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18 ans.

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Fanny Gravillon

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Célestine était une jeune fille sans histoire. Un caractère bien trempé peut-être dû à la toison brune qui lui encadrait son visage d'ange.
On pouvait voir dans ses yeux une fureur de vivre inégalable.
C'est sa mère qui avait décidé de l'appeler comme cela sans doute pour lui rapeller que dans la Vie avoir les pieds sur terre et la tête dans les étoiles c'est indispensable pour rester sereine.
Bref peu importe l'origine et la raison, il fallait faire avec.

Nous sommes le jour précédent ses 18 ans. Vous savez LA majorité si chère aux ados qui souhaitent l'indépendance. Seulement comme beaucoup, bien après, elle sera encore chez ses parents quand il lui faudra payer ceci cela alors qu'elle n'aura pas de job car pas d'expérience.
Et oui, ainsi va la vie.
Mais restons dans le présent. Nous sommes donc la veille du jour tant attendu.
Elle a appelé toutes ses copines et ses copains. Elle a décoré le garage de son ami commercial, a confectionné ses flyers pour les distribuer toute à l'heure quand elle ira en ville retrouver ses copines autour d'un verre.
Elle est vraiment très exicitée à l'idée de cette soirée. Ça fait longtemps qu'elle l'attendait car elle s'était fait la promesse de ne pas avoir la même vie pourrie que ses parents.
Ah. Des rêves. Elle en avait plein la tête et le cœur. Voyager, entrer dans une association humanitaire, éradiquer la pauvreté, la famine, le mauvais traitement imposé aux femmes, lutter contre la déforestation et l'injustice. Vivre au soleil au milieu des palmiers et d'une mer bleue comme les yeux de Marie Laforet. Militer pour que le pain au chocolat ne s'appelle jamais chocolatine ou inversement elle ne savait plus, trop de choses à combattre.
Mais pour l'heure rendez-vous au fever café avec Linette, Rosa, Iris et Clémentine pour former le club des 5 et parler de cette super soirée en perspective.
-Salut les girly! Lance Célestine enjouée.
-Salut chérie! Répondent ensemble les 4 fantastiques.
Elles prennent place autour d'une table ronde en métal alors que le serveur s'approche d'elles.
- Je vous sers quoi jolies demoiselles?(Même si cela ne se dit plus c'est quand même plus frais que mesdames! Pensa-t-il.)
- 5 mojitos por favor.
- 5 mojitos pour les princesses, répéta fort Eric en regardant l'autre serveur derrière le bar.
Un petit clin d'œil et le tour était joué. Il revient avec les boissons pour les jeunes filles, les pose sur la table et tourne le dos pour aller prendre la commande d'autres personnes qui viennent de s'installer.

Célestine et ses copines se mettent à siroter leur mojito avec une paille dans une ambiance festive au milieu du brouhaha des conversations et de la musique. Elles s'exclaffent, parlent de demain soir, quels couples se formeront et rient de plus belle en s'imaginant des amours improbables.
Elles recommandent un verre, puis un autre, et encore un. Elles tiennent bien l'alcool! Elles sont fortes. Et puis tous les sondages le disent ceux qui boivent sont plus intelligents que les autres.
Elles sont heureuses et vaporeuses. De plus depuis peu dans leur ville roule une petite navette qui ramène chez eux les citoyens qui fêtent la vie. Alors pour elles, un souci de moins.
Déresponsabiliser, ça rend plus insouciant et léger. Et à presque 18 ans c'est CQFD.
Le seul hic c'est que seul quatre d'entre elles habitent au même endroit, alors l'une d'elles va devoir attendre seule dans ce froid hivernal entourée des illuminations qui l'éblouissent mais réchauffée par les vapeurs de l'alcool et l'espoir que demain, enfin sa vie lui appartiendra.

Demain. Du moins tout à l'heure parce qu'il est 2h du mat. Plus de bus, plus de tram, plus assez d'argent pour un taxi, plus de batterie pour appeler papa ou maman, et cette putain de navette qui n'arrive pas.
Faut quand même que je dorme un peu, sinon demain la fête se fera sans moi, pense tout haut Célestine.
Alors elle décide de rentrer à pieds. Après tout elle n'est qu'à 2 km du domicile familial. Elle a déjà marché plus longtemps que ça. Alors 2 km c'est faisable, tranquille. Se dit-elle.

Deux interminables km qu'elle ne terminera peut-être jamais.
Elle aurait eu l'esprit clair elle aurait peut-être fini sa soirée sous sa couette.
Mais pour l'heure elle s'est évanouie sur le trottoir dans la profondeur d'un silence étouffant loin du regard bienveillant des passants.
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Gérard Aubry · il y a
Les méfaits de l'alcool. Cela me rappelle un petit conte de Courteline, en moins grave, en plus drôle "Théodore cherche des allumettes". Beaucoup moins dramatique! Bravo! G.A.
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