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4 heures, ce matin...Comme de nombreuses nuits, tu te réveilles.

Tes petites dents qui lentement, poussent, déchirent tes chairs, et te font atrocement souffrir, te font hurler aux heures les plus sombres de la nuit.

4 heures le matin. En cet instant terrible, où les sens sont exacerbés, je me lève précipitamment avec le pas hésitant du rêve qui fait incursion dans l'obscure et froide réalitée.

Tes cris sont autant de lames acérées qui entaillent ma chair. Le froid métal pénètre profondément ma peau, et déchire mes nerfs avec cette intensité qui révulse le coeur et fait fuir l'âme.

Chaque pas fait dans la nuit me donne la nausée. J'ai la tête qui tourne et le souffle coupé. Tes hurlements sifflent dans mes oreilles comme les cris de millions de corps déchirés par les épreuves de la vie, et me déchirent lentement le coeur.

Le monde semble tourner plus vite que moi, le murs se dérobent sous mes mains, et seul mon déséquilibre incontrolé me dirige inconsciemment vers toi.

En cet instant de souffrance partagée, rien n'est plus important que de venir te secourir.

Mon fils, je te retrouve alors debout, dans ton petit lit, ta main enfoncée dans ta bouche, et que tu ne cesses de mordre. Tes lourdes larmes inondent ton visage d'ange, elles sont autant d'effusion de mon sang, qui s'écoule de mes plaies invisible.

La tristesse la plus profonde est incarnée dans la perfection de ton être. J'en suis bouleversé.

Dans le froid et la douleur de la nuit, tu réclames ma chaleur et mon amour, qui te feront oublier la souffrance du temps qui passe.

Blotti dans mes bras, tu reposes ton doux visage contre mon épaule. Ta respiration se calme, alors tu te sais en sécurité.

Le temps s'arrête, tu retrouves le calme de ton sommeil.

Je profite de cet instant pour inonder mes sens du souvenir de ce moment unique.

Je penche doucement mon visage contre ta tête, mon fils. Tes cheveux si doux chatouillent ma joue, comme les petites plumes d'un poussin se soulèvent au gré des vents. De la paume de ma main, je sèche tes larmes ; car il est inconcevable que toi, mon fils, tu gardes les signes d'une tristesse qui pourtant ne devrait t'atteindre.

Au creux de ma main, je sens le poids de ce précieux liquide. Les rares larmes d'un ange. Elles sont si légères qu'elles sèchent presque instantanément, mais s'imprègnent durablement dans mon coeur. Elles font croitre cet amour filiale et inconditionnel, celui qui fait battre mon coeur pour un objectif unique; ton bonheur, mon fils.

Alors que ta respiration se calme, que tes larmes ont disparu et que tu retrouves la sérénité de tes rêves, ton souffle chaud caresse ma poitrine, et ta petite main s'agrippe à mon cou.

La douceur de ce geste est l'expression la plus pure de l'amour inconditionnel, celui que seule l'innoncence de l'enfance exprime avec la plus grande sincérité.

Tes petits doigts pianotent délicatement mon trapèze. Chacun d'eux se dépose lentement contre ma peau. Ce contact nous rappelle à tous les deux, tes premières heures de vie, où cette découverte avait apaisé la peur de notre rencontre attendue. Déjà, je te regardais avec tout l'amour que mon coeur ne pouvait plus contenir, tant il est immense, comme la grandeur d'un monde que notre conscience ne saurait percevoir, comme l'infini de l'univers, sans début ni fin, où tout est rien, et rien est aussi profond que le tout qui le contient.

Ta petite main, qui presse plus fort, est la démonstration de la grandiose immensité de la vie, qui affronte l'éphémère de l'existence sur terre. Les battements de ton coeur, qui pulsent jusqu'au bout de tes petits doigts, résonne dans mon corps, dans mon coeur et dans mon âme.

Mon fils, je t'ai toujours connu. Tu es le meilleur de l'amour de tes parents. Tu es le temps passé et l'avenir qui se fondent dans le merveilleux présent. Tu es l'unité de l'univers, qui s'exprime dans la douceur de ta petite main, qui me serra plus fort contre toi.

La violence de la douleur partagée a fait place à la douce joie de l'amour inconditionnel. L'âme est bouleversée par ces intenses sensations contradictoires qui se mêlent.

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Sophie Debieu · il y a
Il est très beau de cristalliser ces moments si vite passés, merci et bravo :-)
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Greg_Dcrx · il y a
Merci à vous...
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Sophie Debieu · il y a
Je vous invite à lire "choc" si le coeur vous en dit :)
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Sylvie Franceus · il y a
Bien sûr que j'aime cette œuvre !
La violence de la douleur est tamponnée par la douceur de votre amour et c'est très beau.
Vos mots râpent la nuit et empaquètent les souvenirs pour plus tard, quand le temps aura érodé la mémoire et que votre boîte, je veux dire la crânienne, sera déjà bien pleine de fragments de vie.
Votre écriture est un cadeau pour ce petit enfant qui est chanceux de vous avoir pour papa.
Merci de ce partage émotif.

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Greg_Dcrx · il y a
Merci, du plus profond de mon coeur.
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