2065.

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Là, il y a ceux qui fabriquent des archives.
Il y a parmi d’autres, ceux qui se grattent
la nuque pour se réveiller.


La nuque, un peu plus bas que l’est le cervelet.
Le cervelet, échauffé de spasmes d’origine
inconnue.


La nuque qui connecte au corps
le centre directeur de la mémoire.


Le temps traverse, coule. Le temps sème.
On sent bien que cet équilibre est parfait.
Parfaitement bancal.


Cycles oniriques atemporels.
La raison, forcée au repos, est en alerte
en recherche de ce trop rare rayon étourdissant,
étincelant d’excitation.


Les membres à vif courent
d’après l’ode à l’effort.
On flâne pour contrer l’accelérationnisme.
Pour se protéger de nos peurs, on produit.
Puis on dort.
On se repose.


Comment ne pas voir à travers l’oculus
que l’univers post néo-libéral greffe ?
Puisque les yeux ne grandissent jamais une fois né,
il est là, entre le cristallin et l’humeur vitrée,
entretenu par le mécanisme de la glande lacrymale.


Jusqu’à nos larmes, nous sommes privés
d’une part de notre nature.


Nous avons grandi avec le partage involontaire,
obligé. Les informations défilent.


Je ne vous connais pas
enfin
déjà de vous
je peux tout savoir.


L’espace d’un instant ; car je ne peux me remémorer.
Info flash. Mémoire flash.


Au travail, pour ne pas être distraits
par les mouvements de l’extérieur, la direction
a conçu une ouverture partielle.
Seul le ciel entre dans mon champ de vision.


L’autre jour, les formes des cirrus ont rencontré
les traînées des transporteurs de marchandises.


Cet assemblage, c’était comme l’image floue
qu’il me reste des lettres. Celles écrites à la main,
il y a des années d’à présent.
D’ici, on pouvait observer la qualité de leurs lignes.
Leurs contours accidentés n’étaient pas,
à la manière des styles du stylus, lissés par
des millions de pixels.


Je fais partie de la génération Z+2.
De celles et ceux né.es après la réforme.
La formation dès le jeune âge est concentrée vers
le développement. Celui d’artefacts reconnus
d’utilité publique.


Le meublé dans lequel je suis logé répond
à mes besoins de base. Il est reposant, mesuré.
Il est également homologue à celui de mes amis,
à celui de ma famille.


On m’a appris à programmer. Ma vie est douce,
mes choix multiples. Je peux changer la teinte
de la lumière de mon intérieur. Je peux travailler
à des heures flexibles, tant que mes contrôles sont
effectués et validés. Je peux m’informer ou ne pas
m’informer des événements extérieurs.


Lorsque j’y songe, la vie est douce. Au creux du lit,
je fais des rêves.


Les nuages reviennent. Je ne comprends pas
comment. Cette mémoire débile ne devrait pas
le permettre.


D’où vient cette redondance, cette obsession?


On nous a appris que chacune avait été soignée,
puisqu’on avait découvert, des années plus tôt,
les bienfaits d’une mémoire régulée.
Des groupes d’experts avaient mené une série
d’explorations. Ils en avaient déduit que les choses
mémorisées étaient réparties sur une échelle allant
du strict nécessaire à l’accessoire.


Alors, si je cherchais à y stocker ces images,
tout en mesurant leur intérêt comme cela nous l’est
prescrit pour occuper sainement notre mémoire,
leur profondeur m’en empêcherait.


Cette rencontre des marques de la machine
avec celles du cycle de l’eau squatte mes pensées.
Elle me donne envie de tracer des lignes droites,
courbes.


Comment?
Avec mes mains? Avec mon corps?
Sur quoi? Puis, quoi?
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Philippe Clavel · il y a
un texte bien mystérieux mais qui éveille l'intérêt