Vingt étages avec Stella et une supernova

il y a
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Tout comme l'on peut lire entre les lignes, j'écume la partie invisible de ce que l'on ressent. J'aime beaucoup utiliser l'univers onirique pour illustrer la réalité. Le fantastique n'est jamais  [+]

Image de Automne 2014
Tout avait commencé comme une étincelle entre deux silex. C'était arrivé un matin, non un soir juste avant de quitter l'agence. Je pensai soudain à elle. Stella. C'est toujours la même chose, l'inconscient accroche toujours avant. Quoi Stella ? J'avais ressenti la présence d'une étoile qui brillait au fond de mon corps. Je me retournai. Elle baissa les yeux. Etait-ce la même chose pour elle ? Ses yeux semblaient briller d'un éclat stellaire. La connexion était faite. Les jours défilèrent dans l'univers de notre travail. Un regard par ci, un regard par là. Ces heures, à jouer au chat et à la souris. Lorsque nous nous rapprochions, nos cœurs palpitaient, une onde chaude parcourait nos colonnes vertébrales. Dans le bureau, les conversations professionnelles allaient bon train, nous ne pensions qu'à une chose : fusionner. C'était l'ivresse sans les inconvénients de l'alcool. Quand les deux étoiles intérieures brillèrent de la même intensité, nous décidâmes de déjeuner ensemble à la terrasse d'un restaurant. Elle avait perdu son père trop tôt. Son petit ami, assureur nocturne des cités de banlieue était toujours absent. Ma copine à moi travaillait à la faculté, le nez dans ses livres et le cœur... à l'ouvrage. Mais nous nous aimions. La lumière de l'étoile de Stella grandissait de jour en jour. Elle apparut un soir à travers le téléphone et inonda notre studio. Comment ma copine pouvait-elle être aussi aveugle ? Tous les soirs Stella appelait pour se brancher à mon cœur. Je restais néanmoins fidèle. Un amour platonique, bien plus puissant que physique, sexuel. Nous nous retrouvions sur les Champs Elysées, la nuit parmi les touristes, au cinéma ou au restaurant. Nous devenions indispensables l'un à l'autre. Chaque séparation était une épreuve. Un weekend sans nous voir m’apportait le sentiment de chuter de cinq étages. Le manque. Ma copine commença à être irritée des appels nocturnes qui n'en finissaient pas. Elle ne comprenait pas ce que nous pouvions nous raconter qu'on ne puisse le faire dans la journée. Le ton montait. La jalousie prit la forme de reproches et de violentes altercations. Ce soir-là, elle bûchait sur son bureau/tréteau d'Ikea. Je lisais un roman sur le canapé lorsque le téléphone sonna. Ma copine en véritable voyante lâcha le prénom de Stella. Le vent se mit à souffler, pas dehors, non, à travers les narines de ma copine. Elle n'était pourtant pas du signe du taureau, cependant elle en avait l'apparence lorsqu'elle se retourna, à bout de nerfs.
— Vous ne pouvez pas vous parler au boulot comme tout le monde, non ? J'en ai marre ! Je n’arrive pas à me concentrer !
— Qu'est-ce qu'elle dit ? demanda Stella.
— Rien, je pense que je vais raccrocher, ce sera mieux.
Pas de réponse de Stella. Mal à l'aise, je raccrochais le combiné sur le socle et braquai mon regard vers ma copine. Prêt à en découdre.
— Mais merde ! Si t'as envie de la sauter, vas-y ! Ne te gêne pas !
— Ce n'est pas ce que tu crois !
— Ah oui ? Tu me prends pour une conne ? hurla-t-elle.
C'était le moment tant redouté. Malgré une relation distante, j'aimais ma copine et c'était réciproque. Nul doute. Je devais être convaincant.
— Mais tu as vu la gueule qu'elle a ? Tu crois vraiment que je suis amoureux d'elle ?
Silence. J'avais le sentiment de verser du purin sur mon amour propre.
— Et je ne parle pas de son physique ! Un vrai thon. Non, vraiment tu n'as pas de crainte à avoir, je ne risque pas de te tromper avec ça !
Le procédé était révoltant.
— Peut-être, mais en attendant tu es sans cesse avec elle ! Je ne te comprends pas ! Elle t’a mis le grappin dessus et toi, tu laisses faire ! Comme tu l'as dit, ce n’est pas un top ! Tire un trait sur cette pouf ! J'en ai marre !!
A présent les voisins connaissaient un autre aspect de ma personnalité, nul doute qu'ils avaient tout entendu. J'avais l'impression de tomber de dix étages. Elle ne décoléra pas. Je dressai un tableau peu reluisant de Stella pour lui faire admettre qu'elle se faisait des idées. Ça fonctionna au bout d'un moment. Elle retourna dans ses livres. Mon regard s'évada par la fenêtre. Je pensais à Stella. Assis par terre, le dos contre le mur, mon esprit vagabondait. Comment avais-je pu être aussi ignoble envers mon étoile jumelle ? Après une séance de rêve éveillé, j'observais le téléphone et m'apprêtais à le ranger lorsque le combiné glissa ostensiblement du socle au moment où je le soulevais. Instinctivement, je collais le téléphone à mon oreille. Par réflexe, je lâchais le mot : « allô ? »
— Oui.
— Stella ?
— Oui.
— Tu as tout entendu ?
— Oui.
Quinze, vingt étages, je tombais, je tombais de plus en plus vite.
Une vraie supernova.

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michel jarrié · il y a
Le coup est difficile à rattraper. A ces téléphones !
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Patricia Saccaggi · il y a
J'en ai des frissons, que c'est bien écrit, que c'est tendre et triste...
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Jeanne en B · il y a
Sacrée chute !
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Bertrand Pigeon · il y a
à très bientôt John pour tes prochains textesune petite Bd en compet : "plop plop" , si tu veux passerhttp://short-edition.com/oeuvre/strips/plop-plop à bientôt^^
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John Lecid · il y a
Merci à toutes celles et ceux qui ont votés et commentés, aux anonymes aussi.
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Michel Dréan · il y a
Belle chute de supernova John.
Mon vote avant la fermeture !

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Anne Razé · il y a
+ 1 pour moi aussi.
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Argan le tallec · il y a
Terrible...+1 pour tenter de remonter un etage... Au plaisir de se lire ! Argan en finale des nouvelles avec Calme plat' l histoire d un homme qui coule et perd son coeur...passez voir !
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Olivier Vetter · il y a
Il parait que les hommes sont lâches.... +1
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John Lecid · il y a
Il paraît, oui ...
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Eric Chomienne · il y a
Comme l'écrit Valéry beaucoup de textes de qualité quelque soit le classement. J'ai décidé de n'attribuer qu'une douzaine d'étoiles. Vous en faites parti pour ce récit qu'on apprécie comme une comète. +1 d'un apprenti poète
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John Lecid · il y a
Je suis très touché par vos mots, merci et au plaisir de lire vos poèmes.

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