À l'aube

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Image de Eté 2016
À l’aube
Il est tôt, très tôt : le jour se lève à peine sur la mer sur laquelle flotte une brume légère, adoucissant les vallonnements de la côte. La marée est basse, et la plage s'étend, immense et grise ; mais dès qu'elle est touchée par la lumière, elle prend une couleur chaude. Chaque coquillage capte alors le soleil naissant et brille d'un éclat bleuté. Descendre la dune, suivre l'étroit chemin bordé d'ajoncs et marcher vers la mer procure une joie intense. Quelques silhouettes de pêcheurs que l'on devine à peine avec leur grand filet, ponctuent les vagues qui, très loin, dessinent des liserés blancs. Rien ne bouge, sauf les ombres des nuages qui naviguent sur le sable. Force de la nature, plénitude du bruit des vagues et du vent, luxe de la solitude.

Je découvre pourtant des traces, celles d'un homme probablement. Le premier ce matin. Il doit être jeune ; il courait sûrement, car il a juste effleuré le sol et seule la pointe de son pied s'est enfoncée, dessinant à chaque fois un petit triangle humide. Les foulées sont larges, régulières et accompagnées, je me baisse pour regarder, par les griffures des pattes d'un chien. Au même rythme et dans une belle harmonie : un pas d'homme, deux pattes de chien, toutes proches, un pas d'homme, deux pattes de chien, un pas d'homme... Par curiosité, je marche à leur suite : les empreintes s'étirent le long de la grève, quelquefois à moitié effacées, mais toujours semblables. Pourtant, quand le sable se durcit et s'anime de ridelles qu'ont creusées les vagues se retirant les unes après les autres, elles deviennent plus heurtées. Est-ce de la fatigue ? Et là où des coquillages se sont accumulés dans une traînée brillante qui craque sous les chaussures, je distingue seulement celles de l'homme et me demande pourquoi.

Je m'assieds et je rêve. À la limite de l'horizon, deux points noirs s'avancent. C'est bien l'homme et, dans son sillage, le chien. L'homme passe, tendu dans son effort ; nous nous saluons brièvement, reconnaissant en l'autre l'amateur de silence. Le chien paraît essoufflé et suit, tête baissée, inattentif au monde. Soudain, il fait un brusque écart, quitte les pas de son maître et s'éloigne en biaisant. Je comprends alors qu'il est là uniquement par fidélité : il n'aime ni l'excessive durée de cette course, ni la rudesse des coquillages, mais s'en accommode à sa manière, en recherchant obstinément le moelleux du sable fin.

C'est vrai, je me le rappelle, l'amour, comme l'amitié, se contente parfois de frêles arrangements...

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