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Il s'agit d'une grande ville rhénane
Aux hautes ambitions européennes
Le bâtisseur prussien fera des siennes
Pour lui prêter ses dimensions titanes

Tu m'emballes, ô magistrale cathédrale
L'orgueil d'une cité libre, impériale
Mais moi, je fuis ton regard aussi lourd
Je t'esquive, Notre-Dame de Strasbourg !

Partant vers le bonhomme de caractères
Tout en vert, un grand nommé Gutenberg
Il n'imprimera pas plus ma mémoire
Je prolonge ma promenade du soir

Place Kléber, te voilà bien roturière,
Tous les honneurs à toi, saint Jean-Baptiste,
Ô que la Révolution fut bien triste
Bonaparte sacré, sans commentaire !

Longue et bruyante place rectangulaire
C'est Broglie, menant à l 'Opéra du Rhin
Les coloratoures s'entendent au loin
Puis une maison nationale et banquière

C'est là que fût créée la Marseillaise
Mettez-vous tous au garde à vous, manants !
Le Gouverneur me rend bien mal à l'aise
Moi c'est le Vater Rhein le saluant !

Révolté, mais non révolutionnaire
Je fuis ces piètres effigies guerrières
Passant les anciens remparts de Vauban
Bonjour les bâtisses de l'art Renaissant

C'est la République, qui ouvre au Neustadt
Strasbourg, te voilà devenue prussienne !
Après soixante-dix t'es échec et mat
Petite vie finie, qu'à cela ne tienne

Le deuxième empire, celui du Kaiser
Comme les géants font le Walhala
Prépare tes ambitions parlementaires
Et ton urbanisme dès lors s'étendra


***

Les Romains t'ont faite fief militaire
Pourtant, tu fus massacrée par les Huns,
Renaquis telle un Phénix de la terre,
Une métropole ancrée sur le Rhin

Enlacée des bras de la rivière éponyme
La Grande-Île est celle de ton histoire médiévale
En ville franco-mérovingienne, tu t'y animes
Puis lotharingienne, te voilà impériale

En proie à tes conclaves, la vie s'y prélasse
Alors que foules et fléaux s'y entassent
Mais tes architectes te font touristique
Les horreurs disparaissent, la vie est magique !

La Réforme écrase ce dictat clérical
Et Maître Erasmus te voit démocratique
Pourtant c'est une autre tyrannie qui s'étale
Le Roi-Soleil vole au secours des catholiques

Et te voilà française pour la première fois,
La léthargie répond à l'ambition d'hier
Tes colombages, tes ruelles te rendent si fière
Vauban t'ayant placée dans un carcan étroit !

Ta vie hexagonale te rend bien provinciale
En attendant de revenir au grand empire

Aujourd'hui tu te dresses telle un fauve en cage
Les meurtrissures de guerre t'ont faite européenne
Trop belle de ton passé, je me sens délaissé
Nos destins se décroisent, je dois tourner la page

Mais tu restes ma ville, Notre-Dame Silence
Tant tes mystères existent, ô statue de faïence !
De notre union je n'ai que des interférences
Je pars sur d'autres ondes poursuivre mon existence

Tu n'es qu'un grand musée, celui de mes racines
Bientôt tu seras loin, hautaine je t'imagine
Tu es « ville sur les routes », vers toi je suis venu
De toi je m'en irai, tu ne seras plus qu'un vécu.


JB – Janvier 2018


© Poème protégé numériquement par DPP
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Yasmina Sénane · il y a
Je connais très bien cette ville ! Merci pour ce bel hommage !
Apprécierez-vous "Entre les persiennes" en finale de la Saint-Valentin ?

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Julien Bernard · il y a
Merci Yasmina d'avoir liké ma promenade historique. Je ne manquerai pas de vous lire. A tantôt !
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Yasmina Sénane · il y a
Je vous remercie pour votre commentaire et votre vote !
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