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A la recherche du trésor perdu

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Mariolga

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Ça faisait longtemps que Bouffigue, un simple d’esprit, traînait autour de la Chartreuse. Le directeur le faisait chasser dès qu’il apparaissait. Il avait mis à profit l’arrivée de la nouvelle directrice pour se rendre indispensable en rendant bénévolement toutes sortes de services. Au bout de quelques mois, après qu’il eut disparu pendant 4 jours durant lesquels les ordures s’étaient accumulées sans que personne ne songe à s’en débarrasser, elle lui avait proposé de créer un vrai poste de travail pour lui. Il était devenu factotum.
Et il en était très heureux parce qu’il pouvait ainsi passer inaperçu tout en fouinant un peu partout car c’est exactement ce qu’il voulait faire : c’est qu’il était issu d’une longue lignée de Meynargue qui, de père en fils se transmettaient un secret et une mission à laquelle il n’imaginait pas de se soustraire.

Au moment de la révolution, avant que les moines ne quittent la Chartreuse, son ancêtre avait été convoqué par le prieur, Dom José de Camaret. Il lui avait proposé de lui donner une belle pièce de terre labourable en échange d’un service. Pour que ça ne paraisse pas suspect, il avait donné 2 bœufs au prieur. En échange il devait veiller à ce que les bornes qui ponctuaient les terres de la Chartreuse restent toujours en place et s’il advenait qu’elles disparaissent, les remplacer par des pieux de fer profondément enfoncés.
Jusqu’au début des années 1980, les hommes de la famille avaient scrupuleusement tenu leur promesse. Peu avant son décès, le père de Bouffigue lui avait indiqué l’emplacement des bornes et avait noté sur une carte au 1/25 000ème leur localisation précise. Il avait recopié les signes qui y étaient gravés. Mais depuis la révolution, les terres de la Chartreuse étaient passées dans de nombreuses mains, Villeneuve avait pris de l’extension. Des maisons s’étaient construites et de nombreuses bornes avaient disparu, volées ou enterrées.
Bouffigue se désespérait de ne plus être en mesure de veiller à leur bon emplacement. Mais surtout, il voyait s’éloigner un rêve : en même temps que la mission, son père lui avait révélé le secret de la Chartreuse : il lui avait remis une peau sur laquelle avaient été dessinés d'étranges hiéroglyphes. Ces mêmes hiéroglyphes qu’on retrouvait gravés sur les bornes. Le père disait que tous ces signes, en les croisant, permettaient d’accéder au trésor que les chartreux avaient caché dans des souterrains avant de fuir.
Le père lui avait décrit ce trésor, fait d’une grande quantité d'or en pièces et en lingots, de pierres précieuses, des reliques enchâssées, dont " une épine de la sainte Couronne " portée par Innocent VI dans sa croix pectorale, sa tiare inestimable et sa crosse, 8 chandeliers d'or, des grandes croix d'argent, 7 calices en or pour les fêtes et 20 en vermeil pour l'usage ordinaire, 4 statues d'argent d'un travail précieux, la statue en or des 12 apôtres ayant appartenues à Benoît XIII, dernier pape d'Avignon, 5 bustes en vermeil, un marbre bleu et blanc en échiquier, 2 lampes d'argent, des manuscrits rares et les ornements sacerdotaux incrustés d'or et de pierres précieuses du pape Innocent VI, fondateur de la Chartreuse.
Bien qu’il ne l’ait jamais vu, le père prétendait qu’il existait une masse d'or estimée à 5 tonnes, sans compter la valeur numismatique des pièces d'or, des objets d'art et des reliques. Un trésor colossal ! La Chartreuse de Villeneuve n'était pas riche mais richissime.
A cette description, les yeux de Bouffigue s’étaient mis à briller. Il s’était dit que lui, le simple d’esprit, allait devenir explorateur et tout faire pour mettre la main dessus, non pas pour être riche, il avait bien assez avec ce qu’il gagnait, mais pour qu’on le reconnaisse à sa vraie valeur.
Lorsqu’il perdait un outil la directrice lui disait que c'est bien souvent que rien n'est mieux dissimulé que ce qui est placé en évidence. Et si Bouffigue retrouvait son outil, il se disait qu’il en serait de même pour le trésor et il continuait à fureter avec espoir.
Un jour où il devait curer le puits couvert du cloître Saint Jean, il avait découvert l’entrée d’un souterrain au ras de l’eau. L’émotion avait été telle qu’il en était tombé à l’eau. Il avait attendu la nuit pour redescendre dans le puits. A la lueur d’une lampe torche, il avait parcouru le souterrain sur une vingtaine de mètres avant de déboucher sur une cave aux dimensions importantes. Elle avait de très belles voutes en ogive, Elle commençait sous le cloître des Frères, s'enfonçait sous le logement du Prieur et la Bibliothèque. Mais bien qu’elle ait les dimensions voulues pour contenir le trésor, elle était totalement vide.
La déception de Bouffigue avait été grande. Découragé, il s’était laissé glisser au sol. Machinalement, il avait laissé ses doigts courir dans les gravillons au bas du mur et c’est là qu’il avait senti un caillou un peu plus gros, un peu plus lisse que les autres. Quand il avait éclairé sa main, une lumière rouge sang était apparue.. Et il sut qu’il tenait là ce qui restait de l’immense trésor des chartreux. Dans la pénombre, en regardant par transparence au travers de ce petit rubis, il pouvait deviner des coffres emplis de pièces et de lingots d’or, d’autres qui contenaient les ornements sacerdotaux... là il imaginait des statues, des chandeliers... plus loin, des manuscrits enluminés posés sur des tables aux pieds sculptés...
Il avait dû rester longtemps assis dans cette cave, le dos appuyé contre le froid des murs. Le lendemain il avait été cloué au lit par une forte fièvre. Pendant ce temps, des ouvriers avaient sécurisé le puits en scellant une plaque d’acier, ignorant sur quoi ils mettaient un couvercle.
Mais chaque fois que Bouffigue met la main dans sa poche droite, un sourire éclaire sa face de ravi. En faisant tourner entre ses doigts ce petit caillou rouge sang, lui seul sait qu’il a été assez malin pour trouver le trésor et ça lui suffit pour être heureux.

