A jamais

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Qui suis-je ? Tel est la question. Ex étudiante en Art Appliqué, puis en Histoire de l'art, je suis maintenant en Arts Plastiques. ♥ Friedrich, Kokoschka, Tim Burton, Nirvana, Jussi Adle  [+]

Image de Été 2013
Voyez comme elle est belle ! Regardez ses boucles brunes qui ondulent sur ses épaules. Tous les jours je viens la voir, elle ne sait pas qui je suis. Qui suis-je en réalité ? Je ne vis plus que pour elle, par ce désir intense qui me pousse à venir la voir. Elle est toujours assise là, parmi tous ces livres. La bibliothèque de notre quartier est son endroit préféré. Elle adore lire. Quand elle lit, elle sourit, elle rit, mais parfois elle pleure. Elle vit les histoires de façon si profonde que ça m’émeut aussi. Depuis peu, la voir m’est devenu infernal. Il me faut plus. Je veux qu’elle me touche, qu’elle me caresse, qu’elle me prenne comme elle prend ses livres. Qu’elle me tienne dans ses mains et qu’elle me réchauffe de ses doigts. Le soir après m’être repu de ces visions, de son visage, de son odeur, je le prends. Je ne l’ai jamais vraiment aimé, petit, court, flasque, il pend là inutilement entre mes jambes. Et pourtant, dès que je le flatte, le caresse tendrement en pensant fort à elle, je le vois se tendre et se gonfler. Je le sens entre mes mains. Ce plaisir intense qui m’envahit, une onde de bien-être me submerge. S’échappe alors, de mon sexe, mon sperme. C’est sale. Je n’aime pas ça. Je regarde ces quelques gouttes, de ce fluide blanchâtre qui pendouillent. Je prends un mouchoir et entreprend de bien me nettoyer. Ces quelques minutes de plaisir s’intensifient en pensant que demain je la verrai. Mais il me faut faire quelque chose. Elle aime les livres, alors pour elle je deviendrai livre. Le lendemain j’allai à la bibliothèque, non plus pour la voir mais pour me documenter. Il me fallait tout savoir sur le livre. Comment fabriquer le papier, l’encre, la couverture. Tout ce qui concernait la reliure. Tout. Ce désir qu’elle me possède me hantait et me poussait à travailler d’arrache-pied. Je ne me sustentais pas plus que nécessaire, je ne dormais que quelques heures. Et quand bien même je dormais, c’était le jour. La nuit, je travaille vite et mieux. Ma documentation fut faite. Le vrai travail allait commencer. J’installai la chaise au milieu de la pièce, une bassine a ses pieds. J’extrayai un grand couteau, affûté et tranchant comme il le faut, de son fourreau. Et m’assit. Je mis mes pieds dans la bassine vide et penché, j’entrepris une longue et douloureuse découpe. Je ne grimaçai même pas. Les pages devaient être fines. Le sang sourdait de mes entailles, la bassine ramassait ce précieux sang. Je détachai de mes jambes des grands pans de peau. La bassine une fois pleine, la chair à vif, rongé jusqu’à l’os, je me levai. J’accrochai avec des épingles, les feuilles de peau à un fil pour qu’elles sèchent. La volonté fait faire à l’homme ce que jamais il n’aurait pu accomplir. Je m’accrochais à son image pour ne pas sombrer. Folie. Je sentais son parfum. J’entame la peau de mes cuisses, de mes bras, de mon ventre, de ma poitrine. Je me sens défaillir. Peu à peu. Je sombre. Déchéance. Je suis plus que dans un monde où règne la douleur, un voile rouge devant mes yeux, une odeur de putréfaction. Je me sens fou. Je perds l’esprit. Je continu. Je relie les feuilles de peau ensemble jusqu’à former un épais volume. J’écris avec mon sang. Une encre à la couleur rouge. Ce rouge, qui imprègne peu à peu les pages. En écrivant, je me déverse. Une dernière fois, je prends mon sexe dans ma main. Je me sens vibrer. Intense. Puissance. Jouissance. Je m’extasie, je ne prends pas la peine de me nettoyer. Petit à petit, ma vie défile, elle se déverse dans le livre. Mon corps tombe. Je suis dedans. Mon esprit à jamais enfermé dans ce livre. Et je bouillonne. Non. Non. NON ! Je hurle. Coincé à jamais dans ce livre. Je suis dans le grenier. Jamais plus. Jamais plus je ne la contemplerais. Jamais plus. Jamais...

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