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Un mariage y mène

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Francisco

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Dans le joli jardin botanique
Que je fréquente chaque midi
Un banc défraîchi
M'interpelle énigmatique
« Rappelle-toi » répète t-il
Sur un ton d'ordonnance.
Aussitôt assis
Mes souvenirs défilent
Tentant de ne pas perdre le fil.
Une belle journée d'automne
Il ne trouve rien de mieux
Que d'épingler sur son dossier
Un document aux caractères jaunis.
Distinguant une date,
Constatant de profondes rides,
Dignement portées,
Je le reconnais immédiatement.
Cinquante ans !
Je recompte sur mes doigts,
Je panique,
Qu'est ce qu'il me prend ?
Pourtant beaucoup m'ont prévenu,
Quand votre acte de mariage vous fait signe
Mieux vaut se sauver,
Passer son chemin,
Fuir ce parchemin,
Mais c'est difficile avec le vôtre.
Je me revois à la mairie
Dire non avec mes jambes de 68,
Hésiter avec ma tête
Et finir par dire oui avec le cœur.
Il est terrible ce petit son du « oui »
Quand il remue dans ma mémoire
De plutôt béni non, non.
Chaque soir je tente de le rassurer,
Il lui reste de belles années,
Mais il a des doutes,
Que les silences ne puissent durer.
« Vous n'avez plus rien à vous dire »
Craint le document désireux d'en finir,
D'abréger sa fin de vie,
De s'en aller sereinement,
Ayant fait ce qu'il a pu.
Depuis le temps de la retraite
Je ne passe plus seul dans le jardin botanique.
L'acte de mariage rumine ses angoisses,
Finissant par nous éloigner de lui,
Importunant les passants amoureux
Désertant peu à peu ce lieu propice aux déclarations.
« Cela ne peut pas durer » se plaint le banc,
Secouant durement le document flétri,
Comme pour s'en débarrasser.
Las des turpitudes de son hôte
Il finit par nous appeler au secours.
Dans une ultime tentative
Il essaye de se mettre entre nous
Lorsque nous arrivons au rendez vous,
Désireux de résister à son larmoyant regard.
Pas besoin de lui entre nous deux,
Il est libre si c'est cela qu'il veut.
Sans s'énerver il se remet à nos côtés
Sentant bien que ce n'est pas une promesse vieillissante
Qui peut troubler 50 années passées
Parsemées d'attentes silencieuses,
De petits gestes du passé,
Tendres preuves envolées,
Volages douceurs.
Mais alors pourquoi ce trouble d'alliance ?
Ces deux là ont juste des têtes à double entrée,
Une un peu près d'un bonnet
Contenant difficilement de bruyants élans,
Et l'autre tellement sécurisée
Qu'il est bien délicat d'en retenir le code d'entrée.
Mais pour autant, est il inéluctable
De séparer un bonnet réfractaire d'une craintive serrure?
Il faut appeler les choses par leurs noms,
Un bonnet est un bonnet,
Une serrure est une serrure.
Pas de quoi perdre la tête
Pour un bonnet à grelots
Ni claquer la porte
Pour une serrure à double tour.
50 ans ou pas 50 ans,
T'es pas près de trouver le passe-partout dit la serrure
Qui a toujours le silence bien pendu
Quand le bonnet se prend un peu le chou
Comme un automne un peu saoul
Qu'ils partagent et partageront jusqu'au bout.
Ils s'arrêtent souvent devant le banc public
Sur lequel l'acte de mariage n'en finit pas de se plaindre.
Il continue cependant à les appeler
Quand ils passent dans le joli jardin botanique
Lui tenant compagnie un moment,
Fidèles aux promesses sans fil ni collier
Et pas trop de deux pour le réconforter.
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Image de Miraje
Miraje · il y a
Douceur et tendresse dans cette publication du ban ☺☺☺
Et comme "mariage pluvieux, mariage heureux", je t'invite à mon "Jour de pluie" ... https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/jour-de-pluie-13

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Image de Melinda Schilge
Melinda Schilge · il y a
Un mariage en bonne et due forme, libre cependant, riche aussi d'avoir vécu et d'avoir trouvé les différences qui rendent leur humanité à chacun des époux...
Un beau poème philosophique...

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