PRIX

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Serge Heraudet · il y a
Une belle plume sur un sujet connu avec le mérite de se caler dans la fiction.
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Elena Hristova · il y a
ce récit savoureux de trésor perdu et retrouvé a réveillé en moi plein de fantasmes enfouis. Comme quoi les simples d'esprit ne sont pas toujours les plus démunis
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Thara · il y a
Un superbe récit aventureux, et une belle écriture pour cette nouvelle !
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Keith Simmonds · il y a
Belle exploration intéressante! Un grand bravo! Mes votes et bonne chance! Merci de passer lire et soutenir “Coques de Noisettes” qui est en FINALE: http://short-edition.com/oeuvre/poetik/coques-de-noisettes
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Geny Montel · il y a
Quand on pense qu'un lingot d'or d'un kilo vaut 35 000 euros !
Mais Bouffigue à l'air de se contenter de son petit rubis.
C'est une exploration intéressante et très documentée !

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Grimarie · il y a
voici mon vote
bravo
mais je suis un peu frustree je voudrais savoir si Bouffigue est retourne chercher le trésor ?

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Mariolga · il y a
le petit saphir, c'est tout ce qui reste du trésor et oui, il l'a trouvé ! le reste, il l'a revécu en souvenir des récits de son père..
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Mariolga · il y a
merci Arlo, e vais les lire aussitôt.
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Arlo · il y a
Belle découverte de l'inconnu. Très bien écrit et agréable dans sa lecture. Vous avez les cinq points d'Arlo qui vous invite à découvrir son TTC "le petit voyeur explorateur" ainsi que son poème "découverte de l'immensité" dans la matinale en cavale. Bon après midi à vous.
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CoraL · il y a
J'ai beaucoup aimé me promener avec votre explorateur :-) Mon vote :-)
Je vous invite à lire mon poème sucré en lice : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/l-explorateur-de-gourmandises-1
et à découvrir la première histoire autour de Noël, hors compétition : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/un-noel-en-mer

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Mariolga · il y a
Merci Coral. J'ai lu le poème sucré en salivant beaucoup.J 'ai voté. Mais avant d'attaquer l'histoire de Noël, je vais me faire un thé avec une tartine !
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CoraL · il y a
Merci Mariolga! j'espère que vous vous êtes régalée avec votre tartine et votre thé ;-)
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Grimarie · il y a
C'est bien écrit et bien documenté
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Mariolga · il y a
Écrire une nouvelle, c'est l'occasion d'aller visiter des lieux et des époques que je ne connais pas. En l’occurrence; là, j'ai trouvé une carte des bornes et le relevé de tous les signes qui y étaient gravés. Google est une mine sans fond quant aux cartes de google earth, c'est comme si j'y étais.
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