Lo Cipola

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Deux tours dans la serrure de la porte pour ouvrir. Il n'y a personne. Jude rentre chez lui, mais personne ne l'attend ce soir. C'est dommage car ce soir il est un peu abattu. Il aurait voulu poser sa tête sur une épaule.
Il laisse glisser son sac, sa veste, traîne ses chaussures derrière lui. Il s'affale sur le canapé et se laisse matraquer par les images télévisées. Les éclairs du tube cathodique l'éclaboussent de gouttes bleues acides. Pourtant Jude ne bouge pas. Il tire sur la couverture et tombe dans le fond des coussins. La lumière médiatique le couvre d'un pauvre éclair jaunâtre. Les yeux rivés aux constellations magnétiques du poste de télévision, il baisse les paupières et semble s'endormir. Les couleurs tournoient au rythme des programmes. Le stroboscope cathodique peint les murs en bleu, alternent, les couvre de rouge, de jaune. S'éteint et repart. Du bleu à en noyer les franges du canapé. Puis les murs se grisent, blanchissent et rejaillissent d'un jaune âcre. Il est là. Jude est là. Plongé dans cet arc-en-ciel fade et pisseux, poisseux.
Jude dort paisiblement, le drap molletonné remonté sur ses jambes. Il se recroqueville et prend ses épaules dans ses mains. Il tremble un peu. Toutes ces lumières l'ont refroidi. Il dort pourtant sans agitation. Le souffle régulier. Le visage froid. Ses mains tremblent.

C'est ainsi que Magdalena le trouve. Ses mains tremblent et ses yeux sont à demi ouverts. Elle l'embrasse sur ses lèvres sèches et trouble la fraîcheur de sa nuit. Ses yeux se referment et s'agitent sous ses paupières closes. Il fait battre ses cils et aperçoit du fond de son sommeil le corps nu de Magdalena. Les lumières verdâtres disparaissent.
Désormais le tube cathodique diffuse une douce lumière en demi-teinte. Le corps de Magdalena se peint en noir et blanc. La blancheur de ses seins rend à ce corps une rondeur exquise. Jude entr'aperçoit cette silhouette d'ombres et de lumières. Ses yeux flirtent sur la forme de sa croupe et se réfugie sous ses paupières pour ne plus apprécier que la douceur de ce corps enluné. Il suit ainsi toutes les courbes qui se dessinent sous ses doigts. Le creux de ses reins grisés ondule au rythme du dégradé. Du gris profond s'échappe de sa nuque et court en s'étiolant vers le haut de ses fesses. Les courbes blanches se mêlent aux traînées grises. Les teintes se cirent et s'éparpillent. La profondeur de la nuit les enfonce dans le noir le plus velouté. Ils y glissent, s'abandonnent. Un éclair jaillit. La pièce est blanche, immaculée.



Jude ouvre ses yeux et discerne à peine les chiffres rouges du radio-réveil. Malgré cela, il comprend vite qu'il doit, à travers tout ce brouillard, traverser la pièce et passer sous le jet matinal du réveil. A peine sec, un café jeté dans le fond de la gorge, il enjambe les escaliers et s'assoit enfin dans le bus. La nuit est si proche qu'il se sent encore moite. Mais Magdalena est déjà si loin qu'il croit l'avoir rêvée.
Comme une nymphe descendue des cieux, Magdalena s'enfuit dans les nuages gris du matin. Le ciel se colore au dessus de Jude. Il l'enveloppe doucement d'un grand voile de bleu sombre. Magdalena plane encore au dessus de lui. De longues traînées blanches suivent le chemin de Jude. Et puis le ciel s'éclaircit, la douce Magdalena s'évapore.
Le ciel se trouble, devient diaphane un court instant, et s'illumine soudain au loin. L'horizon, d'abord vitreux derrière les immeubles gris, jaunit et assombrit les tours. Les murs deviennent noirs. Ils laissent exploser la lumière derrière eux. Jude a les yeux brûlés. Il détourne vaguement le regard, mais cette lumière transperce ses paupières et échauffe son cœur.
Ses lèvres s'empourprent. Les palpitations le font trembler. Son cœur sursaute au rythme des faisceaux rouges. Sa poitrine tambourine. Il perd son souffle. Ses yeux s'injectent de sang et son visage blanchit. Asphyxié, Jude s'écroule.


Le corps encore humide, il s'éveille. Ses mains sont plongées dans l'herbe grasse. Complètement nu, il sent de tendres rayons lui sécher le corps. Il ouvre les yeux et découvre la prairie dans laquelle il dormait. Les fleurs des cerisiers ont éclos. Quelques pétales se détachent et viennent l'effleurer. Jude ne frisonne plus. Un rai de lumière se pose devant lui. Jude sourit.

PRIX

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Virgo34 · il y a
Un beau texte.
Je vous invite à aller découvrir mon sonnet dans ce même prix, côté poésie. Merci.

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Julie RV · il y a
Tu as écrit avec la perruque rose sur la tête toi!
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Lo Cipola · il y a
:pp
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Cyrano · il y a
J'ai vraiment aimé.
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Jfjs · il y a
dernière phrase Jude sourit. Simple et si efficace... comme j'aime ^^
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Line73 · il y a
Très beau texte.
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Topscher Nelly · il y a
Très joli texte très doux. Mes voix
Mon texte si vous le souhaitez :http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/je-te-promets-6

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Eka-los · il y a
Merci pour ce texte. J'ai aimé le dégradé des couleurs et le bel équilibre. Je vous suivrai avec plaisir.
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