A contre-courant

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Discrète, timide, c'est comme ça que les gens me voient. Mais en réalité, je sens un torrent bouilloner, là, à l'intérieur de moi. Une envie de s'exprimer, d'avoir le courage de crier que  [+]

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Quand je vois le chemin parcouru, je crois que mon enfance n’aura été qu’un long courant qui m’emportait et que j’ai suivi, d’instinct, sans réfléchir. Autour de moi, on me disait « C’est ainsi qu’il faut faire, fais nous confiance ». J’écoutais et j’obéissais, avec cette crédulité enfantine qui transforme en dieux les adultes, et rend leur parole sacrée. Je ne me souviens pas m’être demandé un jour si je faisais les bons choix, si même j’avais le choix.
Je me contentais de survoler la vie, telle l’hirondelle faisant des allers-retours entre le printemps et l’hiver qui rythment son vol.
Petite, je courais dans les champs les soirs, après l’école, je dévorais des livres dans les arbres et me gavais des cerises au mois de juin. Mes seuls ennuis étaient la peur des mauvaises notes et des colères de mes parents. Pas de doutes, et une confiance absolue en l’avenir.
Un jour, la pluie a commencé à tomber et le ciel à s’assombrir. Les paroles autour de moi me semblaient être un autre langage, dans lequel je ne me retrouvais pas. Je ne comprenais pas ce qu’ils me disaient, tout me semblait aberrant. J’observais tout d’un nouvel œil, le monde me faisait l’effet d’une flaque de boue, à travers laquelle la lumière ne pouvait passer, bloquée par la terre et les déchets. Tout semblait terne et je n’avais plus goût à rien.
Mais j’avais découvert l’automne, cette saison merveilleuse et inclassable, qui n’est ni début ni fin. J’ai découvert cette période merveilleuse où l’on trouve la force de faire nos propres choix. J’ai pris conscience de l’éternité de mensonges qui avaient brodé mon enfance. Le monde s’est soudain révélé plus vaste et plus prometteur. J’avais envie de voler loin, loin, là où mes ailes nouvellement acquises me porteraient.
J’ai rencontré la vague de l’amour tumultueuse, qui m’a définitivement arrachée à ce lit de rivière si calme dans lequel avaient baignées mes jeunes années. Ce n’était au départ pas grand-chose : quelques effleurements, un ruissellement de mots chuchotés dans l’oreille... Puis le ruissellement s’est changé en cascade et les effleurements sont devenus caresses.
Une clairière, quelques arbres, et cet amour a grandi, s’est étendu malgré son goût d’interdit.
Pourtant, nous avons soufflé sur la brume qui entourait ces rendez-vous clandestins, ceux qui avaient fait de la nuit et des ombres nos protectrices, et du fleuve notre confident. Mais rien ne nous avait préparées à ce recul, ces gestes de mépris contenu. Tout autour de nous ne fût plus que regards et médisances. J’eus l’impression que même le grand chêne, perché sur sa colline, nous observait, et son regard semblait nous écraser de son mépris.
Alors nous sommes parties, écoeurées de ce monde sans couleurs qui nous étouffait.
Aujourd’hui, cet amour est devenu le sel de mon existence. Il est ce qui m’a permis de crier et de claquer la porte, ce qui m’a fait quitter la rivière pour entrer dans l’océan.
Aujourd’hui c’est ce pourquoi je hurle, et libère le torrent de ma volonté.
Aujourd’hui, elle est à mes côtés, et je sais que rien ne nous arrêtera,
ni ne ralentira cette vague qui nous réunit et nous emporte, ensemble contre le monde entier.
Nous avons chacune perdu ce qui nous était cher. Nos familles ? Elles nous ont rejetées, dégoûtées. Qu’importe ! A présent, nous nous battons parmi des gens qui ont les mêmes idéaux, qui défendent la même cause : l’amour, libre, sans rejet et sans distinctions.

Aujourd’hui, j’ai la force de clamer à la vue de tous ce que je suis, réellement. Entourée de celle que j’aime et de ceux qui me sont chers, je marche à contre-courant.

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