À bientôt... ou adieu !

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48 jours, 14 heures et quelques minutes sont passées déjà depuis ma dernière lettre !

Ahah, t’as vu ça chérie ? Il n’est pas encore bon à jeter ton vieux mari ! Il tient le coup oui pour répondre à ton dernier message. J’espère toutefois que tu arriveras à me relire, nous avons gagné la dernière bataille mais j’y ai perdu 2 doigts... Me voilà contraint d’écrire de la main gauche, remarque ce n’est pas si mal pour l’instant. Tu m’as toujours dit que j’étais plein de potentiel, en voici un autre à ajouter à la liste ! Ne te fais pas de mourrons, la blessure doit être bénigne vu que l’on m’a dit que je suis encore apte à combattre. Je suis encore apte à combattre...

Je ne peux m’en empêcher, je suis désolé de salir de mes larmes le papier mais les nerfs prennent le dessus sur mon corps. Bien qu’ayant perdu l’usage de ma main forte, je pensais la tenir cette maudite attestation de rapatriement ! Mais non, l’index et le majeur ne font pas partie du nécessaire requis pour se faire réformer. Vois-tu, le combat est sur le point de finir ! Il y a besoin d’effectifs ! Nous sommes sur le point de gagner ! Nous sommes sur le point de gagner depuis pas loin de 2 ans... Mais il reste encore beaucoup de pions debout sur le vaste échiquier dans lequel je me trouve ! Et la stratégie optée par les deux camps comprend des sacrifices...

Toi, moi, mon voisin maintenant borgne... nous avons tous indirectement provoqué cette partie macabre par notre passivité. Je me souviens encore de notre réaction devant l’élément déclencheur de ce cataclysme : toi, pleine de rage et moi, empli de déni. Comme la plupart des habitants de ce pays, nous tournions en dérision les courageux lanceurs d’alertes ! Nous riions de ces précurseurs ! Le mal n’ayant plus d’adversaires, il a pu préparer son œuvre en toute impunité. Tapis dans l’ombre, il attendait que nous vainquions par nous-mêmes ses principaux antagonistes avant de nous donner les armes pour célébrer son règne. Et voilà que nous nous retrouvons à nous battre parce que nous avons eu peur de nous battre !

Plein d’orgueil et de lâcheté, nous avons oublié que l’histoire se répète ! Nous avons oublié qu’on ne pouvait voir ce qui se passe dans notre dos quand on ferme les yeux. Ou peut-être le savions-nous, peut-être que nous ne le savions que trop bien. Il est aussi possible que nous voulions seulement repousser l’échéance en savourant chaque seconde de liberté. Dans les deux cas, le fait est là : j’ai faim, je suis triste d’être loin de vous, j’ai deux doigts en moins et je donne tous les jours un peu de mon âme au Diable en ôtant celle de mes frères. Celle de mes frères qui me tirent dessus et auquel je rends chaque coup. Mais dans chaque camp le sol est recouvert de la même matière : du sang rouge mêlé à des larmes claires. Nous sifflotons tous en harmonie les mêmes mélopées funestes pour rendre hommage à ceux qui portent l’arme à gauche. Le chœur de cette sinistre mélodie est porté par le vent pour venir bercer les rois et les dames à l’origine de ce jeu fatal. Nous remercions tous le Ciel chaque nuit pour nous avoir laissé en vie, et nous permettre ainsi d’en prendre d’autres le lendemain.

Il doit y avoir un gagnant, il doit forcement y avoir un gagnant. Nous avons beaucoup trop escaladé la pyramide d’engagement pour que tout ce capharnaüm se finisse à l’amiable. Il faut un gagnant pour écrire l’histoire, l’Histoire que les générations futures auront à apprendre. Tout cela n’aurait pas de sens autrement, même si c’est à se demander s’il y en a déjà eu un...

Dis aux enfants que papa va bien. Et si je trépasse, dis-leur que je suis mort en héros, en sauvant des vies ! J’ai donné ma main, j’ai donné ma vie familiale, j’ai donné mon âme... je pense au moins avoir droit à de l’honneur ! Il ne me reste que ça, il ne me reste que cette reconnaissance creuse et factice créée de toute pièce pour rendre la mort plus douce. J’aurai aimé te réconforter comme d’habitude mais je ne peux plus, les obus qui me tombent dessus à longueur de journée ont soufflé hors de moi l’espoir. A bientôt chérie, à bientôt... ou adieu !
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