(5) Le secret de Callig

il y a
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Comme le disait un illustre personnage : celui qui n'a pas d'imagination n'a pas d'ailes ! A vrai dire, je n'ai aimé écrire que lorsque j'ai su que cela m'apprendrait à voler. Voler au-dessus de la  [+]

Le monde de Rislem était considéré comme une zone relativement tempérée. Il y faisait généralement doux et plus humide que sur Terre, ce qui donnait aux arbres une taille incroyable, semblable à notre forêt d’Amazonie. Mais le climat réservait tout de même d’étranges surprises. C’est en tout cas ce que se disait le vieil homme. Il habitait à flanc de colline, une cabane en rondins de bois, et observait, pensif, le soleil se lever alors qu’il pleuvait au-dessus de lui. C’est alors qu’il la vit. Une flammèche rouge qui filait vers lui. Il sourit, redressa sa couverture sur ses jambes et se balança sur son rocking-chair. Callig arrivait. Elle n’était qu’à peine essoufflée, contrairement à Tahosal qui avait lutté de toutes ses forces pour ne pas tomber.
-Grand-père, regardons le réveil du soleil ensemble !
-Comment as-tu su qu’il y aurait de la pluie alors qu’il fait sec partout ailleurs ?
L’enfant eut un sourire évident tout en s’asseyant à même le sol, aux côtés de son aïeul.
-Ben Tahosal me l’a dit, qu’il pleuvait sur ta maison.
-Tu as raison, il pleut sur ma maison. C’est un peu bizarre, d’ailleurs, bien que cela ne me déplaise pas du tout. La vie est meilleure, quand on est de bonne humeur.
Il avait l’air songeur et finit par poursuivre :
-Mais plus bizarre encore, et effrayant pour Lucel, la pauvre, je vois beaucoup de perroquets ces temps-ci !
Malgré son grand-âge, il en était lui-même étonné et le fut d’autant en constatant que Callig n’affichait aucune surprise. Simplement une joie manifeste.
-Sont-ils beaux ?
-Superbes ! J’en ai vu un immense, au moins aussi grand que toi ! Je crois bien que c’était Mirinahr.
-Oh ! De quelle couleur était-il ?
-Un peu de toutes les couleurs, mon ange, très éclatant avec du rouge, du vert, du bleu, du jaune, du rose, et même du orange ! Je croyais pourtant que cette teinte lui échappait. Ce doit être une légende périmée.
Ils se turent pour admirer le soleil entamer sa montée. Callig aimait bien l’idée qu’une légende puisse périmer et ne s’attarda pas sur ce sujet. Une question, inscrite dans le présent, la titillait. Son grand-père aurait la réponse, à n’en pas douter.
-Grand-père ?
-Oui ?
-Les terriens voient-ils le soleil ?
-Absolument. Et ils le voient aussi se lever et se coucher. Il y a fort longtemps, lors d’une de mes premières visites, certains d’entre eux croyaient qu’il était tiré par un char !
-Un char !? Ils sont un peu bêtes, les humains, non ?
-Il ne me semble pas, ma chérie. Ils font comme beaucoup de monde : quand ils ne savent pas, ils imaginent. D’ailleurs quand ils ont su, plus personne n’a cru en cette histoire de char.
Un nouveau silence s’installa. Les rayons rasants faisaient danser les grains de poussière mais il pleuvait toujours au-dessus d’eux.
-Grand-père ? répéta Callig.
-Oui ?
-Raconte-moi encore les dessins dans le blé.
Le vieil homme sourit. Cette histoire datait de l’un de ses derniers voyages sur Terre. C’est alors qu’il avait choisi de laissé son empreinte sur cette planète qu’il admirait tant.
