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A coups de marteau

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Michel

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Ce matin je me suis réveillé avec un mal de tête horrible. Comme des coups de marteau qui résonnent dans mon crâne. Cette brute n'y va pas avec le dos de la cuillère. Que lui ai-je fait pour mériter un tel traitement ?

Je viens de boucler non sans mal pour le site « Short Edition » un petit texte intitulé «Le brouillard se dévoile ». Vous pouvez vérifier je ne raconte pas de bobards. Ai-je un mal de tête à raconter des bobards ?
Et voici qu'on me propose de remettre çà sur la brume. Quand je prends connaissance de cette proposition en buvant mon café matinal les coups de marteau redoublent de violence sur ma caboche.

Bon. Analysons. Je ne suis pas mégalo. Pas  superstitieux ni narcissique. Je ne crois pas à la magie. Allez ce n'est qu'un hasard . Mais il fait mal les choses.
La brume je n'aime pas. Je me cite. On se rassure comme on peut : « La brume est un ersatz de brouillard. Elle brouille les choses ». Je devrais dire elle les brume mais c'est pas français qu'on me dit.
J'ai déjà escaladé avec succès le brouillard pour marcher douillettement dessus. C'est mon titre de gloire. Comment vais-je procéder avec la brume plus diffuse que lui?
Je regarde le ciel. Je perçois le soleil qui ressemble à la lune et joue à tout instant sur les nuances de la transparence .

L'escalade promet d'être difficile car le matériau est tendre. Comment arrimer des pitons à la brume ? C'est toute la question. J'essaie mais impossible de fixer quoi que ce soit. Même en tapant comme un forcené avec le marteau qui me perfore la tête. Je ne peux tenter l' escalade à mains nues car mes paluches ripent sur la brume.

Vais-je être condamné à errer éternellement comme une âme en peine à la surface de la terre ? C'est minable. Je m'allonge et je perds connaissance quand un coup de marteau plus fort que les autres semble faire éclater mon crâne . Je ne sais combien de temps l'évanouissement a duré quand j'ouvre à nouveau les yeux.
Le paysage n'a pas changé. Juste un son strident qui me prend la tête. Est-ce mieux que les coups répétés du marteau ? Je vous laisse apprécier.

« Homme de peu tu as fais ton temps. Le règne de l'homo-sapiens est révolu. Tu as trop sucé les richesses naturelles qui t'environnaient » : une forme ovale d'une demi taille d'homme masquée par la brume prononce ces paroles définitives. Alors j'assiste à un ballet que je n'aurais jamais pu imaginer. Une nuée de formes ovales se trémoussent devant moi. Il y en a même qui deviennent désirables en changeant d'apparence. Mais comment distinguer les mâles des femelles ? A moins que ce soient des hermaphrodites.
« Nous avons pris le contrôle de ta planète car nous avons soif de brume nous qui étions d'ordinaire recluses dans le désert de la pensée que le soleil dessèche » me dit une forme qui philosophe.

Tel un chewing-gum une autre entité toute noire vêtue  mue avec aisance et plasticité de l'ovale au rond et me tend un miroir. Il ressemble à celui dans lequel ma grand-mère se regardait pour se faire une beauté avant de se rendre au village. Mais ce miroir me renvoie l'image non pas de la grand-mère mais celle d'une forme aux contours flous et toute poilue. La mienne ?
Dans ma tête la confusion est à son comble. Je bredouille cette vieille rengaine déglinguée: « j'ai déjà effectué l'escalade du brouillard je voudrais faire de même avec la brume mais je n'ai pas trouvé de solution à ce jour ».
« Ambitieux » me répond une forme qui vire au carré et émet des flashs rouges. « Tu devrais savoir que nous avons conquis la brume sur ta planète et détruit tes semblables. Nous avons eu pitié de toi et nous t'avons recueilli pour disposer d'un dernier. spécimen de ton espèce. Nous voulons simplement que survive le capital génétique de l'homo-sapiens pour montrer aux générations futures les voies de garage qu'il ne faut pas prendre ».
« Je suis d'accord avec vous. Mais qu'y a-t-il de plus innocent et gratuit que de désirer marcher sur la brume ».

Une voix s'élève de l'horizon : « Tu n'as rien compris mec. La brume c'est notre capital vie. Elle empêche le dessèchement de notre esprit. Nous te connaissons. Toi et tes semblables. Si tu marches un jour sur la brume tu chercheras à l'utiliser au mieux de tes intérêts qui ne sont pas les nôtres . Après le moteur à explosion et après le moteur électrique tu chercheras à la puiser pour faire voler tes fusées intergalactiques.
Quand tu auras mangé cette ressource tendrement humide et quand tu n'auras plus rien à te mettre sous la dent tu te catapulteras sur d'autres planètes faisant table rase du passé. Je vais te livrer une confidence : la terre est le seul milieu où nous trouvons de l'eau sous cette forme gazeuse. Avec un taux d'humidité optimum. Sous peine de disparaître dans un bref délai nous sommes obligés de rester à vie ici. Enfin au moins jusqu'à ce que les merveilles de la science trouvent une solution de substitution ou une planète compatible avec notre vie future ».

Un coup de marteau vibre dans tout mon corps puisque ces entités m'ont reconstitué à leur image informe.

Perte de connaissance. Comme un trou noir dans l'univers. Un bombardement de météorites que je réussis à éviter. Accroché à un parachute je ralentis soudain. Les coups de marteau s'estompent. Au sol des fougères géantes. Je n'y vois pas à deux mètres à cause du brouillard. C'est mieux que la brume diffuse. Je sais escalader le brouillard. Je me hisse sur une fougère. Je m'agrippe à un recoin du brouillard. Mes mains et mes pieds trouvent les bonnes prises. Je progresse avec souplesse et aisance. Un dernier effort. Je surnage vainqueur au dessus de la mer de brouillard. Je marche à la quête de nouveaux horizons. Je rencontre des hommes un peu différents de ceux que je connais mais je n'arrive toutefois pas à interpréter leurs onomatopées. Leur masse osseuse et musculaire me laisse penser que ce sont des hommes de Néandertal. Ou peut-être pas. J'avance avec mon traîneau. Libre sur le brouillard. C'est coton. Je suis envoûté par l'air des cimes. Fabuleuse exploration. Je progresse enivré par la sécrétion d'endorphines. Je plane sur le toit du brouillard. J'en oublie de regarder devant moi.

Soudain le brouillard se dérobe sous mes pieds. La chute libre dans une brume informelle qui n'a pas la force de me retenir. Atterrissage difficile et brutal sur une planète désolée sans vie apparente.. Un horizon brumeux. Un ersatz de brouillard.
Avenir radieux.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Bernard Boutin · il y a
Une singulière interprétation du thème !
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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition avec une brume brumeuse ... :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Pascal Depresle · il y a
Bien bâti Michel.
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Michel · il y a
Merci du compliment cohérent
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Mjo · il y a
Je me suis laissée embarquer dans votre histoire qui a des allures de conte philosophique. Mes voix
Je vous invite à lire mon TTC/"Perdu dans la brume"

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Michel · il y a
Malgré tout je n'avais pas l'esprit trop embrumé! Merc
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Eddy Riffard · il y a
C’est assez particulier, et si le héros s’était fait enfumer ?
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Michel · il y a
J'ai dû la construire à coups de marteau pour la rendre lisible. Merci de votre commentaire.
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Keith Simmonds · il y a
Une belle histoire bien menée et très agréable à lire ! Je vous invite à partir en “Croisière” si vous ne craignez pas la brume en mer ! Merci d’avance !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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