13 mois avec un vampire

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Bonjour, Quelle belle idée de nous avoir doté de tant de mots, et comme c'est dur de les choisir pour se présenter. Je suis Roland, j'aime la paix, l'amour et la joie de l'instant présent  [+]

L’Amour était le sang qui coulait en moi, nourrissait chacune de mes cellules.
Je croyais être dans le cœur de Dieu, je pensais vivre cet Amour Absolu. Je voulais crier au monde comme j’étais heureux d’être l’élu, je me sentais grand comme une montagne.
Je me trompais.
Je n’étais qu’une poussière soufflée par un vent de folie.
Au premier baiser, inondé de douceur, j’ai abandonné toute défense. Nu, le coeur ouvert au monde, j’étais ébahi de cette qualité d’Amour ultime, convaincu d’avoir été choisi et de boire le miel sacré jusqu’à la fin des temps.
D’un simple trajet en voiture nous filions dans l’Univers parmi les étoiles.
De ses bras cerclants de mon cou naissait une danse enivrante.
De son odeur indescriptible fleurissait le plus beau des jardin du monde.
De sa voix sucrée les mots chantaient l’Ode à la vie.
Petit à petit les crocs de la bête s’enfonçaient dans mon coeur que je pensait serré d’amour.
Je ne voyais pas que j’étais face à un vampire déguisé en la plus belle des créatures qui buvait cet amour chaque jour pour tenter de redonner vie à son être desséché. La bête me consommait, m’aspirait sans cesse. J’étais anesthésié par l'amour infini, inépuisable. C’était sans fin.
Jusqu’au jour où je vis la bête, les crocs plantés dans coeur d’un autre corps gisant. Le voile levé, la douleur m’a frappé. J’ai baissé les yeux sur mon torse et j’ai vu.
Un trou béant à la poitrine, juste au dessous du coeur, là où était le monde. La planète toute entière avait été arrachée.
Je me suis laissé couler.
Déchiré, pulvérisé, vaporisé, le monde n’était plus. Le vide entrait en moi par l’orifice béant, la bête avait tout emporté. Les couleurs et les rires d’enfants avaient disparus, les souvenir et les goût s’effaçaient, les musiques se taisaient.
Les toujours et les jamais disparaissaient.
Je sombrais encore.
Je sombrais dans le rien, sans quoi que ce soit pour m’accrocher.
Je flottais nulle part, seul dans un infini sanglot expiré.
Tout était dévasté, pas la moindre ruine pour me rappeler qu’il y eut autre chose ici.
Le futur avait disparu, les demain n’étaient qu’un feu. Et la brûlure s’insinuait encore en moi, se propageant dans chaque partie de mon être, le consumant jusqu’à sa dernière particule.
Ma chute s’accélérait encore a chaque expirations.
Je tombait dans le gouffre sans fin.
Jusqu’à cette vibration qui attira mon attention.
Une note.
Une note de musique sortie de nulle part, comme une échelle lancée pour me sauver. J’hésitais, le vide l’entourait, mais la note délicate persistait.
Il restait finalement une goute d’amour en moi qui saisit cette douce nappe de violon. Marche après marche, je commençait à remonter. La mélodie m’enveloppait et l’échelle devint un oiseau, bâtant de ses ailes blanches pour m’arracher à mon obscur destin. Aux violons, une flûte ajouta le premier éclat du jour. Elle chantait comme un oiseau heureux de revoir le soleil. Les tambours, les arbres, les couleurs, les cuivres clamant la vie et la première bouffée d’air frais dans mes poumons convalescents.
A la fin de la symphonie, dans le silence retrouvé, je me vis sur la planète, à genoux, épuisé, le corps blessé.
Je décidais enfin de me lever. Je fis un pas, puis un autre, et encore un. Je boitais. Mon corps souffrait, mais je sentais dans la poitrine la goutte d’amour toujours vivante, pure, fertile et vraie.
Je regardais autour de moi, tout était encore là.
Je compris que je fus sauvée par Mozart.
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