-Comme je savais que je ne reviendrai pas, ou pas aussi souvent, auprès des humains, j’ai eu envie de leur faire un souvenir. Je ne devinais pas l’ampleur que cela prendrait. J’ai simplement tracé des formes géométriques dans des champs de blé, en aplatissant ou en supprimant les épis. C’était très joli et très réussi, vu du ciel. J’avais oublié, cependant, que rares étaient les humains à pouvoir voir du ciel. Et du sol, le résultat n’était pas le même. Leur réaction fut incroyable ! Comme souvent lorsqu’ils ne comprennent pas, leur imagination les emporte ! Certains pensaient qu’il ne s’agissait que de bêtes saccages, acte malveillant d’un quelconque méchant. D’autres crurent à une visite des extraterrestres. Ceux-là, sans doute, étaient les plus proches de la vérité. Excepté qu’ils imaginaient la venue d’hommes verts avec six bras ! Enfin, les derniers, les scientifiques, ont longtemps cherché l’explication. La dernière fois que j’y suis allé, ils pensaient avoir trouvé la solution mais elle était très controversée.
-Pourquoi allais-tu sur Terre, Grand-père ?
-Pour surprendre les humains de temps en temps. Ils entrent tellement vite dans les routines ! Ils appellent ça « le train-train quotidien ». Et cela semble leur convenir, à la plupart en tous cas. Mais, vois-tu, il n’est pas bon d’endormir son cerveau. Alors, par mes actions, j’essayais de le leur réveiller. Et quoi de mieux que des mystères !?
Callig le regardait avec admiration et finit par murmurer avec une infime pointe d’envie :
-Dire que tu les comprends tellement alors qu’ils ne connaissent même pas ton existence ! Tu es vraiment doué, Grand-père, pour faire le bien autour de toi...
Il se tourna avec bienveillance vers l’enfant qui semblait presque un peu triste en ajoutant :
-J’en suis incapable.
-Crois-tu ?
Le soleil apparaissait désormais entier, bien rond. Rien ne semblait pouvoir troubler ce spectacle si serein. On aurait dit dans un tableau. Malheureusement, un tableau n’est pas sonore et il manquait à celui-ci le doux bruit des gouttes de pluie sur l’auvent en bois. Alors que le vieil homme et la petite fille savouraient paisiblement cet instant, un immense oiseau, semblant crever le ciel et venant de nulle part, surgit devant l’astre en poussant un cri mélodieux.
-Tout de même, dit l’ancêtre avec une perplexité non feinte, je me demande bien d’où viennent tous ces perroquets et pourquoi ils sont là !
D’un coup, la pluie redoubla d’intensité et camoufla un très léger soupir de contentement : Tahosal était soulagé de la teneur de cette discussion, pleine de sagesse et si encourageante pour la fillette. Et Callig souriait tout doucement, en secret.
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Plume Le chat · il y a
Donc, l'aigle noir était un perroquet déguisé !!!! Après les cercles de cultures, grand-père n'aurait-il pas déplacé quelques cailloux à Stonehenge ? Bravo pour ce conte ! Et la suite alors ?
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JPB · il y a
Les anciens c'étaient levés avant nous, il était doux de les écouter... Joli conte .
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Célestina Orn · il y a
Exact oui ! Mais pourquoi parler au passé ? Il est toujours bon de les écouter au présent !
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JPB · il y a
Oui mais les jeunes savent aujourd'hui mieux que les anciens, c'est dommage !!!
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Marie Hélène Peneau · il y a
Voici un de mes rendez-vous préférés ! Merci à vous
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Célestina Orn · il y a
Et merci à vous de me lire!
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Chantal Sourire · il y a
J'adore les contes, bravo pour le vôtre !
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Célestina Orn · il y a
Il n'y a quasiment que ça sur ma page, n'hésitez pas à vous promener ! Je pense que le château de Gombar pourrait vous plaire, il est en publication libre ! Merci en tous cas de votre passage sympathique !
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Max Delvo · il y a
Les Crop Circle expliqués d'une belle façon, excellente interprétation ! mon vote !

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