Zutique : à l’Abyssinien de Charleroi

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Short Bio : le bio est à la mode, je résiste  [+]

Image de Été 2018
Comme je descendais les fleuves de la vie
J’ai été trahi par une femme sans cœur
Attirée par les lumières crues de la ville
Oublieuse de ses serments et de mes pleurs ;

Alors insoucieux de ses fausses caresses
Porteuse de vices sous ses baisers brûlants
Quand avec cette fuite ont cessé ces bassesses
Je me suis senti libre comme un jeune enfant ;

Dans les clapotements furieux de la ville
Moi, solitaire et plus sourd qu’un agonisant
Je connus l’ivresse d’une mauvaise fille
Somnambule dans le tohu-bohu ambiant.

Et la tempête soulevée par cette foule
Me fait danser comme un bouchon sur les flots
Emporté par des courants contraires je coule
Sans regarder l’œil impassible des bistrots ;

Plus douce que la pulpe d’une orange mure
Ces divagations capricieuses m’ont lavé
Des sentiments doucereux qu’une femme mure
Entretien avec ses amants intéressés ;

Et dès lors je me baigne dans l’eau tiède et sale
Où vont les excréments des sordides quartiers,
Les poèmes désespérés de cette bataille
Éternelle entre le dur mal et la beauté ;

Marchant sur les pavés teints d’étranges lueurs
Des hommes ivres fous et des prostituées
Me guident en aveugle dans cet univers
Primitif me lavant de mes vieilles pensées ;

Je sais les cieux crevant d’éclairs incandescents
Les matins tristes et froids sous la pluie glaçante
Les soirs où l’on ne finit pas d’être patient
Et j’ai vu souvent des choses qui épouvantent ;

Je connais les jours délaissés par le soleil
Parcourus lentement par des horreurs mystiques,
Les sorcières tordues vivant dans des cercueils,
Les chimères monstrueusement érotiques ;

J’ai rêvé de fantômes allant dans la nuit
Cracher le venin noir des boissons sataniques
Forniquant ici et là pour avoir sans cri
Au lieu de l’orgasme un bref spasme hystérique ;

J’ai suivi longtemps dans ce Léviathan putride
La foule qui pareille aux vacheries sans noms
Vient s’immerger dans ce décor d’enfer fétide
Pour y trouver de bien curieuses sensations ;

J’ai servi à de riches visiteurs du soir,
Suant leurs alcools et ivres de leurs fantasmes
Montrant leur haine et me refusant tout espoir,
Des hallucinogènes qui font bouillir l’âme ;

D’incroyables femelles sentant beaux quartiers,
Senteurs de merde et chères fragrances par malice
Se mêlant sur leurs visages peinturlurés,
Venaient glauques troupeaux se baigner dans le vice ;

J’ai vu fermenter le beau monde du paraître
Dans des salles sombres où le sexe se vend,
Ambiance sordide de sueur et de sperme,
Contre coke héroïne et beaucoup d’argent ;

J’ai voulu voir l’azur encore dans mes rêves
Malgré les épines de la page du temps
Les ineffables vents qui courent sur les grèves
Mais le bruit et la fureur brisaient ces élans ;

Martyr de mes déracinements et lassé
De tous ces dérèglements du corps et du vide
Abyssal de nos vieux cerveaux endommagés
J’ai tenté de ne pas me fermer comme une huître ;

De conserver au milieu des folies et des crimes
Le reste d’humanité qui devient le ludion
Et peut nous remonter malgré nous à la vie
Vers les cieux ultramarins notre horizon ;

Encore vivant au milieu de noyés pensifs
Je les regarde disparaître dans les gouffres
Ouverts inconsciemment par manque de désirs
Et suis pétrifié devant ce monde qui souffre ;

Moi, comme un navire ayant sa coque éventrée
Poussé par les courants, retourné par les vagues,
Me laissant conduire par des prostituées,
J’ai oublié jusqu’au soleil des matins calmes ;

Libre, condamné à la liberté des fous
Des mendiants des vieux poètes et des artistes,
Je sais, plein de morve dans ce cloaque et saoul,
Revendre des sachets de poison aux touristes ;

Les néons des sex-shops et cinémas pornos
Les attirent comme l’ampoule les insectes,
Ils viennent là prendre la vermine en photo :
Je veux transformer en vermine cette secte ;

On ne vient pas impunément nous observer,
Sans être invité, comme des bêtes de foire :
Mes compagnons de détresse ont leur fierté,
Comme disent tous ceux qui ont perdu l’espoir !

Mais vrai j’ai trop pleuré, geindre n’apporte rien :
Les nuits sont sans fond, les aubes désespérantes ;
Un jour le temps s’immobilise alors que vient
Le regret du passé, désirs de renaissance ;

De l’Abyssinien génial me revient ce vers
Qui emporte tout comme ces maelstroms antiques :
« Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer ! »
Et ramène aux pontons calmes des jours tranquilles ;

Oui, je suis cestui-là revenu des ténèbres
Qui retrouve la monotonie du bonheur
L’espoir de l’amour chassant les pensées funèbres :
« Frères humains » avec moi vivez sans rancœur.

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