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10 000 ans !

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Arogad

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10 000 ans !

Dix mille ans, que cette porte n’a jamais été ouverte, dix milles ans que cette civilisation disparue a été engloutie par les séismes, déluges et autres catastrophes naturelles.

Nous n’étions pas seuls depuis le début, quelle malchance...

J’observe mes trois compagnons archéologues, sous le choc eux aussi. Toute une vie pour en arriver là. Tout un travail acharné pour être réduit à en pleurer de déception.

Je tape du poing sur cette porte scellée par le temps.

Pourquoi ne nous ont-ils pas appelés ? Nous aurions pu grandir ensemble ! Apprendre à se connaître...

Tout a débuté il y a des années, lors d’une fouille sur Mars. Une cavité, un tunnel parcourant l’ensemble de la planète. Un objet unique avait été trouvé : le commencement de notre aventure.
Une carte, une indication. Il a fallu du temps pour en arriver ici, beaucoup d’argent afin d’envoyer une sonde dans cette partie de la galaxie et découvrir des traces de vie, ou du moins de constructions.

Alpha 1542869, une méga terre. De l’eau à profusion, vie possible, pile poil dans la zone habitable de sa naine rouge.

Mince ! Dix mille ans ! Nous les avons manqué de peu. A cette époque nous pouvions communiquer...

Je sors cet artefact de mon sac, je suis brisé par l’émotion. Je m’attendais à découvrir une véritable civilisation, pas une ruine antique.
Je jette le précieux objet dans un excès de rage contre la porte. Le bling retentissant sur les parois de la grotte me vrille les tympans. Nous l’avions aperçue via notre satellite infrarouge mais impossible d’identifier le reste, comme si une invitation nous était envoyée. Une poche d’air sous deux kilomètres de roches.

Mes trois amis me jettent un œil compréhensif. Je m’excuse auprès d’eux et m’apprête à ramasser l’objet de ma colère quand la porte, faite de métal inconnu, s’ouvre devant nous. Nos visages meurtris par la peine firent place à la joie non contenue.

Un autre monde s’ouvre devant nous, plus de vingt mille ans de connaissances à notre portée. Enfin, la clé du savoir de notre existence nous sera révélée.
Les sacs sur l’épaule nous avançons sous cette arche et découvrons alors une allée de statues représentants des bustes, des effigies, des visages !

Quelle découverte ! Ces visages nous ressemblent étrangement. Nos ancêtres ! Nous rencontrons nos ancêtres ! Des larmes de joie coulent.

Nous continuons notre chemin tout tracé par nos aïeux jusqu'à une salle circulaire chargé d’électricité statique illuminée par nos lampes frontales. En son centre, lévite une sphère noir de jais, dernier don de cette civilisation du passé. Je m’approche malgré les avertissements de mes compatriotes.

Grand flash blanc.

La salle s’éclaire, cette boule vire au bleu anthracite se scinde sous un son strident. La première partie reste telle quelle, la deuxième se forme en une silhouette émaciée, transparente, puis le silence revient. Je me protège de mes bras. La silhouette s’avance, d’une démarche gracieuse et de pure énergie verte, dans ma direction. Je suis si stupéfait que ma langue reste collée au palais.

Cette entité se penche légèrement vers moi, étend ses tentacules et délicatement repoussent ma défense. Sa tête se modela en l’une de ses effigies remarquées plus tôt. Puis un signe à la négative, un sourire. Elle parcourt de son regard les trois autres.

Une voix douce, mélodieuse mais incompréhensible sort de ce corps bleuâtre. L’un de ses bras touche ma tête et je me sens aspiré un instant. Puis elle le retire.

« Etre humains, longtemps que nous vous avons attendu »

Elle s’écarte et se positionne devant nous.

« Nous vous avons laissé des indices partout où vous seriez susceptibles d’aller, vous n’étiez pas prêts à nous recevoir... Cela fait si longtemps... »

Elle s’arrêta un instant avant de reprendre dans un soupir,

« Vous arrivez trop tard, nous sommes déjà partis ailleurs, dans un lieu plus propice à notre prospérité. Je vous ai observé durant de longues années, je savais que votre civilisation évoluerait, j’avais confiance en vous. Vous voilà ici maintenant...Mais je découvre avec désespoir que vous vous êtes tournés du mauvais côté. Vous aviez tant de choix possible, tant d’évolutions. Vous avez choisi la mauvaise voie comme beaucoup d’autres espèces. Que cela prennent des siècles ou des millénaires, j’ai le regret de vous annoncer que vous êtes voués à l’extinction. Mes frères et sœurs avaient raison. Je dois les rejoindre maintenant. »

Elle se retourne et reprend sa marche dans cette sphère kaki,

« Je ne vous léguerai pas notre savoir comme convenu, vous ferez plus de dommages que nécessaire. »

Ses tentacules l’entourent et la fait disparaitre dans le néant d’un mini trou noir artificiel,

« Notre univers repose sur un fil fragile que vous briserez. Je le vois dorénavant, votre soif ne s’éteindra jamais et je me dois de le protéger de vous »

Je me mets à genoux, le poids de cette révélation trop lourde à supporter. Je regarde un dernier instant cette muse, pouvant nous affranchir d’un autre palier de notre évolution, avant qu’elle ne parte définitivement sur un sourire de tristesse.

« Adieu, humains de la Terre, puissiez vous vous affranchir de votre instinct »
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