Un matin d'automne

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Les feuilles tombent.
Le ciel regorge de larmes.
L’enfant est seul à se morfondre,
Assis sur les marches du perron bleu.

Il attend patiemment,
Les mains posées sur les genoux,
Les yeux dans le vague,
Il doit s’inventer des mirages,
Pour adoucir sa faim.

Un cliquetis l’éveille soudain,
Ranimant l’éclat doré de ses yeux.
Quelqu’un s’approche, au loin...
Il est impatient ; heureux.

Un caillou vient de tomber de la gouttière ;
Un passereau, ce matin, cherchait un nouveau nid.
Le duvet clair, le pépiement alangui,
Les ailes déployées ; l’oiseau s’est enfui.

De l’or s’écoule de ses yeux.
Sa peau, translucide, laisse deviner ses côtes,
Son genou, pansé, est couvert de poussière;
Son soulier gris, sourit à la terre entière.

Un tintement égaye subitement ses prunelles.
De nouveau, le garçon a entendu un bruit ;
Le vent, mécontent, a emmêlé le carillon :
« Personne ne vient ; allons... »

Resigné, ses paupières retombent.
L’enfant aimant s’invente un autre récit :
Les couleurs dansent désormais en ronde,
Ornant l’asphalte de reflets aurifères.

Un râle lent et tortueux
Éclate dans sa poitrine rougie.
Le garçon se rappelle encore cette nuit,
Où une soupe ambrée a dévalé sans bruit.

Une odeur se glisse jusqu’à ses narines :
« Serait-ce du bœuf, du mouton, du pigeon rôti ? »
L’âge de raison ne semble guère avoir entamé
Ses prouesses de chasseur expérimenté.

Une sonnette le surprend dans sa torpeur :
« Est-ce le facteur venant m’apporter une lettre ?
Rien qu’une simple petite douceur, un timbre à effigie,
Afin de réchauffer mon cœur, endolori par la pluie ».

Une odeur féroce de beurre parvient jusqu’à lui.
Des frissons lui parcourent l’échine...
Une femme se présente à sa fenêtre,
Le sermonnant vertement pour qu’il bouge d’ici.

Je descends lentement les marches d’un immeuble rapiécé,
Pose ma paume sur l’épaule menue et détrempée,
À force d’avoir ainsi trop longuement guetté
Cet adulte enfin prêt à lui apporter
Un semblant d’amour, un peu de sécurité.

Les bras ouverts, je lui offre un ciré jaune ;
L’invite à s’abriter sous mon parapluie multicolore.
Guidant ses pas hésitants, il appose ses yeux fiévreux
Au cœur de mes iris argent changeant de nuances.

Ses lèvres remuent.
Ses dents étincelantes s’entrechoquent,
Un rai de lumière transperce les nuages,
Révélant en un instant la beauté de son visage.

Des mots caressent mes oreilles :
« Je m’appelle Wissel.
J’ai 7 ans.
Veux-tu être ma maman ? »

Un arc-en-ciel se dessine joliment à l’horizon,
Prenant naissance dans le flot abondant d’une source chaude,
Pour mourir aux pieds du cœur adopté de l’enfant,
Ébloui par l’amour,
Enrobé de reconnaissance.
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