À l'hospice des vieux

il y a
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Dans mon petit réacteur, des mots supraconducteurs en fusion. Disruption ! Et me voilà gonflée d'énergie :)  [+]

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L’odeur te saisit, elle te prend par surprise dès que tu pousses la porte. La première fois, tu la prends dans les narines comme un coup de poing. Tu marques un arrêt brutal, la refusant d’abord : tu respires par la bouche. Mais ta gorge se bloque. Alors tu cèdes. Quelque chose ici faisande, fermente, pourrit. Des vies se décomposent.

Comment une telle brutalité peut-elle venir d’une odeur aussi lente ?
Pour te pénétrer à grand fracas et ne pas te laisser le choix. Alors elle diffuse lentement, pour ne plus disparaître.

L’odeur du hall d’entrée de l’hospice des vieillards a le gris verdâtre des visages déjà morts, regroupés là, condamnés exemplaires offerts aux visiteurs. Fauteuils contre fauteuils. Têtes penchées vers le sol, bras inertes de figurants, épaules affaissées de vaincus, déjà dans le lent mouvement vers la terre.

Ce n’est pas l’odeur de vieux, un peu piquante et aigre, mais cirée de la maison de nos grands-parents. Ce n’est pas le parfum suranné d’un intérieur aux vieilles boites à biscuits en fer, aux moquettes chargées de poussière, aux fards à joues périmés. Ce n’est pas celui du repos, des lourds fauteuils moelleux et désuets, de l’édredon en plumes, usé mais douillet. Pas non plus l’arôme tenace du café chicorée réchauffé, ni celui du pain chargé d’humidité, rien de celui du feu de bois ranimé sur les braises tant que dure la vie.

C’est un effluve charognard, qui lacère et pille les vies, gobe les corps échoués que plus rien ne fera vibrer. Une odeur morne de requiem. Celle qui broie les individualités dans le grand charnier de l’Humanité.
C’est le dernier relent, peu glorieux et sans espoir. Le fumet de la capitulation.

Dans cette pestilence, sans doute mourrons-nous avec soulagement.

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RAC · il y a
C'est criant de vérité et j'en parlais encore hier avec un ami qui revenait de visite d'EHPAD... C'est dur, c'est sombre et il faut encore bosser sur le sujet pour trouver des solutions... Compliments pour votre plume.
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Tokamak · il y a
Merci pour votre commentaire 😊
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RAC · il y a
Avec plaisir ! A bientôt chez l'un ou chez l'autre...
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jusyfa *** Julien · il y a
Une triste réalité exprimée avec des mots cinglants,mes 5*****.
Je vous invite à lire " Ils ont tué l'amour " un poème en compétition du prix été.

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Nadine Gazonneau · il y a
Sujet délicat et d'une triste réalité.. +5. Permettez-moi de vous faire partager "en route exilés" en finale du prix lunaire.https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/en-route-exiles
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Yves Le Gouelan · il y a
D'un côté le parfum de la vie et de l'autre l'odeur de la mort.
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Gina Bernier · il y a
Idée à lancer....pourquoi les vieux l'on s'en débarrasse dans ces mouroirs? il n'y à pas d'autres solutions? il serait temps d'y réfléchir pour qu'ils ne se sentent plus abandonnés et qu'ils attendent la mort, parce que après avoir tant et tant donnés, ils se retrouvent seul(e)s , désorienté(e)s, dépaysé(e)s parce que ils ne servent plus à rien... Eux vivent dans cet hospice , et vous, vous ne faîtes que passer....
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Maryse · il y a
Triste réalité... Des souvenirs qui marquent
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Bruno Teyrac · il y a
Très fort ! L'aspect olfactif de ce "mouroir" est tellement lié à la désolation du lieu, à cette mort avant la mort qui s'étale comme une obscénité, en contraste avec la vieillesse au "parfum suranné" que vous évoquez si bien dans un beau paragraphe plein de nostalgie. Très bon texte. Bravo.
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Tokamak · il y a
Un grand merci pour votre encourageant commentaire !
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Utilisateur désactivé · il y a
court, efficace, percutant.
Vos mots décrivent parfaitement cette ambiance d'antichambre avant la mort.
A quand les diffuseurs d'huiles essentielles et boules à facettes avec musique dans les couloirs des maisons de retraite. Idée à lancer.

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Tokamak · il y a
Merci ! Excellentes idées :)
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Jean Calbrix · il y a
Un texte sur une dure réalité qui nous colle aux fosses nasales ! Merci, Tokama, pour ce TTC qui rappelle que la fin de vie n'est pas une sinécure. Vous avez mes cinq votes.
Je vous invite à lire mon tragique sonnet Mumba en finale printemps : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba Bonne journée à vous.

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Tokamak · il y a
Merci !

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